L’usage des « paraboles » par Jésus est intriguant. A quoi sert-il exactement ?

Une parabole d'un autre genre, installée sur un joli balcon au Portugal, l'usage de cette parabole-la étant au demeurant assez clair - Image par Mike Rasching de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur,

Je dois d’abord vous remercier pour votre site. C’est vraiment formidable.

Je m’étais aventuré à relire la bible. (J’avais lu des éléments de l’ancien testament il y a quelques années). J’ai commencé par Luc et je dois avouer que c’est très riche en leçons de vie..

Puis l’usage des paraboles est intriguant. A quoi sert il exactement ? Est ce pour ne pas se faire voler la parole par des imposteurs, inviter à la réflexion et au dépassement, laisser une dynamique en constante redéfinition plutôt qu’une belle philosophie à la grecque?
En tous cas, c’est inspirant.

Par exemple

« Il leur dit aussi une parabole : Personne ne déchire d’un habit neuf un morceau pour le mettre à un vieil habit; car, il déchire l’habit neuf, et le morceau qu’il en a pris n’est pas assorti au vieux. » (Luc 5:36)

Ici l’habit neuf est la nouvelle parole apportée par Jésus? Il faut la vivre pleinement plutôt que la réprimer?

Amicalement,

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Bravo pour cette démarche, je suis persuadé qu’elle vous apportera beaucoup. Après l’évangile selon Luc, il serait peut-être intéressant de passer à celui de Jean, qui est d’un style sensiblement différent (cela fait partie de la richesse de cette collection qu’est la Bible).

Bravo de vous laisser intriguer par les paraboles, c’est bon signe car c’est explicitement fait pour. Les disciples de Jésus sont eux aussi intrigués, et même un peu énervés par cette façon d’enseigner qui ne leur semble pas claire. Ils préféreraient mille fois une prédication avec une idée simple affirmant une certitude théologique ou morale. Au contraire, Jésus embrouille tout avec ses paraboles, mais aussi d’ailleurs avec des gestes. On ne s’y retrouve plus. Jésus leur répond en expliquant qu’il parle ainsi aux foules « afin qu’en voyant ils ne voient pas, et qu’en entendant ils ne comprennent pas ! » (Luc 8:10). Le but de Jésus c’est que ces personnes se posent des questions, qu’elles s’impliquent dans leur propre monde, dans leur propre vie et leur entourage. Pour cela, Jésus les dérange avec des paraboles inexpliquées, des gestes et des paroles qui font choc avec leur façon de voir. Jésus brouille les cartes, il complexifie, il montre que même les principes les plus justes ont des limites où ils deviennent absurdes, il leur apprend que du neuf peut survenir.

Nous sommes si prompts à faire de notre point de vue présent un dogme, une vérité, et même parfois LA Vérité. Et cela nous tue, nous fait passer à côté de la vie et du Dieu vivant. Souvent, c’est notre logique même qui pose problème, notre façon de voir la réalité avec une structure de connaissance bien trop simpliste pour la saisir, avec seulement deux catégories : le vrai et le faux, le juste et le pécheur, la personne est soit sauvée soir perdue, avec l’athée et le croyant, le fidèle et l’infidèle. C’est bien trop simpliste et les paraboles participent à faire craquer ces modèles, ils se déchirent face à la réalité, en particulier celle de l’amour.

A ses plus proches disciples, pour être sympa, Jésus « explique » parfois une de ses paraboles, mais son explication rend alors la parabole encore plus dérangeante, en général.

Votre hypothèse « inviter à la réflexion et au dépassement, laisser une dynamique en constante redéfinition » me semble donc la bonne sur le pourquoi de ce type d’enseignement. Cela dit, j’ai l’impression que dans la pédagogie de Socrate nous retrouvons un peu cette même recherche d’éveiller son interlocuteur plus que de lui délivrer une sorte de catéchisme de base à adopter comme dans les sectes ou les idéologies.

En général, une parabole à un élément dérangeant qui survient et qui fait craquer notre compréhension. Par exemple dans la triple parabole de Luc 15 (perdu et retrouvé) ou dans la parabole de Luc 10 (le « bon samaritain »). Dans le cas de la parabole hyper courte de la pièce de drap ancien et neuf que vous citez, elle n’est pas assez longue pour vraiment mettre en scène un paradoxe, c’est plus dans sa trivialité, le fait qu’elle vienne sans préparation ni à propos apparent, sans explication. Elle nous prend à revers et nous interroge précisément, je pense, sur notre dynamique de vie, de pensée, et de foi. Est-ce que c’est du rapiéçage de bouts de trucs morts comme du tissu ? Ou bien est-ce une vraie pensée vivante ? Une façon de vivre dynamique capable d’intégrer ce qu’est l’autre à nos côtés et les surprises de la vie ? Une relation à Dieu souple, confiante et vivante ??? Le paradoxe de cette parabole est plus dans ce qu’il va susciter quand on se demande, comme vous le faites, quel rapport elle a avec notre façon d’être en ce monde.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

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