requin en surface de la mer ne laissant apparaître que son aileron - Image par alondav de Pixabay
Bible

Dans Jean 14:23-29, certains y voient l’annonce de l’Esprit Saint, d’autres la venue d’un Prophète à venir

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Face à l’interprétation de Jean 14 annonçant le Paraclet comme un prophète ultime, le pasteur Marc Pernot explique que Jésus promet l’Esprit Saint résidant en chaque croyant. Il met en garde contre la polémique haineuse et appelle à un dialogue interreligieux honnête et respectueux.


Question posée :

Bonjour,
J’ai une question qui me vient :
Dans l’Évangile de Jean, il y a une annonce, plus précisément dans Jean 14, 23-29. Certains y voient l’annonce de l’Esprit Saint, d’autres la venue d’un prophète à venir. Qu’en pensez-vous ? La signification peut-elle varier ?

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir.

Vous avez raison, les interprétations peuvent varier : c’est une grande richesse et une liberté. Cela ne veut pas dire pour autant que l’on pourrait dire n’importe quoi.

Une origine souvent polémique

En général, ce genre de discours est sorti par des musulmans intégristes qui ont été formés à lancer cette torpille, et qui n’ont même jamais lu un seul Évangile et encore moins la Bible. Juste quelques passages (trois ou quatre) qu’on leur a inculqués comme des armes pour attaquer la foi chrétienne (il y a aussi un pseudo « Évangile de Barnabé » écrit bien après que Mohammed s’est levé…).

La démarche est foncièrement haineuse. Comment peut-on vouloir ainsi chercher à salir la foi d’autres personnes ? Si l’on n’aime pas la foi chrétienne et que l’on a une autre source d’inspiration, c’est tout à fait légitime, évidemment. Et c’est beau si cela s’exprime en disant ce que l’on trouve de bien dans son propre courant de pensée. Si cette foi, cette pensée ou cette inspiration pousse à attaquer la foi d’un autre, prétendant l’annuler, ce n’est pas bon signe quant à l’élévation de cette inspiration, puisqu’elle a conduit la personne à régresser, tendant à rabaisser l’individu dans un comportement agressif.

La moins mauvaise des façons de débattre de cette question serait d’argumenter en comparant les avantages et inconvénients de telle foi par rapport à la foi chrétienne, en disant pourquoi on la préfère personnellement, à cause de ceci ou de cela.

L’argument du « Paraclet » remis dans le contexte de l’Évangile

Mais l’argument que vous rapportez est une agression, et c’est une supercherie. L’argument consiste à dire que quand Jésus annonce le don de l’Esprit ou « Paraclet », Jésus annoncerait la venue de Mohamed, et donc que maintenant c’est la parole de Mohamed, le prophète ultime, que nous devrions écouter, en délaissant nos Évangiles. Le stade d’après est de prétendre que nos Évangiles seraient « falsifiés » (ce qui n’est pas très sympa à dire à une personne dont c’est la passion).

Cet argument est manifestement malveillant car il pourrait à la limite « marcher » si l’on ne lisait que ces quelques versets-là. Or, le discours de Jésus est bien plus long. Dans ce discours, Jésus annonce par exemple en Jean 14:17 que cet Esprit de vérité sera EN nous, en chacun de nous. C’est ensuite ce qui est raconté au chapitre 20, où Jésus envoie l’Esprit en chacun des disciples rassemblés. C’est d’ailleurs ce dont il était aussi question dans l’entretien avec Nicodème (Jean 3)… et à la Pentecôte (Actes 2).

Être le Christ : plus qu’un simple prophète

Quand on dit que Jésus est le Christ, cette notion de Christ, de Messie, provient de l’Ancien Testament. Dire que Jésus est le Christ est tout autre chose qu’être un prophète, c’est même autre chose que de dire que Jésus serait LE prophète ultime et définitif. Le Christ est celui qui fait entrer l’humanité dans une ère où toute personne — homme comme femme, enfant comme vieillard, simples serviteurs comme savants — sera prophète, recevant l’Esprit qui lui enseignera directement qui est Dieu et sa façon de voir. C’est clairement ce que Jésus promet dans Jean. Il n’y a là rien de mystérieux : c’était attendu et connu depuis des centaines d’années (Jérémie 31:34 ; Habacuc 2:14…). C’est en tout cas ainsi que le comprennent les témoins de l’époque de Jésus, par exemple dans le livre des Actes des apôtres (Actes 2:17-18).

Cette théorie disant que Jésus annoncerait la venue d’un homme qui serait le prophète ultime est tout juste de la grossière fake news, de la propagande antichrétienne.

Attitude et posture face au débat

Après, cela dépend de la personne qui vous dit cela. Si c’est un gamin qui s’est fait farcir la cervelle par d’autres, cela vaut peut-être la peine de discuter pour lui ouvrir les yeux et qu’il se décide en connaissance de cause, et non sur de la manipulation. Si ce sont des personnes adultes et réfléchies, je ne pense pas que ce soit la peine de discuter.

Par contre, si vous avez des personnes de bonne volonté avec qui discuter d’interprétations diverses de la Bible, voire de mettre en écho la Bible avec la philosophie, la science ou d’autres religions, c’est tout à fait enrichissant. Mais entre personnes honnêtes, respectueuses et de bonne volonté.

Mise en garde : ne pas reproduire la même erreur

À cette occasion, nous pouvons nous aussi, en tant que chrétiens, être attentifs à ne pas faire de même vis-à-vis des juifs en disant que depuis Jésus, le judaïsme serait périmé. Cette théorie malheureuse a existé : celle de la substitution, où l’Église chrétienne serait le nouvel Israël, à la place d’Israël qui aurait refusé d’accueillir le Messie donné par Dieu en Jésus. Cette interprétation a été source d’antisémitisme (ou plutôt, l’antisémitisme a été la source de cette théorie), et elle est tout aussi mauvaise que la propagande musulmane antichrétienne.

Par contre, il est exact qu’il existait réellement dans le judaïsme, avant Jésus (et même maintenant dans certains courants du judaïsme), une attente d’un Christ, d’un Messie, et d’une nouvelle alliance qui serait spirituelle et intérieure à chacun (Jérémie 31:31). Cela n’a pas été inventé par des chrétiens antisémites. Seulement, précisément : il y a dans cette attente l’espérance de pouvoir vivre une alliance personnelle et intime, ce qui laisse la place à une diversité de compréhensions. Jésus n’a jamais prétendu annuler la Torah ni le judaïsme ; il incarne une certaine façon de l’interpréter et de la vivre, spirituelle et libre. C’est pourquoi la Bible hébraïque a été entièrement intégrée dans la Bible chrétienne, alors même qu’un courant antijuif (Marcion, au IIe siècle) voulait enlever toute trace de la Bible hébraïque jusque dans les Évangiles, ce qui n’a heureusement pas été fait.

Dieu vous bénisse et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion d’esprit – paraclet, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.

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