Je ne prie plus, la tristesse rythme mes journées, j’ai peur que Dieu m’abandonne et j’aimerais remédier à cela

Par : pasteur Marc Pernot

illustration : jeune fille dans un parc - Image: 'girl' by Alp Erturul https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/  http://www.flickr.com/photos/74952661@N07/13276630054

Quand la lucidité, l’envie d’avancer et d’avoir la foi sont là : c’est bien parti, je pense.

Question d’un visiteur :

Bonsoir mon Père,

Après quelques temps, j’ai senti que ce soir était le moment de vous écrire. J’ai découvert votre site par hasard, et ça me fait du bien d’y lire vos articles et les témoignages.

J’ai 25 ans. Depuis mon enfance, je suis attirée par Dieu et la religion qui représentent pour moi un refuge où réside la paix, je semble être la seule de ma famille à ressentir ça. Plusieurs fois je m’en suis écartée car je respectais l’opinion de mes parents qui sont athées. Ce n’est que depuis quelques semaines que je commence à me questionner sur la foi et à lire la Bible, grâce à mon petit ami. Il a compris que Dieu pouvait l’aider à avoir une vie meilleure et j’ai senti que c’était le moment pour moi aussi de suivre mon chemin vers Dieu car je me sens perdue depuis quelques temps, je rencontre des problèmes avec mes parents. J’ai une relation très conflictuelle avec mon père malgré le fait que je l’aime très fort. Je n’arrive pas à être patiente et calme avec lui car depuis que je suis adolescente j’ai l’impression qu’il est désintéressée par moi. Avec ma mère c’est le contraire nous sommes fusionnelles, mais j’ai compris récemment que je vivais à travers elle, je fais en sorte de ne jamais la décevoir au détriment de mes propres décisions. Il n’y a que quand je parle de Dieu avec mon petit ami que je trouve un équilibre avec eux…

Je me suis interrogée sur la foi en me demandant comment l’avoir, comment la faire grandir en soi, comment être en contact avec Dieu, et malheureusement je ne trouve pas de réponses concrètes qui m’aident. Je me suis remise à prier, à parler à Dieu et je me sentais heureuse. Mais depuis quelques jours je n’y arrive plus et ça me contrarie. Je reste focalisée sur mes problèmes et mon manque de motivation dans mes études (alors qu’elles me passionnent) sans parvenir à avancer.

Parfois, quand j’étais face au doute j’ai eu la sensation que Dieu m’envoyait des signes et ça m’a aidée à remonter la pente mais j’ai l’impression d’être trop en attente de ses signes au point que quand il n’y en a pas, je me sens seule.
Maintenant que je ne prie plus, que je n’ai plus la même concentration en lisant la Bible et que la colère et la tristesse rythment mes journées, j’ai peur que Dieu m’abandonne et j’aimerais remédier à cela.

J’espère que vous aurez le temps de me répondre mais en tout cas, je vous remercie du temps que vous consacrerez à lire mon mail.

Cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Ne vous inquiétez pas sur « comment avoir la foi ». Manifestement, vous l’avez car très précisément : vouloir avoir la foi, chercher Dieu, l’espérer, attendre de lui une aide pour être meilleure… c’est cela « avoir la foi ».
C’est vrai qu’il est sympa de vivre des temps de contact avec Dieu et l’expérience d’être saisie par un amour inconditionnel. Même pour les plus grands mystiques ce n’est pas sans arrêt, et heureusement d’ailleurs sinon ils ne pourraient être eux-mêmes. Je dirais que la moitié des chrétiens fidèles n’ont pas eu ce type d’expérience mais sentent que globalement le fait de cultiver leur foi et leur réflexion produit les fruits dont vous parlez : de la paix, un épanouissement de soi-même, une meilleure qualité d’être et de vie avec les autres.
Donc, quand vous ne ressentez pas de contact avec Dieu, cela ne veut pas dire que vous n’êtes pas en contact avec Dieu ou que vous seriez une mauvaise chrétienne. Absolument pas. Je trouve horrible et cruel de dire à une personne qui ne ressent pas le contact avec Dieu que c’est sa faute, à cause de son péché ou je ne sais quoi. Non. J’ai rencontré bien des personnes ne « ressentant » rien de mystique et dont la foi porte manifestement de magnifique fruits dans leur vie, et je connais bien des personnes vibrantes de prière et qui auraient peut-être quelques questions à se poser sur elle-mêmes. Jésus le dit lui-même « ce ne sont pas forcément ceux qui disent le plus « Seigneur, Seigneur » qui sont véritablement dans le cœur à cœur avec Dieu (Mt 7:21). Ou quand il rencontre un juste très étonné d’être félicitée pour avoir rencontré la présence de Dieu, l’avoir nourrie,  car elle l’avait fait naturellement, avec son bon cœur, sans s’en être rendue compte (Mt 25:37-40). D’ailleurs, dans les évangiles, Jésus parle souvent en disant que Dieu est comme un roi qui s’absente et laisse libre sa population. Ailleurs il dit que Dieu est comme un berger qui va se rendre présent auprès de la plus perdue des brebis perdue et laisse le champ libre en se faisant discret pour ceux qui sont en bonne forme.
Méfiez vous « des signes ». Un feu qui passe au rouge, la pluie ou une feuille morte, une personen qui appelle ou qui n’appelle pas… ne sont pas nécessairement des signes. C’est à l’intérieur de vous-même que Dieu travaille, au creux de votre conscience, de vos tripes, de votre cœur.
Bravo de prier régulièrement, par exemple matin et soir, dans votre cœur, même si ce n’est qu’un seconde. Bravo de prendre les exercices qui vous correspondent au rythme qui vous correspond (j’ai mis plein de conseils et d’idées dans les pages du site mais c’est à vous de composer votre menue, personen ne peut manger tout le rayon alimentaire d’un supermarché). A vous de faire le bilan et d’ajuster. Avec bon sens, clairvoyances, avec confiance dans l’amour de Dieu pour vous en particulier. Vous êtes et vous resterez sa fille bien aimée, ni plus ni moins avec ce que vous ferez ou ne ferez pas comme actes religieux. C’est simplement pour vous-même, pour travailler votre foi, fotre prière, votre réflexion, votre qualité d’être et votre ouverture à l’aide de Dieu.
Je suis persuadé que cela vous apportera énormément, d’ici quelques semaines, et de plus en plus profondément et solidement.
D’autant plus que votre lucidité est tout à fait impressionnante, sur le pourquoi et le comment de votre relation avec votre père, avec votre mère, sur vos difficultés présentes. Cette belle lucidité permet de travailler dessus, et c’ets vrai que la foi aide énormément, non pour dire à Dieu ce qu’il devrait faire, mais simplement pour présenter à Dieu cela qui vous préoccupe, sans oublier aussi tout ce qu’il y a de beau, de bon, de joyeux en vous. Et de penser quelque chose comme : « je te fais confiance, toi et moi, moi avec toi, nous nous en sortirons, montre moi le chemin, aide moi à avoir la force du pas suivant ».
Dieu vous bénit et vous accompagne
Il ne vous a pas abandonnée. Il était là, il est là et il vient (comme le dit Jean).

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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