Une femme vue de dos regarde à travers une baie vitrée - Image par c de https://pixabay.com/fr/photos/asie-chine-fille-vue-arri%C3%A8re-1177122/
Ethique

J’ai retrouvé Dieu, mais je reste avec une culpabilité épouvantable pour mes grands péchés passés.

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Après trente ans d’éloignement, une femme revient à la foi mais reste prisonnière de sa culpabilité. Comment accueillir pleinement le pardon de Dieu quand on ne parvient pas à se pardonner soi-même ? Une réflexion pastorale sur l’amour inconditionnel de Dieu, la grâce qui libère, et ce qui empêche parfois notre âme de trouver la paix.


La question posée

Bonjour,

Je me permets de solliciter votre aide car je traverse une profonde détresse spirituelle liée à deux tourments qui m’empêchent de vivre pleinement ma foi retrouvée.

Après 30 ans d’éloignement, je suis revenue vers le Seigneur, mais je reste hantée par mon passé :

L’impossibilité de me pardonner

Malgré la confession et l’absolution d’un adultère passé, je croule sous la culpabilité. Je refuse d’en parler à mon mari pour ne pas le faire souffrir inutilement, mais ce secret me donne le sentiment d’être « engluée » dans mon péché, au point de douter parfois de la miséricorde divine.

La responsabilité de la foi de mes fils

Je m’en veux terriblement de ne pas avoir été un modèle de foi durant leur éducation. Si ma fille croit, mes deux fils se sont détournés de Dieu. Je me sens seule responsable de l’absence de vie spirituelle dans leur cœur.

Je suis heureuse d’être revenue « à la maison », comme le fils prodigue, mais je ne me sens pas légitime face à l’amour de Dieu, comme si mon âme restait tachée par ces remords.

Je vous remercie de m’avoir lue et vous demande humblement de prier pour moi.

Merci d’avance.

Réponse d’un pasteur

Chère Madame,

Vous ne me dérangez pas, je suis là pour cela. Avec ce que j’ai de foi, d’expérience, de réflexion et ma prière (ce qui ne veut pas dire qu’il faut suivre tout ce que je propose, bien sûr).

Je voudrais vous dire mon admiration sincère et profonde pour votre histoire que je trouve magnifique. Une résurrection. Vous aimez Dieu, vous aimez votre mari, vous aimez votre fille et vos fils. Cet amour n’est manifestement pas un amour vague, mais une espérance du meilleur pour chacun par intérêt pour lui, pour elle.

La culpabilité face à notre passé et à Dieu

Vous savez très bien que votre culpabilité n’est ni juste ni bonne, que votre sentiment d’être illégitime aux yeux de Dieu n’a tout simplement pas lieu d’être. Par définition : l’amour de Dieu n’a pas à être justifié, il n’a absolument pas pour cause ce que nous sommes ou ne sommes pas, ni ce que nous avons fait, évité de faire, ou ferons : l’amour de Dieu n’a pas d’autre raison que la nature même de Dieu. Dieu vous aime comme l’eau est mouillée, comme le granit est dur, comme le feu brûle : c’est comme cela que Dieu nous aime. Et donc l’amour de Dieu pour vous est légitime, car Dieu est légitime pour aimer. Tout simplement.

Mais en plus de son amour, Dieu a de la joie de vous voir avancer d’une si belle façon. C’est ce que Jésus dit dans la parabole de la brebis perdue : « il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui change que pour 99 justes qui n’auraient pas besoin de changer. » (Luc 15:7). La joie de Dieu n’est pas que nous ayons un passé étincelant de blancheur, mais de voir que nous avançons ne serait-ce qu’un petit peu. Votre parcours donne donc de la joie à Dieu, sauf que votre joie manque à Dieu, votre paix manque à Dieu, et au monde, et à vos proches, et bien entendu à vous-même : la souffrance est de la bonne énergie perdue, la culpabilisation est un regard bloqué vers l’arrière alors que Dieu nous appelle vers un bel avenir. Comme vous le dites avec lucidité : cela n’est même pas favorable à votre épanouissement spirituel non plus.

D’où vient alors votre manque de paix ?

La dépression : le mal du siècle ?

Sans être médecin, je dirais que c’est tout simplement une petite dépression. C’est très douloureux et, sur le moment, on ne voit absolument pas comment nous pourrions nous en sortir, mille obstacles nous semblent alors infranchissables. Mais c’est en réalité moins grave que cela nous paraît, des personnes traversent des dépressions bien plus profondes que vous et retrouvent la paix et la joie. Cela prend en général quelques semaines pour déjà vraiment aller mieux, quelques mois pour être en forme et faire plein de belles choses, rayonner de votre qualité d’être.

Pour cela, il ne faut pas vous tromper d’ennemi, si je puis dire : ce n’est pas votre passé, ce n’est pas une question de foi ; vous avez déjà bien travaillé sur ces deux champs, et vous êtes plus au point dans ces domaines que bien des personnes. La question n’est donc plus celle du passé, mais de votre présent : ce mal-être qui doit maintenant laisser place à l’avenir.

C’est normal pour toute personne humaine d’avoir un fond de déception de soi-même car cela est le revers de cette belle qualité que nous avons de vouloir naturellement grandir et avancer. Mais pour vous maintenant le mal-être est tout à fait exagéré, comme vous en avez bien conscience, et il me semble donc que c’est de la dépression, c’est elle qu’il faut combattre. Pas vous-même, pas vos fautes réelles ou supposées. Certaines personnes surmontent cela sans médecin mais c’est parfois plus facile avec leur aide. Alors si vous sentiez que vous en auriez besoin, il faut trouver un bon médecin, ou un bon service à l’hôpital. Soigner cela, et redevenir la femme vive, joyeuse, pleine d’allant, au service… que je discerne en vous.

La foi en Dieu est un allié très utile dans votre remontée. Dans la louange, dans la « contemplation » de l’amour de Dieu qui veut pour nous la joie et la paix.

Donnez-moi des nouvelles, j’en attends de bonnes de votre part très vite.

Dieu vous bénit et vous accompagne avec tendresse et admiration (mais ça, vous le savez aussi bien que moi).

Marc

PS. Objectivement : avoir un enfant sur trois qui a la foi, c’est déjà très bien, et cela montre que vous avez effectivement témoigné d’une belle foi vivante et que vous avez laissé libres vos enfants de s’intéresser à Dieu ou non : c’est exactement ce que je recommanderais.

PPS. Je partage votre avis de ne pas parler de cette infidélité à votre mari, ce serait le faire souffrir inutilement. Vous avez déjà travaillé sur ce problème et il me semble que vous ne risquez pas de recommencer.

pasteur Marc Pernot

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4 Commentaires

  1. Magdalena dit :

    Bonjour , votre culpabilité ne vient elle pas de ce que vous cachez à votre mari ?

    1. Marc Pernot dit :

      Personnellement, je ne ferais pas ça. Ce serait vraiment ajouter de la peine à tout le monde, Comme le dit Paul « Tout est permis mais tout n’est pas utile, tout ne construit pas ». Cela torpillerait la relation qui est assez bonne et stable dans ce couple, créant une blessure assez profonde.

  2. Aziz dit :

    N’ayez crainte, chère sœur. Même si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît toutes choses (1 Jean 3.20). La grâce et la paix du Seigneur Jésus-Christ soient sur elle !

    1. Marc Pernot dit :

      Parfaitement.
      Ensuite, Dieu peut nous aider à nous pardonner à nous-même. Et parfois c’est le plus dur. .Mais vous avez raison, on peut repartir de ce verset disant merveilleusement le pardon et l’amour de Dieu, le méditer tranquillement, autant qu’il faut, et ouvrir ainsi son être aux bons soins de Dieu.

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