Est-ce que l’on doit fuir une méchante personne, ou la fréquenter pour l’aider ?

Jésus en berger - catacombes de Rome

illustration du IIIe siècle représentant Jésus en berger sauvant les pécheurs

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Tout d’abord je tiens à vous préciser que je suis de religion catholique. Mes questions sont les suivantes :

Lorsqu’une personne que l’on aime vit dans le péché doit-on s’éloigner d’elle ou au contraire comme il est écrit dans la bible ( Luc 15 ) aller la chercher pour l’aider à retrouver son chemin même si cela prend du temps ?

Est-ce que l’aimer, l’aider, continuer à la voir, fait il de nous des pécheurs ?

Merci,

Cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Merci pour votre confiance.

Cette question est très intéressante et, comme vous le sentez très bien, la réponse est complexe, elle est donc à trouver par chacun au cas par cas,

Bravo de chercher la réponse avec la Bible, et de noter que la réponse n’y est pas évidente. C’est parfaitement vrai, et c’est déjà un point intéressant. La Bible ne nous apporte pas tant une réponse que de bonnes questions à nous poser afin de trouver effectivement la réponse juste. Elle nous aide à creuser cette question, sans nous donner une réponse unique, valable pour tous et pour tout instant, mais différentes réponses possibles :

  • D’un côté elle nous conseille d’écarter le méchant et de n’avoir aucun rapport avec lui : « Otez le méchant du milieu de vous. » (1 Corinthiens 5:13), car « Les mauvaises fréquentations corrompent les bonnes moeurs. » (1 Corinthiens 15:33).
  • D’un autre côté, comme vous le dites, Jésus passe son temps à aller vers les pécheurs et les personnes à la vie mauvaises.

Votre référence à Luc 15, en particulier, est intéressante car cette série de trois paraboles de Jésus est particulièrement riche, et un brin paradoxales, Jésus nous y invite à répondre de façon diverses à cette question du rapport avec la personne méchante :

  • La parabole de la brebis perdue invite, à la suite du Christ et de Dieu lui-même, de nous concentrer sur les cas les pires pour aller les rechercher avec patience, sans se lasser de les chercher et de les chercher encore…
  • Par contre, le père de parabole du fils prodigue laisse son fils partir sans un reproche, sans le retenir, et ne part pas à sa recherche, ni le forcer à revenir, ni le supplier, ni l’appeler…

Alors comment choisir ? C’est précisément cela, être chrétien. Il faut observer, il faut réfléchir (souvent bible en main, comme vous le faites), il faut prier… et finalement décider dans tel cas de faire ceci.

Il y a d’abord une question de vocation.

Certaines personnes nous sont confiées en particulier, mais nous ne pouvons pas non plus courir comme Zorro ou Superman sur toutes les situations où un méchant est à l’œuvre dans la ville et pourquoi pas dans l’univers entier… Une bonne fois, il faut accepter que nous ne sommes pas Dieu, nous ne sommes mêmes pas Jésus-Christ (lui non plus n’a pas pu aller chez les papous et les esquimaux pour exhorter le méchant à progresser). Par contre nous sommes un membre du corps du Christ et dans notre mesure nous sommes appelés à être serviteur en allant vers la ou les personnes qui nous sont confiées pour les aider à avancer. Comment savoir si telle personne nous est confiée ? Cela se détermine par la réflexion, la prière, la discussion avec des personnes de confiance, et une décision personnelle. Parfois, il y a urgence à se décider, en quelques fractions de secondes, même. Il est donc essentiel d’être prêt et de s’être entraîné le mieux possible à ce principe de responsabilité personnelle.

Nous ne sommes pas Jésus Christ, c’est vrai, et notre vocation, à nous en particulier, n’est donc pas universelle. Mais dans un autre sens, il est vrai aussi de dire que collectivement, nous sommes le corps du Christ (1 Corinthiens 12), il est donc important que personne, pas un méchant ne soit oublié, et que chacune et chacun puisse recevoir le signe concret de l’amour de Dieu, et du Christ qui va rechercher même le plus pécheur parmi les pécheurs, comme dans ce dessin du IIIe siècle mis en illustration.

Il y a aussi une question d’opportunité, de temps juste.

Parfois, c’est juste inutile, voire contre productif de faire quoi que ce soit et le silence est le mieux. C’est peut-être pour ça que le père du fils prodigue s’abstient tant que le fils cadet et le fils ainés ne bougent pas, mis qu’au contraire le berger cherche activement et sans relâche sa brebis perdue…

Il y a aussi une question de force.

Parfois, Jésus lui-même, renvoie parfois les foules pour prendre un temps de repos, pour manger, pour prier… Alors pour nous aussi, bien entendu. Qui veut aller loin ménage sa monture.

Et nous n’avons pas la force de Jésus. Parfois, certaines fréquentations nous seraient trop difficile, nous feraient tomber, déprimer, devenir peut-être plus mauvais à notre tour. C’est particulièrement vrai pour des jeunes, Paul à raison pour eux en particulier, mais aussi parfois pour nous aussi : il arrive que les mauvaises fréquentations nous corrompent, nous fassent chuter, nous abîment.

Et il y a la façon de faire.

Souvent, ce n’est pas en faisant la leçon aux gens qu’on les aide. C’est plutôt en les aidant à se poser des questions. C’est souvent comlme ça que Jésus faisait

Bref, comment se décider ? Saint Augustin le résume très bien dans ce texte célèbre, qui est un commentaire de la 1ère lettre de Jean :

Une fois pour toutes,
Ce bref commandement t’est donné :
Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour
Si tu parles, parles par amour
Si tu corriges, corriges par amour
Si tu pardonnes, pardonne par amour.
Aies au fond du cœur la racine de l’amour
De cette racine, il ne peut sortir que du bien.

Et, en cela consiste l’amour :
Dieu a fait paraître son amour pour nous,
en envoyant son Fils unique dans le monde,
afin que nous vivions par lui.

Et voilà en quoi consiste cet amour :
ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,
mais c’est lui qui nous a aimés le premier.

Mais de toute façon, non, nous ne pêchons pas en fréquentant des pécheurs (ou pas forcément, si on se sent contaminé, il faut s’en rendre compte et réagir). Sinon, cela voudrait dire que Jésus est un terrible pécheur en étant venu pour les pécheurs ! Nous ne pêchons pas en aimant le pécheur. On peut aimer le pécheur sans aimer ce qu’il fait, sans aimer ses fautes & ses méchancetés. C’est comme ça que Dieu arrive à nous aimer, nous, pécheurs.

Avec mes amitiés fraternelles

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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1 réponse

  1. Prince dit :

    Merci Pasteur

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