Comment interpréter ce texte où Jésus guérit, pas « au premier degré » je suppose ?

Par : pasteur Marc Pernot

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Question d’un visiteur :

Bonjour,

Des questions surgissent une fois de plus en lisant un passage comme chaque matin de la bible.

Comment interpréter Marc 9 Jésus guérit un enfant ayant un esprit mauvais….
Pas « au premier degré je suppose » ?

Pouvez m’aider…. ?

Merci par avance

Bernadette

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Madame

Toute la question avec ces récits de prodiges, est de savoir ce qu’ils veulent nous dire du salut de Dieu donné en Christ. Je suis donc d’accord avec vous pour dire que l’essentiel est dans le sens figuré de ces prodiges. Ils sont toujours passionnants pour nous aider à comprendre combien ce salut dépasse notre simple finitude, notre seule psychologie, la simple éthique, pour nous préparer à accueillir l’inattendu qui vient d’au-delà de la physique et de l’humain, de Dieu.

Ensuite, se faire une opinion sur ce qui s’est ou non passé historiquement, matériellement est moins important pour nous aujourd’hui, cela n’a pas une importance décisive en ce qui concerne notre foi, nous pouvons nous poser la question sereinement.

Pour chaque récit de la Bible, il y a trois possibilités en ce qui concerne cette question :

  1. soit le texte raconte un fait historique incontournable, que l’évangéliste a cru devoir raconter pour en rendre compte, par exemple si ce fait lui semble être beau, ou au contraire parce qu’il pourrait poser des questions difficiles pour le croyant.
  2. soit le texte part d’un fait historique et en tire un sens spirituel. Ces miracles sont alors comme des « signes », des réalités physiques qui sont importantes non en elles-mêmes mais par ce qu’elles nous disent, ce qu’elles signifient au sens figuré pour toutes les époques.
  3. soit le texte est une mise en récit d’une réalité spirituelle, sans qu’il se soit physiquement passé quelque chose.

Pour vous donner trois exemples :

  1. Il me semble que la trahison des apôtres (qui ont tous abandonné Jésus lors de son arrestation) n’est pas quelque chose de très glorieux pour l’église primitive au moment de la rédaction des évangiles. Cela ne s’invente pas, mais ce fait étant dans la bouche des opposants à Jésus (voir dans le Talmud ce qu’en disent les juifs qui ne pensent pas que Jésus soient le Messie). Il était donc impossible de raconter une vie de Jésus sans reconnaître ce fait, et lui donner du sens. De même pour la lamentable exécution de leur héros sur une croix, ce qui n’était vraiment pas glorieux mais infamant pour la personne exécutée.
  2. Je pense qu’il y a eu des guérisons physiques par Jésus. En effet, nous voyons dans le Talmud que les opposants à Jésus le traitent de sorcier. De plus, Jésus n’a pas intérêt à en faire et ces guérisons le gênent plus qu’autre chose, nous le voyons souvent dans les évangiles, car cela correspond à une conception du Messie qu’il n’incarne pas (un Messie qui viendrait résoudre nos problèmes matériels en nous laissant spectateurs, un Messie dont le Royaume serait en ce monde). Jésus refuse ce type de conception du rôle du Messie. Voir par exemple le début du livre des Actes des apôtres où Jésus nous promet l’Esprit Saint en réponse à l’attente des disciples espérant voir Jésus se mettre enfin au travail contre le mal qui est dans le monde. Mais ces guérisons physiques racontées sont toutes très signifiantes quand elles sont lues au sens figuré. Ce que Jésus fait par exemple à la fin du récit de la guérison de l’aveugle de naissance (Jean 9).
  3. Enfin, personnellement, je ne pense sincèrement pas que Jésus aurait marché sur l’eau, physiquement. Ou que par une parole il aurait changé le climat en calmant une tempête de vent. Et cela n’appartient absolument pas au plan de salut de Dieu pour nous de nous permettre de marcher sur l’eau afin d’aller nous promener sur le Lac avec la brise du soir. Mais cela ne veut pas dire que ce récit serait de la blague, ou un mensonge. Au contraire. Il nous dit vraiment quelque chose d’essentiel sur le pouvoir qu’a Dieu, par la foi, de nous garder la tête hors de l’eau et même de nous donner de pouvoir avancer malgré le chaos de notre monde et de notre existence. De même, le récit de la conception miraculeuse de Jésus est essentiel quand il est lu au sens spirituel, nous invitant à dire oui à Dieu comme Marie et qu’ainsi l’Esprit de Dieu puisse féconder notre existence. Mais si ce récit est lu au premier degré, il fait de Jésus un être à part, une sorte de demi-dieu qui n’est plus vraiment notre frère, ne partage plus tout à fait notre condition humaine ordinaire, ce que je trouve nocif comme message.

Donc, en ce qui concerne cette guérison de l’enfant tourmenté par un esprit, nous pouvons en faire une lecture au sens figuré, certainement, et elle est très riche. Et cette guérison nous encourage à, nous-mêmes, ne pas soigner que les âmes mais à également soigner les corps, la personne tout entière. Parler d’une maladie comme d’un esprit mauvais, je trouve cela plutôt sympa, car cela veut dire que fondamentalement ce n’est pas la personne qui est mauvaise mais présente la maladie comme quelque chose d’étranger qui serait venu la troubler, la charger, la faire souffrir.

Amitiés fraternelles

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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