23 novembre 2023

Un homme marche en forêt avec sa fille - Photo by Juliane Liebermann on https://unsplash.com/fr/photos/G8gzkaqTqOA
Foi

Chacun de vos messages se termine inlassablement par « Dieu vous bénit et vous accompagne »…

Par : pasteur Marc Pernot

Un homme marche en forêt avec sa fille - Photo by Juliane Liebermann on https://unsplash.com/fr/photos/G8gzkaqTqOA

Avancer, accompagné par son Père.

Question posée :

Cher Marc,

Chacun de vos messages se termine inlassablement par « Dieu vous bénit et vous accompagne ». Dernièrement cela m’a plus particulièrement interpellée et je me suis demandée quel sens je donnais à cette formulation. Dieu vous bénit, cela me paraît assez clair, cela dit l’infinie valeur de chaque personne, quelle qu’elle soit, quoiqu’elle ait fait. Mais Dieu vous accompagne m’a posé question. J’imagine que cela fait référence aux promesses que l’on trouve dans l’Ancien Testament. Mais concrètement, lorsque je dis que Dieu m’accompagne, sur quoi je peux compter ? Est-ce en quelque sorte une force de vie dans laquelle je peux puiser ? Mais dans certaines situations de détresse on ne se sent de loin pas toujours accompagné, à supposer d’ailleurs que l’on sache ce que cela signifie. De plus, ce n’est alors pas tellement cohérent avec le fait que Dieu accompagne toute personne, celui qui se tourne vers lui, comme celui qui ne s’intéresse pas à lui.

D’autre part, de façon un peu naïve, Dieu nous accompagne-t-il jusque dans les choses les plus futiles ? C’est peut-être un peu ridicule, mais il m’arrive de lui confier des préoccupations plutôt légères tout en ayant un peu honte par rapport à des personnes qui sont en véritable souffrance. Par moment j’ai l’impression de ne pas avancer dans ma recherche de Dieu, je n’arrive pas réellement à me défaire de l’idée d’un personnage, à le concevoir complètement autre. J’aimerais beaucoup connaître votre point de vue sur la question, vos réponses me sont si précieuses.

Amicalement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Merci. Cette question me touche évidemment beaucoup.

C’est vrai que ce « Dieu vous bénit et vous accompagne » est un petit peu un condensé de ma foi, de ma théologie, à vrai dire.

« Que Dieu vous bénisse » ou « Dieu vous bénit » ?

1) D’abord, c’est une déclaration à l’affirmatif. Trop souvent, je pense, on entend « Que Dieu vous bénisse », à l’oblatif : la personne qui bénit ainsi se fait alors comme médiatrice entre les fidèles et la divinité, se chargeant de supplier la divinité d’accorder ses grâces, sa bénédiction, ses bienfaits et son pardon. Or, le Christ est signe du pardon de Dieu, il n’est donc pas à obtenir. Dans l’Evangile du Christ, chaque personne peut s’adresser directement à Dieu en confiance, dans l’intimité de sa prière, dans sa propre chambre, sans autre témoin que Dieu (Matthieu 6:6). Il n’y a plus besoin d’intermédiaire. Et l’église alors ? elle annonce la bienveillance de Dieu et son pardon, elle relaie l’appel de Dieu à chaque personne : lui disant que Dieu espère entrer en dialogue avec lui, et en équipe pour créer un monde meilleur.

Bénir : s’attacher et laisser libre

2) Ensuite que Dieu bénit. Sans condition. Le dimanche au culte j’ose dire cette bénédiction à la 2e personne du singulier comme la fameuse bénédiction de Moïse « YHWH te bénit » (Nombres 6:24), mais c’est un peu familier de tutoyer les gens, cela peut passer pour de la familiarité, ou que l’on considère son interlocuteur comme un enfant. Mais dans le cadre d’un dialogue de personne à personne, le vouvoiement n’est pas ambigu : c’ets bien la personne elle-même qui est bénie individuellement. Bien entendu, « bénir », c’est bien plus dans la pensée biblique que dire du bien (comme le laisse penser le français bénir (dire du bien), ou le grec eulogeo), en hébreu, bénir c’est plus fonctionnel que cela : c’est s’attacher à l’autre tout en respectant sa liberté (barak : c’est à la fois bénir et « l’articulation du genou »). C’est la promesse que Dieu est attaché à la personne, même unilatéralement. Comme un ami l’est pour un ami, comme de bons parents pour leur enfant même s’il est ingrat et pénible, comme Roméo et Juliette sont attachés même quand l’autre n’est pas en forme. Cette bénédiction : c’est la fin de tout chantage : Dieu te bénit aujourd’hui tel que tu es et même si tu vas mal et deviens pire, il est attaché sans condition.

Dieu nous accompagne

3) cette bénédiction pourrait être un encouragement à ne rien faire ? Oui, car nous ne sommes plus poussé par la crainte, par la menace. La « pédagogie » de la carotte et du bâton n’est plus possible (théoriquement). Il n’y a plus de bâton (la vie s’en charge, hélas, avec une grande injustice), avec Dieu, il n’y a plus que du bon. C’est pourquoi il me semble utile d’ajouter que Dieu nous accompagne : cela évoque d’abord pour moi un mouvement, un cheminement. La vie n’est pas statique. « Dieu vous accompagne » est un encouragement à évoluer, à cheminer, à essayer, à découvrir, à explorer. Ce n’est pas très confortable. C’est fatiguant de se poser des questions, c’est courageux de changer d’orientation même quand c’est en partie seulement. Mais la bénédiction donne du courage pour cela. Car notre sécurité est dans le fait que Dieu nous garde, et non plus dans des dogmes, ni dans tels ou tels rites bien administrés, ni dans l’appartenance à une communauté (tout cela sont des moyens utiles pour avancer, ou dangereux, c’est selon). Notre sécurité est encore moins dans une identité. Mais en Dieu. Du coup il est possible d’évoluer dans notre pensée et dans notre façon d’être. Dieu nous accompagne c’est un encouragement à évoluer hardiment, et aussi librement. Ce « Dieu nous accompagne » est, je pense, une avancée extraordinaire donnée dans l’histoire de Jacob. Avant, en particulier avec Abraham recevant la bénédiction de Dieu, il est invité à se mettre en route vers la destination que Dieu lui montrera : Dieu fixe la route et la personne est appelée à suivre le chemin fixé. À Jacob, Dieu promet « Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras » (Genèse 28:15) : Dieu nous encourage à tracer notre propre route librement et Dieu promet de nous accompagner. C’est l’humain qui décide et Dieu qui suit, accompagne, prêt à aider, secourir. C’est l’inverse de la soumission à Dieu. Elle est remplacée par la confiance. C’est permis par le fait que Dieu nous aide à voir plus clair les tenants et les aboutissants. Et c’est ainsi que ce déplacement que nous pourrions oser grâce à cette promesse de Dieu qu’il nous accompagne est notre propre cheminement, notre création personnelle, même si Dieu aide.

Donc, oui, c’est une force de vie dans laquelle on peut puiser ? Mais dans une certaine mesure c’est plus dynamique qu’un réservoir. C’est la maman qui encourage son enfant et qui en même temps, a un œil pour venir au secours s’il se « plante ».

Se sentir accompagné ? ou non

Pourtant, comme vous dites, dans certaines situations de détresse on ne se sent de loin pas toujours accompagné. C’est vrai. Pour bien des raisons :

  • Dieu est discret, sa présence est ténue, dans les profondeurs de notre être, c’ets pourquoi il est bon aussi d’avoir une personne amie à côté de nous qui nous prenne par la main, si possible, ou au moins au téléphone. Car nous sommes un être de chair et de sang, et une force spirituelle est certes majeure, mais particulièrement quand cela ne va pas, nous avons besoin en urgence d’un soutien qui intègre cette dimension du corps, par les oreilles, la vue, le toucher, le soin. Le spirituel est aussi essentiel, et parfois irremplaçable, car c’est là que nous recevons quelque chose que l’on pourrait qualifier de résurrection, c’est en plus des soins du corps. C’est de l’ordre de la profondeur et de l’élévation, de l’espérance et de l’amour, de la confiance dans la vie au-delà de la survie.C’est une source de « résilience » (comme on dit maintenant) incroyable. Mais nous ne l’attendons souvent pas là où elle s’exprime, ni de la façon dont cela nous aide. C’est plutôt après la bataille que l’on peut dire comme Jacob, ou comme les disciples sur la route d’Emmaüs : « l’Eternel était là et je ne le savais pas ».
  • Ceux qui ne s’intéressent pas à Dieu ne lui facilitent pas la tâche, et auront encore plus de mal à sentir sa présence et son aide, mais je suis persuadé que Dieu n’abandonne pas la personne pour autant.
  • Par contre, quand nous pouvons nous débrouiller par nous-même et que la route que nous traçons n’est pas une catastrophe, c’est alors que Dieu nous laisse nous débrouiller sans être sur notre dos. C’est en tout cas ce que dit Jésus dans la fondamentale parabole de la brebis perdue.
  • Il est excellent de partager avec Dieu ce qui nous touche, comme on le ferait avec une personne que l’on aime et avec qui on vit. Rien n’est futile quand cela préoccupe une personne que l’on aime. Si nous sommes en retard et que nous cherchons nos clefs partout, bien sûr que cela compte pour nous. Un proche ne s’en ficherait pas. Même si l’on ne pense pas à Dieu comme à un magicien invisible, penser à ce petit stress domestique devant Dieu est une marque de confiance, une façon de le convoquer dans notre vie quotidienne, et c’est une attitude saine de notre part. Ensuite, Dieu en fera ce qu’il voudra et ce qu’il pourra, c’est une autre question.

Dieu : un personnage ou « le tout autre » ?

Ce que vous dites sur la façon dont vous considérez Dieu comme un personnage tout en sachant intellectuellement qu’il est à un autre niveau me semble tout à fait excellent. C’est exactement ce que je recommanderais. De tenir les deux à la fois.
C’est ce que Jésus nous propose, je pense quand il nous conseille de le prier « Notre Père qui est aux cieux », il est à la fois pour nous :

  • comme un Père, du même sang que nous, auquel nous ressemblons, avec qui nous pouvons échanger cœur à cœur
  • et il est comme aux cieux : d’un univers totalement différent du nôtre.

C’est, je crois, une chose à laquelle il est bon de nous résoudre, car ces deux façons de le considérer se complètent et se corrigent. Si on perd une des dimensions, ou même si cette tension est trop déséquilibrée, on perd beaucoup, je pense, et notre foi est appauvrie. Soit avec un Dieu trop proche, soit avec un Dieu trop lointain.

Et de toute façon, puisque nous sommes dans la confiance, on a la foi que l’on a, avec notre sensibilité propre, et c’est déjà très bien comme cela. Notre foi se patine à l’usage, elle évolue au fil de nos recherches et de notre prière. Il arrive que notre foi franchisse un palier, mais sinon, c’est comme un arbre qui pousse, un chêne : on n’a pas l’impression qu’il pousse même après un an, c’est en nous souvenant comment il était il y a 10 ans quand on l’a planté que là, oui, on voit qu’il a un peu poussé. C’est normal.

Grand merci pour vos encouragements, vos commentaires sur le site, c’est très précieux. Bravo pour façon de vivre votre vie avec intensité, avec sensibilité, grande profondeur, humanité.

Dieu vous bénit, vraiment, et il vous accompagne. Vraiment.

par : pasteur Marc Pernot

Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

Articles récents de la même catégorie

Articles récents avec des étiquettes similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *