
À propos de Romains 13:1-7 (soyez soumis aux autorités). J’avoue ne pas trop savoir « quoi en faire »…
Question posée :
Bonjour monsieur le pasteur,
Je vous écris à propos de l’extrait Romains 13:1-7. J’avoue ne pas trop savoir « quoi en faire »… J’ai trouvé des auteurs qui argumentent que cet extrait est sans rapport avec le contexte (chap.12-15), qu’il s’agit d’un ajout ultérieur (curieusement, ceux-là sont aussi souvent les mêmes qui justifient l’accointance de l’Eglise au pouvoir temporel – paradoxal, non ?); d’autres auteurs (J. Ellul, par exemple) défendent l’idée que cet extrait est parfaitement à sa place et que, replacé dans son contexte, il renvoie au commandement d’amour (le pouvoir est exercé par des hommes, qui font malgré cela partie de nos « prochains ») mais n’incite pas du tout le chrétien à se plier devant le pouvoir politique, devant les autorités de toute sortes, a fortiori lorsqu’elles prennent des décisions (qui nous paraissent) iniques.
De plus, Saint-Paul m’apparaît personnellement davantage comme un (heureux) perturbateur que comme un conformiste soumis aux pouvoirs de son temps dans le reste des Epîtres (y compris dans le reste de Rm). Si l’on retient la première interprétation de l’extrait, avec quels moyens exégétiques peut-on dénouer, de manière plus générale, une contradiction interne (apparente ou avérée) à un texte biblique ?
Je vous remercie pour votre réponse, et pour votre blog, que j’aime lire régulièrement.
Réponse d’un pasteur :
Cher Monsieur
Bravo de lire la Bible avec intelligence et en prenant au sérieux ce qu’elle dit.
Ce passage de l’apôtre Paul pose vraiment question depuis toujours :
« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu.
C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. »
(Romains 13:1-2)
Comme souvent, Pierre s’aligne sur Paul :
« Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs comme envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien. »
(1 Pierre 2:13)
C’est particulièrement choquant après le XXe siècle qui a connu des tyrans abominables avec Hitler, Léopold II, Staline, Mao, Tojo, Pol Pot… Comment peut-on même penser une seconde que ces autorités existent et ont été instituées par Dieu ? Rien que d’exprimer cela est une offense à chacune des millions de personnes torturées et massacrées par ces hommes, et une offense à celles et ceux qui ont lutté contre eux, ou se sont portés au secours des victimes, mettant en danger leur propre vie.
Personnellement, je trouve qu’il est important de refuser de faire une lecture de ces passages comme ayant une valeur de révélation divine. Et encore moins comme ayant une valeur universelle et intemporelle. C’est aussi le cas de quelques autres passages des lettres de Paul qui sont choquants, à côté d’une foule d’autres passages admirables, élevés et très féconds. C’est bien le problème : grâce à ce meilleur, ces écrits d’un immense penseur et croyant ont été rapidement recopiés, diffusés, étudiés et chéris par les églises chrétiennes du monde, depuis presque 2000 ans. avec leurs quelques scories dangereuses comme celle-ci divinisant les autorités judiciaires et politiques, comme les passages imposant ce que l’on a appelé longtemps le « devoir conjugal » (c’est-à-dire en réalité le viol conjugal), ou de légitimer l’esclavage.
Heureusement, dans la lecture de la Bible qui est faite dans nos églises catholiques comme protestante, nous ne divinisons pas la lettre de la Bible, nous replaçons ces écrits dans le contexte de leur époque, et cherchons la Parole de Dieu dans une interprétation inspirée par l’Esprit, une interprétation pour le présent de notre vie. Cela permet de ne pas être prisonnier de la lettre des textes. Heureusement car, comme le dit Paul lui-même « La lettre tue, mais l’Esprit vivifie. » (2 Corinthiens 3:6).
Nous pouvons donc essayer de replacer ces textes dans leur contexte, essayer de comprendre pourquoi ces apôtres ont écrit de telles paroles qui peuvent être si nocives dans d’autres contextes ? Une accusation a été vite portée contre les chrétiens dans l’Empire Romain : c’est de ne pas être de bons citoyens, car les chrétiens avaient tendance à ne rendre un culte qu’à Dieu seul, et donc à ne pas rendre de culte à César comme dieu. D’autant plus que le héros des chrétiens, Jésus de Nazareth a quand même été exécuté seulement quelques dizaines d’années avant, comme agitateur politique, acclamé comme roi dans son entrée à Jérusalem par la foule en liesse avec des rameaux. Paul pourrait avoir cherché ainsi à montrer que les chrétiens sont malgré tout des citoyens loyaux, attachés à l’ordre, à la justice, à la Cité, à l’empereur non en tant que dieu mais en tant qu’autorité voulue par Dieu, ce qui serait alors une concession stratégique.
Ensuite, qu’est-ce que ce message de Paul peut nous dire ? Car être conscient du danger de ce passage permet précisément de nous ouvrir à ce que Dieu pourrait nous dire sur cette question de notre relation personnelle aux pouvoirs dans la Cité, c’est de toute façon la vraie question, dont la réponse appartient alors au lecteur, dans sa sensibilité. Par exemple :
- En toute personne, il existe du bien et du mal, un enfant de Dieu ET une personne méchante, même su nous ne sommes pas habilité à juger notre prochain, en ce qui concerne une personne dans l’exercice de ses fonctions de dirigeant, il peut être utile de faire la part des choses, de chercher à déterminer ce qui va dans le sens de la vie, de la justice, du bien que Dieu espère, et ce qui qui est nocif.
- En cas d’élection, il est possible de demander à Dieu de nous éclairer. Que je ne vote pas seulement en fonction de mes intérêts et d’une idéologie, mais avec l’intelligence, le cœur et l’Esprit.
- Nous pouvons nous demander quelle part nous pensons devoir avoir nous même pour contribuer à la vie de la Cité, par nos paroles et par nos actes, par nos engagements, par des services rendus.
- Notre vie en ce monde demande de faire des compromis, car bien des situations sont complexes, jusqu’où aller dans ce compromis sans être dans la compromission ? Cette question se pose en particulier en cas d’engagement politique, entre fidélité au parti et fidélité à ce que je pense être juste, venant de Dieu ?
- Et si je suis moi-même d’une certaine façon une autorité, est-ce que je me sentirais investi à cause de cela d’un pouvoir de droit divin sur mon prochain ? Ce serait évidemment dangereux.
…
Cela nous rappelle que la Bible est assez dangereuse quand elle est prise comme un livre de réponses, mais géniale quand nous la prenons comme un livre de questions à nous poser avec Dieu, devant Dieu…
C’est lui qui, encore et encore, nous bénit et nous accompagne sur notre chemin.
par : pasteur Marc Pernot
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Bonjour, Certains chercheurs avancent une théorie et une explication selon laquelle Saul de Tarse serait en réalité une « taupe » (un agent secret du pouvoir romain). Selon cette thèse, ce serait à cause de la montée en puissance de la « secte » chrétienne, que le pouvoir romain, impuissant et incapable de stopper par la force cette « insurrection », aurait chargé ce Saul (le futur apotre Paul) de pénétrer cette « secte » par la ruse et de la détruire de l’intérieur. Sa brutale conversion sur le chemin de Damas, ne serait donc qu’une mise en scène.
Le respect de l’autorité, « souffrir sur Terre pour mériter son Paradis » ou même le viol autorisé des épouses, toutes ces phrases assassines glissées dans les textes sacrés, au milieu d’autres paroles plus proches du message du Christ, feraint partie de ces actions de destruction de la chrétienté par le pouvoir romain. Cela serait l’explication des contradiction de certains messages bibliques qui embarassent la chrétienté et qui sont même dénoncés par certains croyants.
Curieuse hypothèse, mais les exégètes aiment à faire des hypothèses innovantes, c’est l’occasion de faire un papier.
Auriez-vous des références de « chercheurs » universitaires, docteurs ou professeurs, qui soutiendraient cette thèse ?