Claquer des dents devant l’inconnu, Grelotter jusqu’en son âme, Hurler en soi (Suzy Schell)

photographie de Suzy Schell
Méditatif auprès de la croix

Entrer dans le silence,
s’y terrer comme le grain dans le sol
Demeurer muet,
frappés au coeur de l’espérance
Oublier même la promesse
et perdre le sens
Abattu
comme l’arbre dans la tempête
et perdu
parce qu’il n’y a plus de mots
On ne peut dire l’entre-deux,
il est seulement silence en Dieu

Claquer des dents devant l’inconnu
Grelotter jusqu’en son âme
Hurler en soi
et n’avoir d’écho que le silence
Toucher le fond de l’abîme
devant l’indicible de la mort
Etre sec de prière
sans Verbe qui relie à l’Autre
Etre vide
sans espace intérieur
et sans voix,
les larmes pour langage,
les yeux sans regard
sur le temps de l’absence et de la stupeur

Corps frappé d’absence,
tu n’es à personne
Comme au dernier repas,
tu te donnes
On ne peut plus te suivre
On ne sait plus comment vivre
Même le geste du riche
est défait de sens,
la dignité du pauvre
n’a plus de place

Corps embaumé,
gardé de larmes et de force,
l’oeil ne te verra-t-il plus
qu’au travers de la grâce,
marqué de clous et de lance
dans la mémoire de Dieu?
Nos visages refléteront-ils
à peine ton silence?
Nos mains porteront-elles
quelque peu ta souffrance?

Homme
dans le bois confondu
Nu
par-delà le souffle et le cri
Ce n’est plus
le temps du raisin,
les sarments sont brûlés,
le cep arraché
Reste-t-il encore du vin
à se partager?
Aller jusque-là
dans l’incertain…

Il n’y a plus de face à face
On ne peut contempler la mort
Peut-on seulement
retrouver en soi la Face?
Où chercher le lieu de l’amour?
Où chercher le Disparu?
C’est la fin du temps de l’Incarnation…

On dirait qu’il n’y a plus d’hier,
pas même un aujourd’hui
S’ouvrir au temps de l’Esprit
S’avancer en pèlerins aveugles
sur les traces brûlantes de la mémoire

Habiter samedi saint
comme le temps du passage
Vivre ce jour-là
comme le possible au coeur de l’impossible
Vivre du dedans
l’acte de Dieu lui-même en nous
et percevoir dans l’absurde
la promesse de Présence,
comme on voit mourir le bourgeon
pour que s’ouvre la fleur,
comme on entend le jour
écarter le voile de la nuit

Habiter samedi saint
dans la continuité des actes d’amour
Vivre l’absence
vers l’élargissement d’un temps nouveau
Deviner en tremblant
le Visage de plénitude
Effleurer d’un murmure
le Nom qui est au-dessus de tout nom
et tendre les mains
au poudroiement de lumière,
dans l’ouverture à demain…

Suzy Schell (Traces Vives)
(fut pasteure dans l’Eglise de Genève)

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