Marc Pernot 2 février 2026
Court Podcast

Jésus : « Arrache ton œil ! » : comprendre le sens spirituel du texte

1x
100%

Cet épisode de la série sur les paroles choquantes de Jésus explore l’une des injonctions les plus radicales des évangiles : l’appel de Jésus à s’arracher l’œil ou se couper la main. Plutôt qu’une incitation à l’automutilation, cette parole « sauvage » est analysée ici comme un choc salvateur, une invitation à transformer notre regard et à purifier notre existence profonde par l’amour, à l’image du sel et du feu.


🎥 Regardez la vidéo :

🎧 Écouter l'audio en podcast

 


Dans cette série sur les quelques paroles de Jésus qui sont vraiment choquantes dans les évangiles, je vous propose maintenant une parole que je trouve particulièrement sauvage. Jésus nous conseille : « Si ton œil entraîne ta chute, arrache-le. Il vaut mieux que tu entres borgne dans le royaume de Dieu, plutôt que d’être jeté avec tes deux yeux dans cet endroit où les vers ne meurent pas et où le feu ne s’éteint jamais » (Marc 9:47-48).

Comprendre la radicalité du langage biblique

Alors, reconnaissez que c’est quand même assez sauvage. Comment interpréter ce verset incroyable ? Nous savons très bien que dans la vie Jésus ne nous conseillait pas d’arracher notre œil, mais qu’au contraire, il soignait les aveugles. Et puis qu’il était sympa avec les personnes qui ont des difficultés avec une vie mauvaise, qu’il les respectait et qu’il les aidait à s’améliorer. Il n’est donc pas possible que Jésus nous conseille de nous arracher un œil pour nous punir d’un comportement qui serait nocif. Bien sûr que non.

La règle de la porte de l’interprétation de Maïmonide

Alors comment comprendre cette parole de Jésus ? Eh bien, il y a un principe d’interprétation biblique qui existait avant même la vie de Jésus, et que le philosophe juif Maïmonide a bien expliqué : c’est ce qu’on appelle la règle de la porte de l’interprétation. Elle dit : « Si un passage biblique est impossible au sens matériel, le texte lui-même nous invite à passer au sens spirituel, au sens figuré, allégorique. C’est à ce moment-là que ce sens figuré ou spirituel est le sens premier, le sens fondamental de ce texte.

Le regard comme racine de nos actions

Alors ici, comment est-ce que l’on va appliquer cette règle ? Quand notre regard nous entraîne dans notre chute, c’est le symptôme que Jésus relève ici. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est quand notre façon de voir nous fait plonger, nous fait perdre le moral ou nous rend moins bons — par exemple, nous rend envieux, nous rend coléreux — ou bien quand notre regard est entièrement matériel, faisant que notre vie va plonger au ras des pâquerettes dans le pur matériel. Il y a un problème pour nous. Ce n’est pas que Dieu nous en voudrait, c’est un problème pour nous.

Comment faire ? Il faudrait donc arracher notre regard quand il est problématique pour trouver une autre façon de voir. C’est ainsi que Jésus nous invite à travailler à la racine de notre être, pas simplement à la surface, mais vraiment à travailler au fond du fond de notre être. Cette parole sauvage de Jésus nous est donnée afin de faire choc avec notre existence pour nous réveiller. Vous savez, comme cette machine, le défibrillateur, que l’on trouve dans les lieux publics dans une sorte de boîte verte : il y a dedans un appareil automatique qui permet de faire redémarrer un cœur qui se serait arrêté avec un choc électrique puissant. Eh bien, la parole de Jésus ici est du même ordre.

Une gradation du changement intérieur

En fait, j’ai parlé de l’œil qu’il faudrait arracher, mais avant, Jésus parle déjà : « Si ta main est une occasion de chute, alors coupe-la ; ou si ton pied est une occasion de chute, alors coupe-le ; ou si ton œil est une occasion de chute, arrache-le ». Il me semble qu’il y a une gradation dans ces trois paroles sauvages. Si effectivement nos actes posent problème, à ce moment-là on peut se demander quelle est en réalité notre démarche, c’est-à-dire où nous mène notre pied. Et si on a un problème de démarche, il faut à ce moment-là chercher quel est notre regard, où nous mène notre œil. C’est donc ce travail que Jésus nous invite à faire afin d’aller chercher à la racine de notre être quel est le fond du problème : ça pourrait être notre regard, notre visée.

La purification par le sel et le feu

Tout de suite après ce passage de l’œil, de la main et du pied, Jésus donne cette conclusion un petit peu étrange encore : « Chacun sera salé au feu. » C’est certainement une belle promesse puisque c’est l’Évangile qui sort de la bouche du Christ : ce n’est pas une menace de Dieu, bien entendu, puisqu’il est amour et qu’il prend soin de nous. Quelle est alors cette bonne nouvelle pour nous ? C’est une annonce de purification. Car en effet, aussi bien le sel que le feu sont des agents de purification.

Par exemple, le sel est utilisé pour les fromages ou pour le jambon : ça permet de garder le meilleur du lait et de la viande en éliminant les petits vers qui pourraient le détruire, cela permet d’éliminer la moisissure ou la pourriture qui rendraient le fromage ou le jambon immangeables. Le feu est aussi un agent de purification comme le sel, mais pour d’autres matériaux : par exemple pour le minerai d’or, on le met dans le feu et on retrouve de l’or bien jaune, bien brillant, et on élimine ce qui est terreux dans le minerai : la scorie.

L’amour de Dieu comme agent de discernement

Donc le feu comme le sel évoquent pour nous des agents de purification qui gardent le meilleur de nous-mêmes et qui éliminent ce qui pourrait nous pourrir ou nous dévorer. En réalité, le sel et le feu, c’est l’amour de Dieu qui garde le meilleur de chaque personne et qui cherche à traiter ce qui risquerait de bouffer le meilleur qu’est la personne, de le pourrir ou de l’enfouir. Cet amour, c’est l’amour de Dieu qui peut être à l’œuvre pour nous améliorer dans ce que nous avons de plus essentiel : notre démarche, notre regard et puis notre action.

Voilà ce que nous propose Jésus enfin : « Chacun sera salé au feu », et il ajoute : « Ayez du sel en vous-mêmes. » Jésus espère que nous puissions avoir par nous-mêmes cette capacité de purification au fond de notre être, à commencer par notre regard, notre façon de voir nous-mêmes, le monde et la vie. Dieu est vraiment à notre service pour accomplir ou nous aider dans ce travail du sel à l’intérieur de nous. C’est ce que l’on fait dans la prière : on va travailler notre regard, on va travailler notre façon de voir notre vie, nous-mêmes, les autres, on va améliorer notre discernement, améliorer notre démarche, et nous serons considérablement améliorés, mais comme un cheminement peu à peu, chaque jour.

pasteur Marc Pernot

 

Voici le texte évoqué, dans l’Évangile selon Marc 9:43-48

Si‭ ta‭ main‭ est pour toi‭ une occasion de chute‭‭, coupe‭‭-la‭ ; mieux‭ vaut‭‭ pour toi‭ entrer‭‭ manchot‭ dans‭ la vie‭,‭ ‭que‭ d’avoir‭ les deux‭ mains‭ et d’aller‭ dans‭ la géhenne‭, dans‭ le feu‭ qui ne s’éteint point‭.‭ ‭ Si‭ ton‭ pied‭ est pour toi‭ une occasion de chute‭‭, coupe‭‭-le‭ ; mieux‭ vaut‭‭ pour toi‭ entrer‭‭ boiteux‭ dans‭ la vie‭,‭ ‭que‭ d’avoir‭ les deux‭ pieds‭ et d’être jeté‭ dans‭ la géhenne‭, dans‭ le feu‭ qui ne s’éteint point‭.‭ ‭Et‭ si‭ ton‭ œil‭ est pour toi‭ une occasion de chute‭‭, arrache‭‭-le‭ ; mieux‭ vaut‭‭ pour toi‭ entrer‭‭ dans‭ le royaume‭ de Dieu‭ n’ayant qu’un œil‭, que‭ d’avoir‭‭ deux‭ yeux‭ et d’être jeté‭‭ dans‭ la géhenne‭‭,‭ ‭où‭ leur‭ ver‭ ne meurt‭‭ point‭, et‭ où le feu‭ ne s’éteint‭‭ point‭.‭

 

PS. Cet article est le troisième d’une série sur les paroles choquantes de Jésus.

Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

Articles récents de la même catégorie

Articles récents avec des étiquettes similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *