Cette vidéo relit le récit évangélique de l’onction à Béthanie pour confronter deux visions du monde : le calcul de l’éthique utilitariste qui cherche le plus grand bonheur pour le plus grand nombre, et la démarche de Jésus, centrée sur la valeur de la personne, encourage l’inspiration personnelle et la joie d’agir par amour plutôt que par culpabilité.
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Le geste fou d’une femme à Béthanie
Nous en sommes à la deuxième journée de Jésus à Jérusalem. Il est allé dormir chez des amis à Béthanie et là, une femme survient et verse sur les pieds de Jésus un litre de parfum de grand luxe. Elle y a mis toute sa fortune, quelque chose comme 50 000 francs.
Des disciples de Jésus sont choqués, ils disent : ça ne sert à rien, avec cette somme on aurait pu nourrir énormément de pauvres. Et Jésus, lui, que dit-il ? Il dit que c’est très bien qu’ils pensent aux pauvres, mais plutôt que de critiquer les autres : qu’ils se mettent à agir à leur façon pour les pauvres.
Jésus a ensuite cette phrase qu’il me semble important de méditer : « Pourquoi lui faites-vous de la peine ? » Elle a fait ce qu’elle a pu » (Marc 14 :8).
- C’est un encouragement d’abord à ne pas juger, à ne pas critiquer les autres : ils font à leur façon.
- C’est un encouragement à avoir notre propre inspiration, notre propre idée pour aller faire du bien autour de nous et à faire ce que nous pouvons.
La valeur du corps face au sacrifice spirituel
Jésus explique alors quelle est l’importance de ce geste de cette femme pour lui à ce moment-là : c’est qu’il est en train de prendre tous les risques en allant à Jérusalem pour la Pâque alors que les intégristes et les Romains commencent à le surveiller. Il risque d’y laisser sa peau. Bien sûr ça ennuie Jésus, beaucoup même, mais ça le soucie également pour le message que ça pourrait transmettre. Certains pourraient penser qu’il est bon, qu’il est juste de sacrifier sa vie et son corps pour le spirituel, que c’est normal. Or ce n’est pas ça, pas du tout. Pour Jésus, les deux sont importants : le corps et le spirituel.
C’est pourquoi Jésus trouve que le geste de la femme est si important à ce moment-là. Elle marque sur Jésus l’importance de son corps, l’importance de sa vie, l’importance de la présence de son ami. Et puis elle montre l’importance de la démarche personnelle de Jésus parce que ce sont ses pieds qu’elle honore et ils symbolisent la démarche de la personne.
Pour ce qui est de la remarque des disciples, ils n’ont pas tort non plus : l’importance de nourrir les pauvres, l’importance du corps, effectivement. Mais il ne faut pas être matérialiste non plus : le spirituel demande aussi un investissement et c’est important.
La critique de l’éthique utilitaire
La remarque des disciples me fait penser à l’éthique utilitaire qui a été développée au XVIIIᵉ siècle par le philosophe Jérémy Bentham et qui est reprise ardemment actuellement par le philosophe Peter Singer. Cette éthique utilitaire a un calcul très simple. Elle dit que l’action juste, c’est celle qui va rendre le plus heureux possible le plus grand nombre possible de personnes.
Cela semble logique, mais il y a quelques problèmes, c’est même assez nocif, me semble-t-il.
Parce qu’avec cette logique, par exemple, on pourrait prendre une personne jeune et en bonne santé et s’en servir comme réserve de pièces détachées pour sauver ou améliorer la vie de six personnes : avec son foie, avec ses deux reins, avec ses deux yeux, avec son cœur et peut-être avec autre chose, c’est épouvantable. Pourtant le bilan semble positif : 1 personne massacrée pour 6 qui peuvent vivre ou vivre mieux.
Il y a aussi un autre problème, me semble-t-il, à cette éthique utilitaire : elle fait comme les disciples avec femme, ils culpabilisent les gens pour essayer de les dresser. C’est vrai que pour le prix d’un café à la terrasse, on pourrait sauver la vie d’un enfant en train de mourir de faim, on le nourrirait pour une journée. Mais avec ce genre d’argument, on fait peut-être agir quelqu’un, mais il n’agira pas par amour. Il agira pour soulager sa propre conscience et avec ce poids moral, cette culpabilité qu’on lui a injectée, et cela lui impose son comportement. Avec cela, on détruit, on écrase sa personnalité. C’est quand même très ennuyeux parce que ça diminue la personne, ça lui casse le moral, ça casse le lien social : ce qui dégrade la personnalité démolit l’humanité.
Conclusion : développer la joie d’agir
Jésus a une démarche inverse : il cherche à développer la personnalité de chacun, à développer sa joie de vivre, son enthousiasme de vivre. Alors ce sera volontairement que, par joie, il cherchera à rendre les autres plus heureux autour de lui. De le faire comme il le pourra. Cela va développer sa personnalité, sa façon d’être, sa façon d’agir par amour, par enthousiasme, par joie ; il voudra apporter de la vie et de la joie. Et alors cette personne agira… comme elle pourra, comme nous pourrons, ce sera alors selon notre propre inspiration, authentique : et cela grandit le monde, grandit chaque personne, ça grandit le lien entre nous et ça grandit l’humanité.
Cette méditation est la n° 2/8 de la série de méditations bibliques spirituelles et philosophiques pour la semaine de Pâques.







