Se poser des questions théologiques : essentiel, vivant, salutaire et vivifiant

Par : pasteur Marc Pernot

La foi, c’est comme le vélo, pour assurer l’équilibre il faut un mouvement continuel de questionnement, de recherche. Et en plus, c’est ce qui permet d’avancer.

Dans la Bible, la question est au cœur de la foi du croyant. Ce n’est pas l’obéissance, ni la soumission. Au contraire.

Genèse 3 : Le premier dialogue entre Dieu et l’humain est une question que Dieu lui pose « Où es-tu ? » C’est un questionnement qui nous est proposé : « où en es-tu ? ». Dieu poursuit notre genèse en nous appelant à nous questionner sur nous, sur Dieu, sur la vie. Non seulement c’est autorisé, c’est notre vocation. Le premier pas de l’exercice de notre responsabilité, avant même de répondre, c’est de se poser des questions.

Genèse 4 : Dès le chapitre suivant, Dieu encourage aussi au questionnement avec Caïn, lui demandant « pourquoi es-tu en colère ? Pourquoi ton visage est-il abattu ? » Questionnement sur l’origine de ce qui nous a blessé, diminué : quitte à crier un reproche contre Dieu (c’est permis). C’est une invitation aussi à définir sa visée un pour-quoi, en vue de quoi.

Exode 3 : Ensuite avec Moïse, qui, au delà du désert, à la montagne, se détourne de son chemin parce qu’il se questionne sur un étrange buisson : pourquoi ne brûle-t-il pas ? Questions aussi que Moïse pose à Dieu, l’interpelant : Qui suis-je pour aller… ? puis à Dieu : Quel es ton nom ? Impertinence, pourrait-on dire de questionner la vocation que Dieu lui adresse, de questionner l’être même de Dieu pour essayer de comprendre sa personne. Non seulement c’est autorisé, mais là encore c’est dans ce questionnement que Moïse se construit et est construit. Dans le questionnement en soi et avec Dieu.

Exode 16 : Dans le désert, les Hébreux sont en cheminement vers la « terre promise », histoire que nous relisons en Christ dans un cheminement de l’humain vers la vie en abondance. Dieu les nourrit avec de la « manne », le nom de cette nourriture est littéralement du « qu’est-ce que c’est que ça ? » Les réponses sans questionne ment arrêtent, figent. Le « qu’est-ce que c’est que ça ? » invite à l’observation, à l’écoute, à ouvrir les yeux par soi-même, à s’interroger et à chercher à élaborer une pensée, et sans cesse à questionner ce que nous pensons aujourd’hui.

Les Psaumes, invitant à la plus grande des sincérités, nous décomplexent pour interroger Dieu, questionner note foi, notre relation avec lui. Le Psaume 77:7-10 ose « Le Seigneur rejettera-t-il pour toujours ? Ne sera-t-il plus favorable ? Sa bonté est-elle à jamais épuisée ? Sa parole est-elle anéantie pour l’Eternité ? Dieu a-t-il oublié d’avoir compassion ? A-t-il, dans sa colère, retiré sa miséricorde ? » Le Psaume 22 est encore plus direct en criant à Dieu « Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m’as-tu abandonné ? » Or, c’est cette question là que Jésus reprend sur la croix. Question impertinente s’il en est : reproche à Dieu, reproche injuste car Dieu n’abandonne pas son enfant. Jamais, en aucune circonstance. Cette question exprime un doute, et elle est en même temps pleinement de la foi. Car la foi est par définition avoir et garder le lien avec Dieu, dans cette sincérité que rend possible la confiance en lui, en son amour. Et quand on est déçu de l’autre, l’appeler et engager le dialogue est une vrai marque de confiance, d’authenticité, de sincérité. Cela aide Dieu à nous aider, à nous répondre, à nourrir notre cheminement d’un questionnement renouvelé.

Jésus, dans l’Evangile, n’est pas en reste. Si souvent il répond à une question d’une personne par une question qu’il lui pose, qu’il lui invite à se poser. Par exemple à cet homme qui demande à Jésus « Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? » Jésus lui « répond » : « Qu’est-il écrit dans la loi ? Qu’y lis-tu ?” (Luc 10:25-26). Ce n’est pas lire dans la Bible une réponse, c’est s’interroger en lisant la Bible, puis s’interroger sur sa propre interprétation, sa propre lecture. C’est oser un questionnement et une lecture personnelle, authentique, sincère et libre. Cette personne demandait une réponse à un maître, ce que ce maître lui apprend c’est qu’il est digne de chercher par lui-même, d’interroger la Bible directement, de s’interroger lui-même sur sa réponse. Jésus lui apprend à user de sa propre intelligence, de ses yeux pour voir, de ses oreilles pour entendre, de son cœur pour décider.

Jésus invite, impose même de s’interroger en donnant des paraboles troublantes et des commandements impossibles, au premier rang desquels je mettrais celui-ci « Moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. » (Matthieu 5:39) ce qui ne peut pas avoir le statut de commandement absolu puisque cela reviendrait à laisser les gangsters, violeurs et assassins continuer à faire des victimes ! Ce commandement est une invitation à se questionner, à interroger nos réactions trop hâtives, trop instinctives, afin de chercher la solution (aussi) en amont du problème.

C’est ainsi que Jésus cherche à nous ouvrir à la vérité. Seulement ce terme est passablement trompeur. Dans la Bible, ce qui a été traduit en grec « aléthèia » est le grec èmèt qui est de la même racine que la foi, la relation sincère et vraie avec une autre personne. La « vérité » dont parle le Christ n’est pas une connaissance, mais une relation. Une vérité de cheminement, une vérité vivante. C’est ainsi que le questionnement personnel sincère et authentique est essentiel, et il est possible car nous pouvons avoir totalement confiance en Dieu. Quand nous nous ouvrons à lui en confiance, même quand nous avons des idées plus ou moins fausses, nous sommes encore dans une vérité de foi et de relation avec Dieu et cela lui permet de nous accompagner, de nous soigner, d’éclairer un petit peu plus notre regard. Ce qu’il a bien plus de mal à faire si nous sommes cramponné à une doctrine, à des rites comme si la vérité y était enclose. Le doute, le questionnement, permettent d’avancer, que ce soit dans le domaine scientifique que dans la foi.

Dieu nous est ainsi en aide, et nous bénit.

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Marc Pernot

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