Jésus dit : « Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » (Jean 18:37)

jeune femme lisant la Bible sur un ponton - Bethany LairdPilate dit à Jésus : Toi, tu es donc roi ? Jésus répondit : C’est toi qui dis que je suis roi. Moi, si je suis né et si je suis venu dans le monde, c’est pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité entend ma voix. Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? 
(Jean 18:37-38)

⤑ Un scientifique, ou un théologien très sûr de lui, pourrait dire « quiconque écoute ma voix aura la vérité », quand il prétend dévoiler une connaissance exacte. Jésus dit ici l’inverse : la question première est d’« être de la vérité », l’écoute de sa parole ne vient qu’après.

⤑ Cela montre que la « vérité » n’est pas ici à comprendre au sens de la révélation d’une connaissance comme dans le mot aléthéia de la philosophie grecque, mais comme la traduction en grec de la notion hébraïque qui est présente dans les mots amen, èmèt, èmouna, évoquant une qualité de relation, celle de la sincérité, de la fidélité, de l’attachement à l’autre. Dans l’Évangile comme dans la Bible hébraïque, « Être de la vérité » ce n’est pas être persuadé de telle ou telle connaissance, c’est être dans une relation vraie : d’abord avec Dieu, et de là avec les autres, avec soi-même, avec le monde. C’est profondément ce qu’incarne le Christ, et c’est ce qu’il vit.

⤑ Ce que dit Jésus ici, c’est qu’une personne qui est un petit peu dans cette recherche sincère et « vraie » va avoir tendance à sentir cette « vérité » en Jésus, et se mettra alors à écouter ce qu’il dit.

⤑ C’est ainsi que Jésus dit « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jean 14:6). Ce n’est pas son enseignement (qui par ailleurs est génial) mais c’est sa personne vivante qui est « la vérité », une vérité de cheminement, une vérité d’être et de vie, un amour qui respecte l’autre et respecte Dieu sans l’enfermer dans la case étroite de ce que nous savons de lui.

⤑ Avec cette notion de « vérité », quand Jésus ajoute que « nul ne vient au Père que par moi », ce n’est pas de l’intégrisme, c’est une ouverture : toute personne qui est dans un cheminement sincère et vrai vers la source de la vie est avec lui. Comme Jean traduira ensuite en disant « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1 Jean 4:7), il ou elle « est de la vérité », sans condition de doctrines, de sacrements, de chapelle ou de goûts.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève
(publié dans Réforme du 18 février 2021)

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2 réponses

  1. JP dit :

    Cher Monsieur,

    Je reviens vers vous ayant lu cet article

    Je suis à 100% d’accord avec vous. Mais savez-vous à partir de quand cette distance de la vérité des Evangiles par rapport à la vérité rationnelle, celle qu’exprime alètheia depuis Parménide, a-t-elle été reconnue ? Au XXè siècle, on la trouve chez Bultmann et chez certains auteurs de la « nouvelle théologie », mais avant ? La trouve-t-on chez les premiers auteurs qui se sont livrés à une analyse philologique du texte biblique, comme Erasme, Richard Simon, Ernest Renan, ou chez les fondateurs de la théologie libérale ?

    Merci d’avance.

    Bien à vous

    • Marc Pernot dit :

      Bonjour
      C’est très intéressant comme question.
      A mon avis c’est une question qui date effectivement de Parménide et de la pensée hébraïque se construisant à peu près à la même époque, à mon avis avec l’existence de dialogues entre les deux (je ne l’imagine pas autrement). Le mode était à la fois vaste et petit à l’époque, avec de vraies communications et commerces. La structure même de l’hébreu et donc de la pensée hébraïque me semble réfractaire à la notion de vérité du style mathématique. La même racine ayant souvent plusieurs sens, surtout pour les verbes déclinés. L’èmounah hébraïque aussi, avec son sens de vérité de relation, de fidélité et sincérité, vont dans ce sens, ainsi que cette intégration systématique de la pluralité des points de vue. A mon avis ce débat date donc au moins du IIIe siècle avant Jésus Christ et remonte peut-être au VIIe. Mais je n’ai pas de citations à vous apporter. Peut-être faudrait-il chercher du côté de Maïmonide et de Spinoza. Nos humanistes me semblent trop influencés par le réalisme des idées encore. Mais cela mériterait une recherche. Effectivement.
      Bien cordialement

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