Cette réflexion explore le processus de la naissance spirituelle et de la croissance personnelle à travers les textes de Pierre et l’épisode du Buisson Ardent. Loin d’une simple métaphore, elle définit la Parole comme un événement créateur et propose une éthique de vie où la mystique s’unit à la rationalité pour une existence cohérente et rayonnante.
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prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Vandœuvres, le dimanche 12 avril 2026,
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
Transcription de la Vidéo :
L’Octave de Pâques : naître à nouveau et grandir
Dans les premiers siècles du christianisme, la semaine qui suit le dimanche de Pâques était tout entière comme un grand dimanche, c’était « l’octave de Pâques » qui se concluait sur ce « dimanche de quasimodo ». Ce nom vient du passage de la 1ʳᵉ lettre de Pierre choisi pour ce jour-là : « Quasi modo geniti… », « Comme des enfants nouveau-nés » : nés à Pâques, appelés à grandir. Regardons ce que nous propose Pierre.
Le Vayomèr : quand la Parole est événement
« Ayant été engendrés… » nous dit Pierre : c’est vrai que nous sommes déjà nés puisque nous sommes vivants. Notre patrimoine génétique est un acquis, fruit d’une compétition exigeante, nous sommes des champions. Sur le plan spirituel, 2nde étape de la création de l’humain, nous avons aussi hérité du meilleur possible puisque c’est Dieu qui nous a enfantés par sa Parole, nous dit Pierre. Qu’est-ce que cela signifie ? Il s’agit d’une image parce que Dieu ne parle pas avec en agitant l’air en faisant des ondes sonores, bien sûr. Pierre tire cette image du grand poème de la création qui ouvre le livre de la Genèse : « Et Dieu dit : faisons l’humain à notre image… » (Gen. 1:26-27), ce qui arrive aussitôt. Le sens de ce verbe « dire » est ici à entendre au sens hébraïque, pas au sens grec ou latin du terme : le verbe amar n’évoque pas seulement une intention, mais un événement, un acte de création. Dans toute la Bible, cette expression « Et Dieu dit » (אֱלֹהִ֔ים וַיֹּ֣אמֶר Vayomèr Élohim) est typique pour dire que Dieu rompt la simple chaîne de causalité en injectant un supplément de vie dans sa création.
Les rabbis de l’époque de Jésus ont distingué dans ce grand poème de la création dix Paroles, les Asarah Ma’amarot, qui n’appartiennent pas seulement au passé car Dieu ne cesse de prononcer ces dix paroles créatrices, nous disent les sages juifs, Dieu poursuivant l’œuvre de sa création. C’est ce que dit aussi Jésus : « Mon Père agit jusqu’à présent, moi aussi j’agis » (Jean 5:17), nous invitant à créer, à notre mesure, avec Dieu et avec lui, en équipe.
Un projet de co-création : devenir humain
C’est le cas en ce qui concerne notre propre création à travers ce pluriel : « Et Dieu dit faisons l’humain à notre image » que je traduis par : Dieu dit : si tu le veux, toi et moi, nous ferons de toi un être qui sera à l’image de la personne singulière que tu es, mais qui me ressemblera aussi par certaines qualités divines : tu seras à la fois fils/fille de Dieu et fils/fille de l’humain. Ce projet de Dieu est à la fois génial et risqué.
C’est pourquoi la Bible dit que Dieu nous crée par sa Parole et non par un geste s’imposant par la force. Une parole peut être écoutée ou non, débattue, négociée, différée. Notre naissance par la Parole vivante de Dieu est ainsi un acte de cocréation, par la Parole vivante de Dieu dans la mesure et dans la façon où nous la recevons.
C’est tout cela que rappelle Pierre ici : « Ayant été engendrés à nouveau, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable, par la parole vivante et permanente de Dieu. » Cette naissance est sans cesse à poursuivre en une étape chaque fois nouvelle, supplémentaire. Ce n’est pas une seule fois lors de notre conversion ou le dimanche de Pâques bien sûr. Il est question de naître jour après jour à une existence plus élevée, plus riche, plus rayonnante encore autour de nous.
Cette « Parole » n’est pas seulement une sagesse, elle est d’un tout autre ordre qu’une parole enseignée. Elle est une impulsion spirituelle. Pierre l’appelle la « Parole vivante » de Dieu, ce ne sont pas des mots écrits avec de l’encre sur du papier. L’Évangile, « la bonne nouvelle qui nous a été annoncée », c’est que Dieu ne se lasse jamais de nous engendrer d’un germe de vie éternelle.
Notre naissance progressive est ainsi une écoute. L’écoute de Dieu est une attitude que les juifs mettent au cœur même de leur théologie et de leur spiritualité comme le rappelle Jésus en nous conseillant : « écoute le Seigneur notre Dieu, aime le ». C’est une ouverture à ce « quelque chose » d’inconnu que Dieu cherche à nous apporter aujourd’hui. C’est un travail de chaque jour par la louange à Dieu, par la confiance en lui, par la prière silencieuse, nous tenant devant lui tel que nous sommes.
1ère étape, essentielle, qu’est notre naissance continuée. La 2nde étape est une croissance, comme pour tout nouveau-né.
L’éthique du quotidien : la parole sans tromperie
Mais avant cela, Pierre glisse une ligne de conseil très pragmatique concernant notre vie de tous les jours : « Rejetez donc toute fausseté et toute ruse, hypocrisies, envies et médisances. » C’est assez surprenant qu’entre deux étapes profondément spirituelles concernant notre naissance par la Parole vivante de Dieu et notre croissance avec Dieu, Pierre nous appelle à cette éthique élémentaire de chercher à ce que nous-mêmes, dans la vie de tous les jours avec nos frères et sœurs, nous ne tordions pas notre parole. Il aurait été plus attendu que Pierre parle de cela dans une 3ᵉ partie comme étant des fruits de notre bon développement, mais là Pierre tisse complètement ensemble notre façon de vivre concrète et notre croissance comme enfant de Dieu. C’est cohérent et responsable. Nous ne pouvons dissocier notre vie spirituelle et notre comportement, c’est comme pour une pièce de monnaie : on ne peut avoir une pièce avec une seule face, si l’on tord une face, cela tord aussi l’autre face. Nous sommes à la fois enfant de Dieu et enfant de l’humain, Jésus nous appelle dans le même souffle à aimer Dieu et à aimer notre prochain. (Marc 12:30-31)
Après notre processus de naissance, Pierre nous appelle ainsi à un double effort : à la fois dans notre façon de nous comporter et dans notre propre croissance comme enfant de Dieu.
Le lait de croissance : une foi qui réfléchit
Pour parler de notre naissance, Pierre avait fait référence à la notion biblique de Parole créatrice de Dieu. Pour notre croissance, Pierre fait appel à une notion étrangère à cette culture juive mais propre à la philosophie grecque stoïcienne : il parle littéralement de « lait rationnel et sans fraude ». Pierre parle bien de « lait rationnel », logikon, terme employé par les stoïciens pour parler du geste philosophique de recherche de la sagesse divine. Nos traductions contemporaines n’ont pas aimé cela et ont remplacé ce « lait rationnel » par le « lait de la Parole » qui sonne plus biblique, mais il n’est pas écrit « tou logou » (de la parole) mais « logokon » (rationnel). La traduction latine de Saint Jérôme (au IVᵉ siècle) a été plus respectueuse du texte avec son « lait raisonnable et sans tromperie ».
Notre naissance spirituelle passe par un cœur à cœur avec Dieu, notre croissance spirituelle, elle, passe selon Pierre par une recherche intelligente, une recherche rationnelle. Pour Jésus c’est aussi une dimension essentielle dans notre façon d’écouter et d’aimer Dieu.
Cette recherche est motivée par notre expérience première de la bonté de Dieu « si vous avez goûté la bonté du Seigneur ».
Pierre ne nous demande pas d’arriver à la pure connaissance de Dieu, bien entendu, mais d’avoir soif de ce lait qu’est une connaissance raisonnable des réalités physiques et métaphysiques. C’est ce que nous recherchons à la fois par l’émerveillement devant sa création et par la mystique. Cela nous ouvre aussi, comme le dit Pierre, à une recherche de cohérence lucide avec notre façon de nous comporter.
Vers le pays de la croissance savoureuse
La référence au lait est, par contre, profondément biblique : dans l’expérience spirituelle de Moïse au buisson ardent, la promesse que Dieu lui donne est de cheminer avec les siens jusqu’au « pays où coule le lait et le miel ». Ce cheminement vers le pays où coule le lait et le miel, c’est ce qu’on appelle la Pâque juive et c’est aussi le cheminement qui nous est proposé à travers une relecture en Christ. Le lait qui permet au nouveau-né de grandir et le miel pour sa douceur. Le miel est la promesse que notre recherche de croissance éthique et spirituelle n’est pas quelque chose d’amer et de pénible comme un carême, cette recherche est source de croissance et en plus elle est agréable et douce comme du miel.
Entrer dans ce cheminement est pour Moïse comme une naissance à sa vocation, suite à son expérience de Dieu. Cette expérience est d’abord mystique : le buisson ardent évoque le cœur à cœur avec Dieu et l’écoute de la prière. Il connaît ensuite une croissance dans une recherche théologique à travers cette célèbre réflexion sur l’être même de Dieu comme étant un « Je suis » (c’est de la philosophie pure), ce que Moïse va creuser dans une relecture de la Bible.
Pierre est fidèle à cette racine biblique, il nous appelle à « désirer ce lait », à nous mettre en route chaque jour pour cette traversée de Pâque vers le lieu de notre croissance, le pays où coule le lait et le miel de la théologie mystique, théologie réfléchie et expérimentale.
Dire l’Évangile dans le monde
Mais Pierre parle aux personnes de son temps, baignant dans la culture grecque stoïcienne. La démarche de Pierre est inspirante et stimulante pour notre époque néo-païenne. Il nous appelle à parler à nos contemporains avec des paroles qui pourraient leur faire sens à eux : des paroles crédibles, raisonnables afin d’évoquer ce que nous avons goûté concrètement de l’incroyable bonté de Dieu, comment ce qu’il nous apporte est à la fois source de naissance, de croissance et de douceur.
Textes de la Bible
1 Pierre 1:23-2:3
Ayant été engendrés à nouveau, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable, par la parole vivante et permanente de Dieu ; 24car toute chair est comme l’herbe, toute sa gloire comme la fleur de l’herbe ; l’herbe se dessèche et la fleur tombe, 25mais la parole du Seigneur demeure pour l’éternité.
Cette parole, c’est la bonne nouvelle qui vous a été annoncée.
1Rejetez donc toute méchanceté et toute ruse, les hypocrisies et les envies et toutes médisances ; 2comme des enfants nouveau-nés, désirez au lait non frelaté de la Parole, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut, 3si vous avez goûté la bonté du Seigneur.
Exode 3:4-18
Dieu appela Moïse de l’intérieur du buisson et dit : Moïse ! Moïse ! Il répondit : Me voici ! 5(Dieu) dit : N’approche pas d’ici, ôte tes sandales de tes pieds, car l’endroit sur lequel tu te tiens est une terre sainte. 6Et il ajouta : C’est moi le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait de diriger ses regards vers Dieu.
7L’Éternel dit : J’ai bien vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu son cri à cause de ses oppresseurs, car je connais ses douleurs. 8Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays découlant de lait et de miel…









