« La foi, mais pour quoi faire ? » (Luc 17:5-10) par la pasteure Elisabeth Schenker

(Voir le texte biblique ci-dessous)

prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le dimanche 20 février 2022,
par la pasteure Elisabeth Schenker

La foi, d'après Parmigianino, Musée d'Art et d'Histoire de Genève
Quand ils ouvrent la bouche dans l’évangile de Luc, ils ont toujours des questions décalées, les disciples de Jésus de Nazareth, surtout ceux qu’il a appelés apôtres, c’est-à-dire « envoyés ». Des questions qui témoignent de l’incompréhension assez massive de ce qui leur est arrivé, vraiment, avec l’irruption de cet homme dans leur vie. Voilà presque une année qu’ils le suivent à la trace, partagent ses repas, écoutent son enseignement, sont témoins des actes qu’il pose. Et voilà qu’ils sortent d’un long mutisme pour Lui faire cette demande pour le moins étrange, à ce stade de leur cheminement : « ajoute-nous de la foi » … Donne-nous de la foi en plus… ! La réponse que leur fait Jésus a fait couler beaucoup d’encre, parce qu’en bons chrétiens que nous sommes de génération en génération, nous n’imaginons pas qu’il soit possible de prendre les paroles de Jésus autrement qu’au sérieux. Que très au sérieux même. Et donc nous cherchons un sens très, très sérieux à cette réponse de Jésus : « si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier « déracine-toi et plante-toi dans la mer », et il vous obéirait ! »

L’interprétation la plus populairement répandue est que si vraiment nous croyons en quelque chose et en Dieu tout premièrement, alors tout devient possible. Que la foi nous confère un pouvoir extraordinaire : le pouvoir de notre volonté affranchie de toute limite matérielle, jusqu’à défier même les lois de la physique. Magique ! Avec l’aide de Dieu certes, mais magique quand même, tout du moins prodigieux. Miraculeux. A ce compte-là, si les choses nous résistent, serait-ce donc que nous manquons de foi ? Non, certainement pas et l’expérience commune le montre bien : il n’en est sans doute pas un parmi nous qui ne porte en lui le souvenir cuisant d’un désir, d’un vœu, d’un projet au moins, pour lequel le fait d’y croire de toutes ses forces n’a simplement pas suffit, quels qu’en soient les enjeux. Sa volonté non plus, sans parler de celle que nous prêtons au ciel.

Ce qui pose deux questions :

La première est de savoir si le début de réponse que fait ici Jésus est vraiment aussi sérieuse qu’on a pu le croire : « si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, de moutarde sauvage… » La deuxième de savoir ce que Jésus nous dit vraiment quand il parle de foi.

Voici pour la première : devant les réparties parfois curieuses de Jésus-Christ telles que nous les rapportent les évangiles, la théologie contemporaine s’est mise à s’interroger : Jésus faisait-il parfois des réponses ironiques, avait-il un sens particulier de l’humour ? « Il serait étonnant », disait lors d’un colloque Hans Christoph Askani, qui fut mon professeur de Théologie systématique à la faculté, « que la Bible, qui parle de tout ce qui concerne l’être humain, fasse l’économie de l’humour ». Certes le concept en tant que tel n’existait pas au temps de Jésus, mais il se trouve qu’entre le rire et la dérision se tenait déjà une vertu que l’on disait petite : l’eutrapélie[1], cette disposition à plaisanter de manière bonne et spirituelle. Ce passage est justement de ceux qui semblent nous montrer que Jésus en était bien pourvu. Les pères de l’Église n’étaient pas encore passés par là pour affirmer que le rire avait tout d’un phénomène diabolique, et le rire prenait bonne place dans le monde antique[2].

Thomas d’Aquin, sans toutefois complètement réhabiliter le rire, fait l’éloge de l’Eutrapélie dans sa Somme Théologique « De même que l’homme a besoin d’un repos physique pour la reconstitution des forces de son corps qui ne peut travailler de façon continue, car il a une puissance limitée, il en est de même de l’esprit, dont la puissance aussi est limitée », Ecrit-il. « Le repos de l’esprit, c’est le plaisir. C’est pourquoi il faut remédier à la fatigue de l’esprit en s’accordant quelque plaisir. L’esprit de l’homme se briserait s’il ne se relâchait jamais de son application. Ces paroles et actions, où l’on ne recherche que le plaisir de l’esprit, s’appellent divertissements ou récréations, le jeu, les plaisanteries. Il est donc nécessaire d’en user de temps à autre pour donner à l’esprit un certain repos »

Il y a là de quoi nous convaincre non seulement de cultiver l’eutrapélie, mais aussi pourquoi pas de relire les évangiles avec un œil neuf, si toutefois nous acceptons le principe de l’union hypostatique[3] : c’est-à-dire que nous sommes d’accord de penser que Jésus n’était pas un sur-homme, mais qu’il était tout aussi pleinement homme qu’il est pleinement Dieu. Et que donc, lors de son incarnation, il avait les mêmes besoins que nous. Dès lors qu’on la regarde sous l’angle de l’eutrapélie – de la plaisanterie ici précisément- la première partie de la réponse que fait Jésus à ses apôtres prend une tout autre couleur. Cela n’avait pas échappé à ma pragmatique grand-mère, qui commentait très simplement ce passage en disant : « à demande idiote, réponse idiote ! Faire se déplacer les montagnes, demander à un arbre d’aller se planter dans la mer, il est où l’intérêt ? ça sert quoi, ça sert qui ? » Remarque très pertinente, car même si l’on persiste à vouloir interpréter les paroles de Jésus sur un plan métaphorique, en gardant l’idée générale qu’une minuscule graine de foi, de vraie foi s’entend, pourrait nous permettre de faire des miracles, il y quelque chose qui ne joue pas.

Quelque chose qui ne joue pas tant au niveau de l’interprétation du texte que de celui du réel de la vie que nous partageons : car si nous avons tous connu des hommes et des femmes à la foi profonde, il reste vrai que nous n’en avons vu encore aucun déplacer le Salève, ou envoyer le marronnier de la Treille dans le lac. Encore moins un croyant traverser la rade en marchant sur l’eau. A ma connaissance, du moins. Reste que les humains que nous sommes sont tout aussi friands d’extraordinaire et avides de miracles que l’étaient ceux d’il y a deux mille ans. La question n’est pourtant pas ici de savoir si les miracles existent, ni même si Jésus faisait réellement des miracles ou pas, mais qu’elle est la suivante :

La foi d’accord, mais en vue de quoi ? Pour celles et ceux qui ne seraient pas encore convaincus que la première partie de la réponse de Jésus à des apôtres est un trait d’esprit, il y a encore deux indices qui viennent appuyer cette hypothèse : Le premier, c’est que la réponse de Jésus est en deux temps. Après la boutade en effet, il se met à parler à ses apôtres de service, de ce qui a lieu d’être fait en fonction de ce qui nous incombe, et de travail bien fait. Comme s’il mettait en miroir ce qui est utile, c’est à dire faire qu’il nous est donné de faire – ce à quoi nous sommes appelés – du mieux qu’il nous est possible, face à ce qui ne l’est pas : déboiser la ville à tout va pour transformer le lac Léman en forêt. Le deuxième indice est que ce passage semble avoir pour but de nous interroger sur ce qu’est la foi. Et avant de nous demander ce qu’est la foi pour nous, cela nous ramène à notre deuxième question : la foi au fond, pour Jésus, c’est quoi ?

Même s’il n’en donne jamais de définition, on s’aperçoit vite en se penchant sur les passages où il la nomme, que lorsque Jésus parle de foi dans l’évangile de Luc – comme dans l’entier des évangiles d’ailleurs – il n’en fait pas une sorte de baguette magique. Il ne fait jamais référence non plus à une croyance quelconque, et encore moins à une toute-puissance de la pensée sur la matière. Il en parle toujours au contraire comme d’une dynamique relationnelle qui a de quoi surprendre.

Jugez-en par vous- même : La foi dont parle Jésus est faite en premier lieu de persévérance, d’effort et d’ingéniosité. Effort persévérance et ingéniosité de ces hommes, dont il est dit qu’ils n’arrivent pas à approcher de Jésus avec leur ami couché sur une civière, tellement il y a de monde. Alors ils vont monter sur le toit, enlever des tuiles, faire descendre la civière devant Jésus[4].

Jésus ne va pas mettre en avant de la foi de l’homme sur la civière, mais au contraire la foi de ceux qui l’ont porté. Un peu plus loin, Jésus donne en exemple la foi d’un centurion, qui donc est romain, et croit certainement en d’autres dieux. On se rend compte alors que la foi est faite d’insistance, de demande répétée et d’amour pour un autre. Ce que l’homme demande à Jésus à grand renfort d’intermédiaires, ce n’est pas pour lui qu’il le demande, en effet, mais pour l’un de ses serviteurs qu’il aime tout particulièrement[5]. Peu après, Jésus souligne aussi la foi d’une femme, une pécheresse de l’avis de l’évangéliste comme de celui des pharisiens[6]… Une femme qui a beaucoup aimé dira Jésus. La foi est amour et gestes de tendresse. A l’inverse, c’est chez les disciples pris dans une tempête sur le lac que Jésus constate que de foi, il n’y en a pas, mais au lieu de cela, et malgré Sa présence en chair et en os, c’est le pessimisme et la peur qui inhibent l’action[7]. « Où est votre foi ?» demande Jésus à ses disciples. La foi ici est confiance, confiance qui pousse à l’action.

Il y a encore cette femme que Jésus va guérir en lui disant « ta foi t’a sauvée, va en paix »[8]. C’est peut-être le passage le plus troublant car ce qu’a fait cette femme était non seulement interdit par la loi, mais elle aurait dû selon les codes de l’époque être punie pour son geste : elle s’était approchée de Jésus par derrière, se frayant un chemin dans la foule alors qu’elle était impure, puisque souffrant de pertes de sang chroniques. Où ses contemporains voyaient seulement péché grave et transgression, Jésus vient parler, Lui, de la foi qui sauve…

Ici la foi est transgression de tous les codes culturels, moraux et religieux qui aliènent et déshumanisent l’humain. Juste après cette réponse que Jésus fait à la demande incongrue de ses apôtres, on va apprendre que la foi est aussi gratitude et reconnaissance. Car ce n’est pas la foi qui provoque la guérison des 10 lépreux que Jésus guérit tout dans un bloc ce jour-là. Son geste est gratuit. Un seul va revenir sur ses pas pour le remercier, mais tous sont déjà guéris de leur lèpre quand Jésus dit à cet homme : « relève-toi, ta foi t’a sauvé ». On reste à se demander de quoi sa foi bien pu sauver ce lépreux déjà guéri[9]. Force est de constater alors que celui qui remercie Jésus est le seul à ne pas être allé chercher auprès du grand-prêtre la permission de réintégrer sa place dans la société. La foi est liberté.

Un peu plus loin, sur la route de Jérusalem, c’est un aveugle au bord du chemin qui entend que c’est Jésus qui passe. Il se met à crier, encore et encore, malgré la foule, plus fort encore que tous ceux qui essaient de le faire taire[10]. Dans La rencontre avec Jésus, la foi se révèle alors être désir de relation, expression de nos besoins.

La foi est enfin quelque chose de fragile : L’évangéliste nous dit Jésus lui-même prie, pour que la foi de Pierre ne disparaisse pas tout à fait dans l’épreuve du vendredi saint[11].

Vous le voyez, la foi dont parle Jésus de Nazareth n’a rien à voir avec une croyance qui s’attacherait à un objet ou à un dogme. Elle est à la fois fragile et forte, elle est combat parfois, concrète, et inscrite dans une interaction avec l’autre, avec Dieu, toujours. La foi est une force qui nous pousse à être, en vérité, et à agir, en conscience.

La foi selon Jésus n’a rien à voir avec une toute-puissance de la pensée qui nous rendrait capables de renverser le cours naturel des choses. La foi à laquelle il nous appelle est bien loin d’être une baguette magique, et l’on peut légitimement se demander si ce n’était pas ça au fond, la demande des disciples : une baguette magique ! Et Jésus ne leur donne pas ce qu’ils demandent, non, il leur répond – et c’est là le sens de la deuxième partie de sa réponse, trop souvent séparée de la première dans nos bibles -, que la foi en elle-même n’est rien tant qu’elle n’est pas au service de quelque chose, ou de quelqu’un d’autre. Que la foi ne sert de rien, si elle ne sert rien ni personne. Et ce n’est pas une question de morale, c’est bien une question de salut pour nous aujourd’hui, dans nos vies de ce côté-là du ciel : car tout simplement une vie humaine qui n’a pas d’autre horizon qu’elle-même ne peut que s’épuiser de solitude, et se perdre dans une quête de sens qui toujours échoue à trouver son objet.

Nous n’avons aucun souci à nous faire pour notre salut dans l’au-delà, le Christ s’en est déjà pleinement chargé. Dans notre vie terrestre cependant, il faut bien le dire, c’est de nous-mêmes que les humains que nous sommes ont souvent besoin d’être sauvés.

Alors vous que le Seigneur a envoyés, « vous, quand vous aurez fait tout ce qu’il vous est donné de faire, dites : nous sommes des serviteurs sans mérite particulier, sans besoins particuliers » puisque l’essentiel nous l’avons déjà, par cet appel du Christ qui nous envoie et nous donne ici vocation commune : le service. Ce que nous sommes appelés par Lui à faire, nous pouvons tenter de le faire, pleinement.

Un certain Paul de Tarse le dira autrement, après sa rencontre avec le Christ Ressuscité, et c’est sans aucun doute le passage le plus célèbre de tout le Nouveau Testament : « même si j’avais toute la foi, au point de déplacer les montagnes, mais que l’amour, je ne l’ai pas… je ne suis rien. Et même si je distribuais toutes mes ressources par bouchées entières, si je livrais ma vie, afin de me vanter, mais que je n’ai pas l’amour, je ne sers rien »[12].

Alors s’il est une demande que nous pouvons faire ensemble, une prière, c’est peut-être bien celle-là : qu’il nous soit ajouté comme un don, non pas la foi que demandent les apôtres mais celle dont nous parle Jésus, ainsi que la confiance, l’espérance, et l’amour ; et peut-être aussi, en plus, la grâce de cette autre vertu d’eutrapélie, que l’on dit fille de tempérance, car c’est elle qui nous permet de prendre distance en toutes circonstances, et de nous éviter devant l’absurde, souvent, bien des énervements.

Amen.

 

Notes

[1] Disposition à plaisanter, à tenir des propos fins, agréables et spirituels.

[2] « Mais peut-on rire de tout ? Oui, affirme Démocrite, dont le rire désabusé a des accents étonnement modernes. Oui, dit aussi Cicéron qui répertorie mille façons de faire rire. Non, proclament en revanche les Pères de l’Église, car le rire est un phénomène diabolique, une insulte à la création divine, une manifestation d’orgueil »

[3] Concile d’Ephèse (431) et de Chalcédoine (451)

[4] Luc 5, 17-26

[5] Luc 7, 1-10

[6] Luc 7, 36-50

[7] Luc 8, 22-25

[8] Luc 8, 43-48

[9] Luc 17, 11-19

[10] Luc 18, 35-43

[11] Luc 22, 32

[12] 1 Corinthiens 13

pasteur Marc Pernot

Textes de la Bible

Évangile selon Luc 17:5-10

5 Les apôtres dirent à Jésus : « ajoute-nous[1] de la foi[2] ! »

6 Le Seigneur répondit :

« si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier « déracine-toi et plante-toi dans la mer », et il vous obéirait !

7 Qui de vous, s’il a un serviteur qui laboure ou fait paître les troupeaux, lui dira quand il rentre des champs « viens tout de suite te mettre à table » ?

8 Ne lui dira-t-il pas au contraire « prépare-moi à diner, mets-toi en tenue pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après cela, toi aussi tu pourras manger et boire » ?

9 Est-ce qu’il a de la gratitude envers ce serviteur parce qu’il a fait ce qu’il avait à faire ?

10 De même, vous aussi, quand vous aurez fait tout ce qu’il vous est donné de faire[3], dites « nous sommes des serviteurs sans besoins particuliers[4], et ce que nous avions à faire[5], nous l’avons pleinement fait[6] » ».

 

Notes :

[1] Προστιθημι placer, poser sur, apposer…imposer. Remettre, livrer, produire. Causer. Ajouter (placer en outre) donner en plus. La NBS propose : « ajoute-nous la foi », ce qui pourrait signifier « accorde-nous la foi en plus que ce que nous avons déjà ».

[2] Πιστις confiance en autrui (πιστος c’est celui qu’on peut croire, qui est digne de foi, qui dit le vrai, qui set honnête et loyal, mais aussi qui est fidèle. Le Chantraine propose : en qui on a foi, et qui a foi en quelqu’un. Confiance inspirée à d’autres ou que d’autres inspirent. Au sens commercial, c’est le crédit que l’on fait. Au sens moral, la bonne foi, par opposition à απιστεια, l’absence de bonne foi. C’est aussi le terme de la fidélité. Ce n’est que dans un sens second qu’elle se rapproche de la croyance.

La pistis est aussi ce qui fait foi, la caution, la garantie, le gage, puis le serment, l’engagement, le pacte.

Troisièmement désigne le résultat de la confiance : l’action de tenir pour vrai.

Et enfin, c’est le moyen d’inspirer confiance, de persuader. La preuve juridique

Πιστευω c’est avoir confiance.

[3] Διατασσω disposer en ordre, et par suite distribuer, répartir (et notamment les emplois de chacun). Impartir. Être placé chacun à son poste, être répartis dans différents postes. Veut aussi dire prendre ses dispositions ou distribuer des ordres. Mais garde toujours le sens de distribuer, répartir. Se placer chacun à son poste.

[4] Αχρειος : qui ne sert à rien. Inutile à quelqu’un ou à quelque chose. La traduction est incertaine : on a aussi compris : de simples esclaves, des esclaves sans mérite, quelconques, non indispensables. Χρειος : qui a besoin de, qui est dans le besoin, qui est dans la détresse… En ce sens, Αχρειος désignerait alors quelqu’un qui n’a besoin de rien, qui n’est ni sans le besoin, ni dans la détresse.

[5] Ποιεω faire. Le verbe est ici au parfait et nous renseigne sur la manière totalement accomplie de l’action.

[6] οφειλω être redevable de, avoir une dette, devoir quelque chose à quelqu’un, faire son devoir.

 

 

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Marc Pernot

bio de Marc Pernot

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