Au cœur des Gorges de la Monne se dresse le lys martagon, seul et éclatant. Cette image guide une méditation sur l’expérience de la foi : une trajectoire où l’intime côtoie l’isolement. Entre les noirs de Soulages et la poésie de Paul Celan, ce texte explore la solitude non comme une absence, mais comme la signature d’une présence singulière au monde.
Témoignage reçu de Gaëlle, sur le site :
Bonjour Monsieur le Pasteur,
Ce n’est pas vraiment une question que je vous envoie, ou alors une question bien générale à laquelle mes réflexions n’ont su apporter de réponse, mais y en a-t-il seulement : avoir la foi, est-ce une condamnation à se sentir seul(e) ?
J’ai essayé de mettre à plat mes pensées sur ce questionnement qui me ronge souvent parce qu’il s’impose régulièrement, de fait, à moi. D’avance je m’excuse de la longueur de la suite, c’est sans doute ça l’inconvénient majeur de la solitude : on a le temps d’écrire, et même de trouver un titre à ses propres divagations…
La solitude du lys martagon : une métaphore de la foi
Lorsque l’on se balade dans les gorges de la Monne, on les repère de loin. Sur le fond pointilliste des friches, leurs corolles roses et graciles, leurs lourdes étamines orange ressortent tant qu’elles éclipsent les autres fleurs, fussent-elles du plus beau des jaunes. J’ai toujours adoré les lys martagon. On les découvre comme on tombe sur un trésor, parce qu’ils se dressent fragiles et seuls au milieu d’une marée de vert. Seuls, surtout.
Dans Matthieu, chapitre 6, on peut lire :
25 𝐿𝑎 𝑣𝑖𝑒 𝑛’𝑒𝑠𝑡-𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑝𝑎𝑠 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑎 𝑛𝑜𝑢𝑟𝑟𝑖𝑡𝑢𝑟𝑒, 𝑒𝑡 𝑙𝑒 𝑐𝑜𝑟𝑝𝑠 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑒 𝑣𝑒̂𝑡𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 ?
26 𝑅𝑒𝑔𝑎𝑟𝑑𝑒𝑧 𝑙𝑒𝑠 𝑜𝑖𝑠𝑒𝑎𝑢𝑥 𝑑𝑢 𝑐𝑖𝑒𝑙 : 𝑖𝑙𝑠 𝑛𝑒 𝑠𝑒̀𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑛𝑖 𝑛𝑒 𝑚𝑜𝑖𝑠𝑠𝑜𝑛𝑛𝑒𝑛𝑡, 𝑒𝑡 𝑖𝑙𝑠 𝑛’𝑎𝑚𝑎𝑠𝑠𝑒𝑛𝑡 𝑟𝑖𝑒𝑛 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑔𝑟𝑒𝑛𝑖𝑒𝑟𝑠 ; 𝑒𝑡 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑃𝑒̀𝑟𝑒 𝑐𝑒́𝑙𝑒𝑠𝑡𝑒 𝑙𝑒𝑠 𝑛𝑜𝑢𝑟𝑟𝑖𝑡. 𝑁𝑒 𝑣𝑎𝑙𝑒𝑧-𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑝𝑎𝑠 𝑏𝑒𝑎𝑢𝑐𝑜𝑢𝑝 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑞𝑢’𝑒𝑢𝑥 ?
27 𝑄𝑢𝑖 𝑑𝑒 𝑣𝑜𝑢𝑠, 𝑝𝑎𝑟 𝑠𝑒𝑠 𝑖𝑛𝑞𝑢𝑖𝑒́𝑡𝑢𝑑𝑒𝑠, 𝑝𝑒𝑢𝑡 𝑎𝑗𝑜𝑢𝑡𝑒𝑟 𝑢𝑛𝑒 𝑐𝑜𝑢𝑑𝑒́𝑒 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑑𝑢𝑟𝑒́𝑒 𝑑𝑒 𝑠𝑎 𝑣𝑖𝑒 ?
28 𝐸𝑡 𝑝𝑜𝑢𝑟𝑞𝑢𝑜𝑖 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑖𝑛𝑞𝑢𝑖𝑒́𝑡𝑒𝑟 𝑎𝑢 𝑠𝑢𝑗𝑒𝑡 𝑑𝑢 𝑣𝑒̂𝑡𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 ? 𝐶𝑜𝑛𝑠𝑖𝑑𝑒́𝑟𝑒𝑧 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑐𝑟𝑜𝑖𝑠𝑠𝑒𝑛𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑙𝑖𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑐ℎ𝑎𝑚𝑝𝑠 : 𝑖𝑙𝑠 𝑛𝑒 𝑡𝑟𝑎𝑣𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒𝑛𝑡 𝑛𝑖 𝑛𝑒 𝑓𝑖𝑙𝑒𝑛𝑡 ;
29 𝑐𝑒𝑝𝑒𝑛𝑑𝑎𝑛𝑡 𝑗𝑒 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑑𝑖𝑠 𝑞𝑢𝑒 𝑆𝑎𝑙𝑜𝑚𝑜𝑛 𝑚𝑒̂𝑚𝑒, 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑡𝑜𝑢𝑡𝑒 𝑠𝑎 𝑔𝑙𝑜𝑖𝑟𝑒, 𝑛’𝑎 𝑝𝑎𝑠 𝑒́𝑡𝑒́ 𝑣𝑒̂𝑡𝑢 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑙’𝑢𝑛 𝑑’𝑒𝑢𝑥.
Vivre en lys des champs… Une belle image, pleine de poésie. Ce n’est que récemment que j’y ai aperçu aussi un soupçon d’une tristesse que je connais bien, que je connais depuis longtemps, une tristesse qui a les reflets de la solitude. Avoir la foi et se sentir seule, n’est-ce pas sublimement antinomique ?
L’éveil à la transcendance par l’art : Miro et Soulages
Le temps d’avant le Nom, dans les règles (silencieuses) de l’art…
Il y a quelques années, mais quand ? Peu importe. Au hasard des larges couloirs du centre Pompidou, je déambule… J’ai toujours aimé me perdre seule dans les musées. Je déteste que l’on me dise où regarder… Parce que je ne regarde pas avec les yeux, je m’abîme avec le cœur. Je ne veux rien ni personne entre la peinture et moi, et surtout pas de traducteur. Je veux l’intimité, la conversation chuchotée et le vide tout autour.
Au bout de l’allée, à droite, deux grandes salles en enfilade. Murs d’un blanc immaculé. Dans la première, les Bleus de Joan Miró. Dans la seconde, les Noirs de Pierre Soulages. Et au milieu, soudain, j’ai tout le corps qui tremble.
Le rapprochement d’un noir et d’un bleu a toujours quelque chose d’assez sensuel… il y a un ébranlement immobile, un cri silencieux, il y a le sol qui tangue et les vagues plein les paupières. Il y a ce que j’appellerai bien plus tard la Parole. Le souffle. Le « ça », ce quelque chose que les mots pour le dire échouent inlassablement à enlacer… L’infini de cette lumière secrète habite ma finitude, la couvre d’étincelles, et je me sens… vivante. Il y a un je ne sais quoi de sacré dans ces toiles immenses qui m’aspirent… Ils ne font pas seulement silence : ils écoutent. Ils écoutent la lumière.
Une bousculade, la magie se tait. La sensation de perte et d’abandon est incommensurable. Ça n’aura duré que le temps d’un arc-en-ciel, et pourtant, je pressens déjà que je suis passée tout près de quelque chose. Il me faudra encore des années pour donner à ce quelque chose le nom de Dieu. Des années d’une étrange solitude.
La quête kairo-poétique : Paul Celan et le langage de l’indicible
Le temps de la quête, une histoire de kairo-poétique
Il y a quelques mois, mais quand ? Peu importe. Au hasard des rayons de cette librairie lyonnaise, mes doigts s’égarent sur les couvertures… J’ai toujours aimé me perdre seule dans les allées de couvertures… Je ne veux rien ni personne entre le livre et moi, et surtout pas de guide. Je veux la confidence, la phrase velours et le vide tout autour.
Papier blanc crème, liseré bleu… Je feuillette, je cherche, mais quoi ? peut-être ce quelque chose en moi qui n’est pas encore né, mais qui est là, et dans le secret de mon cœur je lui donne depuis peu le nom de Dieu… alors pourquoi ne retrouve-je pas mes pensées dans leurs lignes, dans leurs sermons, dans leurs soliloques lyriques ? Alors je cherche, oui, je cherche mon reflet d’encre, je cherche les vers et la prose, et soudain ces mots m’enlacent :
𝐺𝑟𝑎𝑛𝑑𝑒 𝑣𝑜𝑢̂𝑡𝑒 𝑖𝑛𝑐𝑎𝑛𝑑𝑒𝑠𝑐𝑒𝑛𝑡𝑒 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑙’𝑒𝑠𝑠𝑎𝑖𝑚 𝑑’𝑎𝑠𝑡𝑟𝑒𝑠 𝑛𝑜𝑖𝑟𝑠… 𝐿𝑒 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖, 𝑖𝑙 𝑓𝑎𝑢𝑡 𝑞𝑢𝑒 𝑗𝑒 𝑡𝑒 𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒. [Paul Celan]
Le monde est parti, il faut que je te porte. Ce vers-là, ces mots précis… Plus qu’un moment. Dans ma poitrine, un kairos.
Le monde les quitte et les laisse seuls à leur art… Quel courage faut-il pour poursuivre ? De quelle confiance faut-il faire preuve pour continuer malgré les jugements si prompts du monde ? … Parce que moi, je me suis mis à parler de Dieu. À parler à Dieu. Pire, à le questionner. Graine de schizophrène, j’en viens parfois à presque lui reprocher d’être à mes yeux, à mes seuls yeux, tout en le remerciant infiniment de ce cadeau.
« Je Te porte », oui, parce que je Te conçois comme nécessaire… Tu es la réalité là où il n’y avait rien, une joie pleine et entière, reçue autant que donnée. Tu me complètes… C’est le chemin vers Toi : un désir ininterrompu, sans fin, le désir d’un désir. Alors je parle de don, d’hospitalité, de fidélité, de promesse, de la grâce… et leurs yeux se lèvent au ciel, sublime ironie, et ils se moquent, oh gentiment… J’essaie de répondre, d’expliquer, je n’y arrive pas.
Le monde devient le sentiment d’une coïncidence entre l’acte par lequel mon cœur Te connaît et le mouvement unique initié dans les toiles du musée. Cette coïncidence pourrait marquer la fin de ma quête spirituelle, elle n’en est que le tout début… Et dans cette quête kairo-poétique, à l’évidence, je serai souvent seule. Enfin, je T’aurai, Toi, mais Tu comprends ce que je veux dire, pas vrai ?
Prière et silence : quand les mots manquent à la foi
Le temps des mots, ou les prières aphasiques
Il y a quelques semaines, mais quand ? Peu importe. Au hasard de l’océan du web, je papillonne de sites en blogs… J’ai toujours aimé me perdre dans les méandres sans fin de la langue. Je déteste que l’on me dise quels mots utiliser… Je veux la cantilène, la pulsation et le vide tout autour.
Le craquement du bois, le gris froid de la nef au-dessus de moi, et ces mots, toujours les mêmes… Sauf que ce jour-là, j’ai le cœur en déroute… les mots du Notre Père ont pris un nouveau rythme sur lequel le sens est venu se faire et se défaire. Mille fois j’ai récité cette prière avant ce jour-là, et ce n’est que ce jour-là que je l’ai réellement priée… quelque chose de l’ordre de l’inouï. C’est donc cela prier ?
« 𝑀𝑦 𝑤𝑜𝑟𝑑𝑠 𝑓𝑙𝑦 𝑢𝑝, 𝑚𝑦 𝑡ℎ𝑜𝑢𝑔ℎ𝑡𝑠 𝑟𝑒𝑚𝑎𝑖𝑛 𝑏𝑒𝑙𝑜𝑤: 𝑊𝑜𝑟𝑑𝑠 𝑤𝑖𝑡ℎ𝑜𝑢𝑡 𝑡ℎ𝑜𝑢𝑔ℎ𝑡𝑠 𝑛𝑒𝑣𝑒𝑟 𝑡𝑜 ℎ𝑒𝑎𝑣𝑒𝑛 go. » – 𝑊𝑖𝑙𝑙𝑖𝑎𝑚 𝑆ℎ𝑎𝑘𝑒𝑠𝑝𝑒𝑎𝑟𝑒 (𝐻𝑎𝑚𝑙𝑒𝑡, 𝐴𝑐𝑡 3, 𝑆𝑐𝑒𝑛𝑒 3.)
Les mots sans pensées ne montent jamais au ciel. Et les pensées sans mots, alors ? … Pourquoi je me retrouve alors seule encore une fois… presque honteuse en vérité de ne pas avoir une piété visible et propre sur elle ? Pourquoi est-ce que je finis invariablement par accrocher mes pupilles à la croix qui nous surplombe de toute sa folie ? Cette croix, le plus grand symbole de la faiblesse de Dieu, de son recul et de sa force, de sa folie.
Est-ce le signe que ma foi est… plus faible ? Devrais-je moi aussi te demander la pluie, la guérison, la réussite ? Mais je ne peux pas faire semblant… Alors je prie pour la lumière, je prie sans envoyer de jolies phrases mais un profond désir… Et il y a beaucoup de silences dans cette étrange solitude.
La solitude habitée : communauté, église et « pierres vivantes »
Le temps de la solitude… à plusieurs ?
Ce matin, comme tous les matins, j’ai pris un moment pour les Écritures. C’est une routine qui s’est mise en place toute seule, par envie, par besoin aussi. Je lis la Bible, et je me sens renaître au monde d’une façon singulière. Et cela importe. Malgré la solitude que je ressens parfois, cette impossibilité de parler de Dieu et des Écritures avec mes proches, je reçois cette lecture matutinale comme une parole d’amour.
Il y a les livres. Grappe, Cuvillier, Nouïs, Woody et surtout… le bouleversement sans précédent éprouvé à la lecture de La Faiblesse de Dieu de John Caputo. J’ai eu cette chance inouïe plusieurs fois… Et devant ces lignes, j’ai senti que je n’étais pas seule.
Il y a l’église. Chaque dimanche, je les rejoins avec bonheur… ces frères et sœurs dans la foi… Alors je m’engage davantage encore, pour la Sainte-Cène, pour le caté, je dis oui à tout parce que c’est une joie sans nom que de devenir pierre vivante d’une église en laquelle je crois, artisan de paix et d’amour, petites mains parmi tant d’autres, jamais seule.
Il y a le pasteur. Lui que je harcèle de questions… lui qui me conseille des lectures qui me permettent de bâtir doucement ma théologie et ouvrent de nouvelles voies de réflexion… « il n’y a plus de solitude là où est la poésie », alors je relis Siméon, et c’est vrai, je ne me sens pas seule.
Et puis, surtout… il y a la Parole, il y a l’Esprit. Il y a Dieu. Lorsque l’on se balade dans les gorges de la Monne, c’est vrai qu’on les repère de loin, les lys martagon. Ils ont souvent les plus hautes tiges, les fleurs les plus près du ciel. Mais c’est vrai, ils sont seuls. Et souvent, je me sens seule, malgré tout. Est-ce à dire que la foi donne la main à la solitude ? Que faire pour enrayer cela ?
Gaëlle
Réponse du pasteur Marc Pernot : La solitude comme unicité bénie
Chère Gaëlle,
Merci pour cette magnifique écriture ! C’est un régal sur le fond et sur la forme ! Je serais ravi de le mettre en ligne car c’est un témoignage : « 𝐿𝑎 𝑠𝑜𝑙𝑖𝑡𝑢𝑑𝑒 𝑑𝑢 𝑙𝑦𝑠 𝑚𝑎𝑟𝑡𝑎𝑔𝑜𝑛 » est si personnel et sincère, ce n’est en rien une leçon pour le lecteur, c’est juste une joie et une profondeur d’être, une douleur, une solitude et un courage d’être, et c’est formidablement inspirant.
Je ne sais pas s’il faut se désoler de ce sentiment de solitude… c’est le privilège extraordinaire d’être unique, d’être essentiellement une personne capable de dire « je ». C’est par principe une solitude. Cette prise de conscience me semble tout à fait fondatrice. C’est alors que la grâce d’être aimée est si troublante : on est aimé parce que nous sommes nous en particulier… Dieu vous bénit et vous accompagne.
Réponse de l’auteure du message :
Monsieur le pasteur, Tout d’abord, je ne vois aucune objection à mettre en ligne ce 1ᵉ𝑟 message… je vous remercie, votre réponse m’éclaire… Je ne sais pas si le monde m’attend, mais je m’efforce d’être, à mon petit niveau, une pierre vivante de cette église qui m’apporte tant et où, en fin de compte, ma solitude ressentie m’offre une plus grande écoute de la Parole.
Réponse d’un pasteur :
Chère Gaëlle, C’est vrai que l’humain est un être de « pourquois », c’est une incroyable qualité d’être qui nous est donnée ainsi… Dieu nourrit quotidiennement notre marche dans le désert avec de la « manne » ; littéralement en hébreu, cette nourriture divine est du « qu’est-ce que c’est que cela ? », une curiosité et un questionnement.
Ce que j’aime dans cette prédication de 4 lignes d’Angelus Silesius, c’est que la rose nous dit que nous n’avons pas nécessairement à trouver de réponses à notre existence. Notre vie a une valeur en elle-même… Dieu vous bénit et vous accompagne avec joie et reconnaissance pour ce que vous êtes.








Je sais bien puisque c’est la mienne et que j’ y suis bien.