Un état de fait me chagrine : je n’arrive pas à entrer véritablement dans la Bible, elle me tombe des mains.

Par : pasteur Marc Pernot

femme courant à pied et faisant un signe joyeux - Photo by andrew dinh on Unsplash

Question d’un visiteur :

Cher Marc Pernot,

Un état de fait me chagrine : je n’arrive pas à entrer véritablement dans la Bible, à ressentir, pour moi-même, l’immense potentiel (spirituel, théologique, existentiel, artistique…) qui est la sienne, et dont des milliers d’années de productions culturelles de toutes sortes témoignent pourtant.

J’ai grandi dans une famille athée de culture protestante réformée. Je n’ai longtemps eu qu’un intérêt très limité pour la religion. J’ai fait des études de philosophie, qui m’ont plutôt confortée dans mon athéisme. Il y a trois ou quatre ans, par curiosité et aussi par envie d’approfondir cet héritage familial protestant, j’ai toutefois commencé à feuilleter puis à lire de manière extensive des ouvrages de théologie : pas mal de Tillich et de Bonhoeffer notamment, et quelques autres encore. Contre toute attente, j’y ai pris goût. Ces ouvrages m’ont permis de mieux comprendre la complexité de ce que pouvait vouloir dire “avoir la foi”, et s’ils ne m’ont pas rendue “croyante”, ils m’ont du moins montré que l’opposition entre “croyant” et “non-croyant” était simpliste et échouait à décrire la complexité de l’expérience humaine en matière de religion et de spiritualité.

Encouragée par ces lecture, je me suis replongée dans ma Bible, en reprenant pour commencer le plan de lecture que vous proposez sur ce site. Et là : déception. J’aime lire de la théologie, mais je n’aime pas lire la Bible. Question de langage, peut-être (je suis plus à l’aise avec le langage théorique et systématique de la théologie qu’avec celui, narratif et poétique, de la Bible). Ou bien de style de lecture (je suis une lectrice impatiente, je savoure pas ni ne rumine ce que je lis). Toujours est-il que ce livre, la plupart du temps, me tombe des mains.

J’aimerais pourtant que cela change. Alors je me tourne vers vous : y a-t-il des conseils que vous pourriez me donner ? Comment “prendre goût” à la Bible ?

J’en profite pour vous remercier pour le travail essentiel que vous accomplissez avec ce site. C’est en grande partie grâce à lui que je me sens légitime, aujourd’hui, à explorer ces questions et même à apprécier assister au culte de temps en temps.

Amitiés,

Réponse d’un pasteur :

Chère Sophie

Vraiment merci pour cet encouragement à poursuivre ce service offert par l’Eglise Protestante de Genève. Ravi que cela vous ait aidé.

Merci pour cette finesse dans la réflexion sur la relativité des notions de « croyant » et « non croyant », c’est absolument essentiel.

Pour ce qui est de la lecture de la Bible, comme d’ailleurs tout exercice en religion, il convient d’être lucide et pragmatique. Si tel exercice ne vous correspond pas actuellement, ce n’est pas grave, à condition de trouver d’autres exercices qui vous conviennent. L’essentiel est l’objectif : développer et nourrir votre foi (lien tenu avec l’ultime, la source et l’horizon, lien tenu dans l’émerveillement et la recherche), votre réflexion personnelle, votre dynamique de vie (un cheminement portant des fruits de vie plus vivante, d’espérance plus profonde, une paix et une bienveillance plus spontanée envers nos proches).

C’est ce que dit Jésus pour le Shabbat, même pour le shabbat si important dans la Loi juive : le shabbat est fait pour l’humain et non l’humain pour le shabbat, de sorte que l’enfant de l’humain est maître même du shabbat. On pourrait dire la même chose pour la lecture de la Bible, c’est bien de le constater et de chercher que faire si cet exercice ne vous convient pas. C’est ce que vous faites et vous n’êtes pas non plus sans des exercices spirituels.

Si la lecture de la Bible ne vous réussit pas aujourd’hui, ce n’est pas grave, peut-être que demain vous y prendrez goût, mais pour aujourd’hui, il serait tout à fait inutile de vous culpabiliser pour autant, ce n’est qu’un des exercices possibles.

  1. La théologie vous intéresse, lisez de la théologie, à condition, dirais-je, qu’elle soit variée, car il y a le risque de s’enfermer dans une sensibilité particulière. Or, la Bible effectivement poétique, rugueuse, étrange, et variée suscite un questionnement personnel (à moins d’être déjà profondément piégé par une idéologie interdisant de se poser des questions).
  2. Le culte est aussi un exercice permettant de se laisser surprendre par de l’imprévu. Même si la prédication ne vous convient pas et que vous n’êtes pas d’accord, au moins c’est une recherche assez creusée, fouillée, un témoignage où le prédicateur a mis ses tripes (j’espère), et cela stimule notre réponse personnelle en tant qu’auditeur, appelant à creuser la question et à y mettre nos propres tripes, si je puis dire.
  3. Enfin la prière, bien sûr, qui est le pendant de la réflexion, l’un et l’autre se complétant, se stimulant, se corrigeant.

Chemin faisant, avec la théologie et le culte, il est possible de toute façon que vous croisiez un ou deux passages bibliques, voir une ou deux centaines, un millier.

Ensuite, on n’est pas obligé de lire la Bible en s’explosant la tête à chaque fois pour en chercher le sens le plus profond. Il m’est arrivé de faire une retraite dans un monastère et de relire un des 4 évangile chaque jour, d’une traite, sans m’arrêter. Cela peut se lire à la vitesse d’un roman. Et cela donne un aperçu d’ensemble intéressant, et passe par des textes qui sont moins connus aussi.

Bravo d’essayer de vous forcer à lire la Bible, cela montre une grande bonne volonté qui est certainement profitable, car il est dans le domaine de la foi comme dans le domaine de l’exercice physique, bon de faire un petit effort afin de repousser ses limites. Mais si l’on force trop ce n’est plus avantageux. D’une manière générale, nos exercices physiques ou spirituels doivent rester agréables, pas fastidieux. Si la régularité est favorable, mieux vaut diminuer la quantité et respecter la fréquence et la qualité de ces temps spirituels. Par exemple pour le culte, quand j’étais étudiant, je trouvais qu’une demi heure de culte me suffisait, deux fois par mois, j’arrivais donc un quart d’heure en retard, restant juste pour la partie centrale de lecture de la Bible et de la prédication, je sortais alors pour prendre l’air et revenais pour la sortie du culte afin de bavarder. Et bien : c’est déjà ça.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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