Face à une amitié devenue toxique, la rupture est parfois le seul chemin vers la paix intérieure. Ce dialogue entre une fidèle et un pasteur explore la légitimité spirituelle de s’éloigner des personnes manipulatrices pour se préserver, tout en rappelant la bienveillance inconditionnelle de Dieu envers ceux qui souffrent.
Question posée :
Bonjour,
J’espère que vous allez bien. J’aurais une question : quand on se dispute avec des « amis » parce que l’un d’entre eux a posé des questions très intrusives, intéressées (questions purement matérielles) et manipulatrices (vous ne voulez pas acheter telle chose ou autre) et que l’on ne supporte pas cela, qu’on mette un terme à cette relation et que ça se termine violemment (en paroles), est-ce que Dieu va me tenir rigueur de cela ? C’est au-dessus de mes forces et je ne peux plus les voir. Il y a beaucoup de personnes de nos jours ainsi. Il est difficile de rencontrer des gens normaux et corrects. Même au sein de l’Église. Mais ces « amis » ne sont pas croyants ou ont perdu la foi.
Merci pour votre réponse.
Cordialement,
Réponse d’un pasteur :
Chère Diane,
Ne pas résister au méchant ?
Je comprends tout à fait votre dilemme.
Dieu est pour la paix, le pardon, le dialogue, l’amour des ennemis. C’est un idéal, une visée à garder en tête comme vous le faites. Mais le Christ ne nous fait pas quitter le monde réel, où nous devons tenir compte des circonstances, et chercher quel est le meilleur chemin. Si nous nous laissions massacrer, dépouiller, désespérer : demain nous n’aiderions plus personne, et il y a bien des chances que la personne qui a fait preuve de méchanceté se frotte les mains du succès de son entreprise méchante, et soit ainsi confortée dans cette voie.
C’est pourquoi il n’est pas possible de se contenter d’un moralisme étroit qui enseignerait qu’il faut en toute circonstance ne pas résister au méchant et se laisser maltraiter. Cela serait laisser libre cours à la violence en ce monde. Ce n’est pas bon pour nous-mêmes (ça nous abîme, cela nous prend une énergie qui pourrait être bien mieux placée autrement), ce n’est pas bon pour la personne qui est ainsi problématique (cela l’abîme de vivre de cette façon, et cela peut l’encourager à faire de nouvelles victimes).
D’ailleurs, il arrive dans les évangiles que l’on voie Jésus menacé par des personnes, Jésus se protégeant en s’enfuyant pour se mettre à l’abri. Une autre fois Jésus répond à celui qui le frappe en disant : « Si j’ai mal parlé, fais voir ce que j’ai dit de mal ; et si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jean 18:23), donc il ne se laisse pas faire non plus en ce cas.
Soyez assurée que Dieu comprend votre situation, et qu’il vous bénit pour la suite. Mais de toute façon, même quand nous faisons une faute, Dieu ne nous tient jamais rigueur. Il est peut-être triste (quand nous faisons n’importe quoi) ou inquiet pour nous, mais puisqu’il nous aime profondément, il nous accompagnera toujours avec tendresse. Combien plus encore quand il voit un de ses enfants victime d’une pénible situation et qui a bien réagi, qui s’appuie sur Dieu pour examiner cette pénible situation.
Qui pour aider le méchant ?
Ensuite, il faut sans doute que quelqu’un essaye d’aider cette personne au comportement problématique à aller mieux et à vivre d’une meilleure façon. Mais la question qui se pose est de savoir si c’est vous qui vous sentez appelée à aider cette personne (ce n’est pas certain), et si vous pensez qu’il vous est possible, à vous, de faire quelque chose, et quoi ? Il n’y a pas de cas général. Cela dépend de la personne, du moment dans sa vie, de vous-même, de votre relation avec cette personne, de votre force actuelle… Cela dépend s’il y a d’autres personnes qui peuvent faire quelque chose : peut-être les institutions (pour cela, il ne faut pas manquer de signaler les cas tombant sous le coup de la loi)…
Le fait de rompre est déjà faire quelque chose de significatif, une réaction ; bravo de lui avoir bien clairement spécifié pourquoi. C’est à lui de réfléchir, de comprendre, s’il en est capable.
Bravo d’avoir senti que vous n’aviez pas les forces pour continuer, et d’avoir réagi en coupant court, sans vous laisser abattre plus. Cela n’aurait fait avancer rien ni personne de vous laisser encore maltraiter.
Rencontrer de bonnes personnes ?
Vous n’êtes pas seule dans ces difficultés, bien des personnes ont traversé des moments pareils. Pour avancer, c’est utile de s’appuyer sur des personnes de valeur. Bravo donc pour votre démarche de chercher à trouver de bonnes personnes. Les vrais amis sont très rares pour tout le monde, en réalité, on en a en général pas plus d’un ou deux dans sa vie (au mieux). Mais des personnes saines d’esprit avec qui avoir de bonnes relations existent quand même et c’est plus fréquent. Sinon, il y a des professionnels, thérapeutes, pasteurs ou prêtres, qui peuvent aussi donner un coup de main pour franchir un moment trop difficile.
Il est difficile de rencontrer des gens normaux et corrects, même au sein de l’église ? Cela dépend sans doute de l’église et des endroits. Chaque paroisse a son histoire et attire un public différent. Les personnes pénibles sont souvent plus visibles que les personnes tranquilles, mais je peux vous dire sincèrement que dans toutes les paroisses des églises où je suis passé, il y avait plein de bonnes personnes (même si elles n’étaient pas parfaites non plus, bien sûr). C’est vrai que j’ai croisé quelques personnes problématiques, mais finalement fort peu, et en général les responsables de l’église ne laissent pas une de ces personnes faire du mal aux autres dans le cadre de la paroisse. Cela fait d’ailleurs partie des cas qui ne sont ni faciles ni agréables à gérer pour le pasteur ou les responsables : quand il faut demander à une personne de bien vouloir laisser tranquille telle autre personne, quitte à aller jusqu’à lui demander de ne plus venir dans les réunions ou au culte, mais de venir voir le pasteur en privé pour répondre à son besoin de nourriture spirituelle, théologique ou biblique. Mais s’il y a trop de personnes au comportement problématique dans une paroisse, c’est probablement qu’il y a un problème dans cette église. Peut-être que vous pourriez alors chercher une autre paroisse, attirant des personnes au comportement plus sain, et ayant mieux géré les cas problématiques.
Il y a aussi d’autres groupes où vous devriez trouver des personnes sympas. Peut-être des associations d’entraide, des aumôneries ? Normalement, ce devrait motiver des personnes pensant aux autres. Dans ce genre d’association, les bénévoles sont souvent sympas, parfois ceux qui dirigent l’association sont plus compliqués, il arrive que certaines personnes arrivent à la tête d’associations car elles cherchent du pouvoir plus que de rendre service, mais ce n’est pas la majorité non plus.
Avec tous mes vœux pour la suite.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
PS. Pour ce qui est de ce versets de l’évangile où Jésus parle de notre rapport avec une personne méchante, voir peut-être cette prédication.





