La foi n’est pas une soumission aveugle, mais un cheminement nourri par la recherche de sens. À travers l’étymologie de la « manne » et une relecture du récit de l’Éden, cet échange explore comment l’intelligence et le questionnement personnel participent à une vie spirituelle libre et authentique.
Bonjour Pasteur,
Je vous remercie pour vos réponses. Je me permets de vous solliciter car je suis troublé par un discours que j’ai lu récemment : un pasteur affirmait qu’il ne faut pas chercher à comprendre le « comment » du jardin d’Éden ou comment Dieu le Père aurait envoyé son fils en rançon. Selon lui, se poser des questions risquerait de nous « tordre l’esprit ». Il préconise une foi sans interrogations, arguant que cette ignorance volontaire nous protègerait des maux et des douleurs de la vie, en se concentrant seulement sur le fait que nous aurons une vie éternelle et bien meilleure.
Bien que je comprenne que ruminer nos soucis puisse les transformer en « montagnes », je suis en accord avec vous : il est bon et nous avons le droit de nous poser des questions et d’avoir notre esprit critique. Pourtant, une question me tourmente : comment croire littéralement au récit d’Éden ? Si Dieu est un « papa » infiniment aimant, comment imaginer qu’il ait laissé l’homme et la femme face à un interdit qu’ils n’avaient pas la maturité de comprendre ? En France, on reconnaît l’irresponsabilité pénale des plus jeunes car ils n’ont pas le discernement nécessaire. Quel parent aimant laisserait ses enfants de 5 ans seuls dans une maison en leur disant simplement de ne pas croiser un prédateur sexuel caché dans la pièce d’à côté ? On ne peut pas confier une telle responsabilité à des êtres qui ignorent tout du chaos qu’un acte peut engendrer.
Je ne peux me résoudre à voir un Dieu qui « piège » ses enfants en sachant qu’un maléfique les guette. Quel est donc l’intérêt réel de ce passage ? Est-ce une métaphore, une image romancée pour expliquer notre condition, plutôt qu’une réalité historique ?
Merci de votre précieux éclairage sur cette vision d’un Dieu « Grand Papa » que je chéris.
Que Dieu vous bénisse.
La réponse du pasteur : la foi comme libérant l’intelligence
Bonjour. Je suis du même avis que vous, bien des passages sont à lire au sens figuré, ils sont écrits pour cela, pour nous parler de notre propre cheminement de vie et de foi. Se poser des questions est donc un moteur fondamental pour avancer, et chercher à s’approprier ces textes de la Bible est un exercice qui participe à cela d’une excellente façon.
Est-il bon de se poser des questions ?
L’histoire de l’Exode des Hébreux hors d’Égypte à travers la mer et le désert est une figure de notre salut. Et ce cheminement dans le désert évoque l’aide de Dieu pour nous faire avancer. Il y a ses miracles afin de nous rendre libres de l’esclavage. Il y a les révélations que Dieu donne. On comprend cela comme étant en rapport à ce que Dieu fait pour nous libérer nous-mêmes et nous éclairer dans la prière.
Dans ce récit, Dieu nourrit les Hébreux avec de « la manne », sorte de pain venu du ciel qu’il faut recueillir quotidiennement (sauf le jour du shabbat). Or, le mot « manne » signifie en hébreu « qu’est-ce que c’est que ça ? ». Par conséquent, à côté de la révélation de Dieu et de son aide, il est essentiel de nourrir notre cheminement d’observations de nos propres yeux et de questions. C’est ce qui permet de se perfectionner, de creuser et de s’élever, de discerner et de choisir. Cela nourrit le cheminement de foi et de vie de la personne. Pourtant, dans cette histoire de l’Exode, Dieu n’est pas avare de révélations, il est pourtant indispensable que chacun ramasse des questions quotidiennes comme les Hébreux devaient ramasser de la manne chaque jour.
Et Jésus insiste particulièrement sur le fait que chaque personne « aime Dieu avec toute son intelligence » (voir cet article). Or, ce mot « intelligence » ne veut pas dire que nous devons cesser de nous poser des questions en sacrifiant notre intelligence, bien au contraire, ce mot évoque un débat intérieur, nous amenant à confronter des opinions, comme vous le faites, à le faire personnellement, devant Dieu, parce que cela fait partie de notre mission d’humain de répondre personnellement, avec authenticité, après avoir examiné et après nous être posé des questions.
Se poser des questions est-il contraire à la foi ?
Absolument pas. Au contraire. La foi est une confiance en Dieu : c’est précisément cela qui nous autorise à être libres, et donc à nous poser toutes les questions sans crainte. Se poser des questions, c’est être sincère, c’est avoir la pensée et le cœur ouverts vers Dieu. C’est donc effectivement la foi qui libère… et qui encourage à nous poser toutes les questions qui nous viennent au cœur et à l’esprit. Dieu n’a rien à craindre de la vérité, bien sûr. Mais :
- Ce qui peut craindre nos questions : ce sont les idées toutes faites qui s’imposent à nous ou que d’autres cherchent à nous imposer : des croyances, des « il faut », des jugements comme « ceci n’est pas chrétien », des formules présentées comme certaines alors que Dieu est au-delà de tout langage.
- Ce qui peut craindre nos questions : ce sont les moralismes brutaux et les idéologies, et c’est bien de nuancer ces théories afin de laisser place à la complexité de la vie humaine.
- Ceux qui peuvent craindre nos questions : ce sont ceux qui veulent nous asservir sous leur pouvoir, imposer leurs propres réponses aux autres, présentant ces réponses comme des vérités divines, sacrées.
L’exhortation à ne pas se poser de questions : un mauvais signe
Les tyrans se sont toujours énormément méfiés de voir les personnes réfléchir par elles-mêmes, et donc de se renseigner et de se poser des questions. La parole officielle ne doit pas être remise en cause. Mais nous, nous avons le Christ pour chef et il nous encourage à nous poser des questions, à ce débat d’idées dans notre tête, dans notre cœur et notre foi. On le voit dans le texte de l’Évangile : souvent Jésus s’approche d’une personne ou lui répond en l’amenant à s’interroger sur une question.
Il arrive que dans telle ou telle église, les pasteurs, prêtres ou responsables ne supportent pas que l’on remette en cause la doctrine officielle et préfèrent que le fidèle ne pose pas de questions car elles pourraient se révéler embarrassantes en révélant qu’il y a des choses pas très cohérentes dans la théologie officielle. Parfois les pasteurs n’ont pas eu de formation très solide en hébreu et en grec de la Bible… Alors ils disent que se poser des questions serait contraire à la foi ? C’est l’inverse : nous pouvons nous poser des questions parce que nous avons la foi, que nous avons confiance en Dieu pour nous accompagner sur notre chemin. Oser s’interroger est précisément un acte de confiance en Dieu et c’est ce qui permet de penser avec plus d’authenticité et de sincérité. C’est ainsi que la foi libère.
Après : d’accord avec ce pasteur que ce n’est pas bon de ressasser toujours et encore la même question. Se poser des questions, c’est pour nourrir notre cheminement. Ce n’est pas pour nous charger au point de nous empêcher de dormir. C’est d’ailleurs ce que dit cette histoire de manne : on ne récolte que ce qui est bon pour une journée. Jésus dit la même chose : de chercher, et il ajoute « À chaque jour suffit sa peine ». On a le droit de faire le tri de ce qui nous sera utile pour avancer, pas pour nous poser des problèmes.
De quoi parle l’histoire d’Adam et Ève au jardin d’Éden ?
En ce qui concerne le jardin d’Eden, c’est un texte qui est extrêmement riche pour nous poser des questions, il a été la source de millions de commentaires jusqu’à notre époque avec des lectures prenant en compte les avancées de la psychanalyse. Le danger est de mal gérer ce désir dans une folie d’outrepasser nos propres limites. Cette histoire du jardin d’Éden interroge notre désir de nous prendre nous-mêmes pour Dieu, comme le nombril du monde. Ce n’est pas que Dieu nous punisse, c’est que cela rend notre vie difficile et souffrante, nous faisant nous tromper nous-mêmes, et nous couper de Dieu. C’est à mon avis ce sur quoi ce texte nous aide à réfléchir.
Enfin : tout à fait d’accord avec vous : « Dieu est amour », comme le dit Jean, il est pure tendresse et éternelle fidélité envers nous même lorsque nous sommes rudes et infidèles. Dieu vous bénit et vous accompagne chaque jour.
par : pasteur Marc Pernot







Ne pas se poser de questions n’a rien à voir avec la foi. C’est perdre une partie de sa liberté de pensée, de son libre arbitre et prendre des risques inconsidérés en face d’escrocs et de manipulateurs.
Se former, avancer dans la compréhension de sa Foi , c’est une démarche bonne et riche en découverte mais il ne faut pas oublier que Jésus nous a dit : laissez venir à moi les petits enfants car c’est à eux qu’appartient le royaume de Dieu, et aussi ,Merci Père d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révéler aux touts petits.
La Foi est avant toute autre chose la découverte d’une relation amoureuse entre nous et notre Sauveur. Dieu m’aime personnellement…rien que cette découverte bouleverse à elle seule toute notre vie. Aimer, aimer et encore aimer.
Lorsque l’amour vient toucher notre cœur, toute notre vie en est bouleversée et encore plus lorsque nous découvrons que Dieu lui même nous aime.
Et si par la suite nous avons envie d avancer dans l étude de la Parole, de la théologie et de toute autre matière religieuse, Dieu le permet et en donne les clés mais cela n’est pas le principal . Le principal c’est d aimer et de se jeter chaque jour dans les bras de notre Dieu qui nous a aimé en 1er.
Grand merci. Tout à fait d’accord. La foi est d’abord une confiance, c’est une relation vraie, sincère, authentique. C’est cette ouverture qui aide Dieu à prendre soin de nous.
Ensuite, je trouve votre citation de Jésus mettant en valeur l’enfant. L’enfant à soif de découvrir, d’apprendre et de grandir. Pour cela : il pose mil questions, ose expérimenter. C’est un exemple pour notre foi.
Avec en premier, effectivement, l’amour de Dieu qui fonde cette confiance et cette joie. Encore faut-il avoir reçu ce témoignage de l’amour de Dieu pour nous : soit directement, soit par une personne que nous aimons et qui arrive à nous le faire sentir.
Croire sans se poser de questions!, c’est être, ce n’est pas avoir la foi, c’est être crédule! La foi est réfléchie et se remet constamment en question: c’est ainsi qu’elle évolue (et se purifie)
Le problème, c’est la foi en quoi ?