Si la lecture de la Bible est source d’un vrai bonheur, prier reste pour moi une épreuve

Par : pasteur Marc Pernot

sur un balcon, devant la nature, des mains croisées - Photo by Ümit Bulut on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur le Pasteur,

Laisser soudainement s’exprimer mon esprit critique et mon libre arbitre jusqu’alors bridés me semble aussi difficile que les premiers pas d’un petit enfant dans la vie. Choisir mon itinéraire s’avère à la fois plus exaltant mais plus complexe que suivre des rails rigides. Je préfère cette route plus longue mais toute personnelle, enrichie de rencontres et partages nourrissants. Même si le but ultime, commun, et merveilleux est la foi en Jésus Christ avec cette tension vitale vers son message d’amour.

Si la lecture de la Bible est source d’un vrai bonheur, prier reste une épreuve. Dans le tourbillon de la vie, étourdie par mes activités, mes projets, mes soucis, mes bonheurs et tout un tas de faux prétextes, j’ai toujours eu du mal à m’isoler pour une vraie rencontre, un cœur à cœur avec Dieu. Or, très récemment, c’est grâce à la lecture des psaumes (presque par hasard et je n’en n’imaginais pas les fruits) que j’ai découvert une porte d’entrée pour parler simplement à Dieu. Et comme cela est bon ! (Bien sûr, il faut s’accrocher, l’esprit -le mien, bien sûr- est toujours prêt à s’évader…)

  • Si les prières de louanges, de repentance, de confiance et d’appel au secours sont intenses et naturelles (je me doute cependant que nouvelles périodes de sécheresse sont douloureusement toujours à craindre), celles concernant mes frères et sœurs me posent problème. Bien sûr, je souhaite ardemment le meilleur pour chacun et chacune dans le monde tourmenté (c’est un euphémisme) qui est le nôtre.
  • Lors du « Notre Père », je suis bien sûr dans une communion de prière totale avec mes frères, croyants ou non d’ailleurs. Dans certains psaumes aussi.
  • Mais, comment prier pour l’autre s’il ne souhaite absolument pas rencontrer Jésus (je pense notamment à des athées intégristes) ?
  • Qui suis-je pour faire des prières d’intercession alors que Dieu sait mieux que moi ce dont mon frère a besoin ?
  • Tout récemment, une de mes amies, âgée de 45 ans et maman d’un petit garçon de 4 ans, est morte des suite d’un cancer foudroyant. Je ne me sens plus apte (comme j’aurais pu le faire auparavant) à prier pour le repos de son âme. Dans quelle mesure le ferais-je ? Elle est auprès de Dieu, en paix, en son amour. Ce n’est pas à moi de demander à Dieu son repos. Il n’a pas attendu ma prière pour le faire. De même, pour son compagnon qui, je crois, est athée et pour leur petit garçon, que faire ? Leur proposer mon aide ou seulement ma présence purement terrestre (en fait, je les connais très peu) mais sur un plan spirituel je sais que Dieu ne les quitte pas. Il n’a rien pu faire pour leur compagne et maman mais Il est avec elle aujourd’hui . Je ne peux pas les « recommander » au Seigneur. Cela me semble « absurde ». J’aimerais votre avis sur ce sujet s’il vous plaît.

Amitiés.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Concernant la prière, à mon avis, vous vous en sortez très très bien. Franchement. Nous sommes tous comme cela, distraits dans la prière. Même les plus grands mystiques ! C’est normal et c’est le fait même de l’incarnation. Et quand, par éclair, on arrive à vraiment prier, c’est déjà un miracle, et c’est une grâce. Mais il ne faut pas s’imaginer que quand on a été distrait dans la prière, il n’en ressort rien. C’est de toute façon dans cette interaction entre une pensée vers Dieu et notre pensée de notre vie en ce monde que jaillit l’étincelle de vie. Il y a deux conseils contradictoires, ou complémentaires, pour prier intensément :

  • se ménager une habitude, une routine oserais-je dire, à heure et circonstances fixes, notre être s’habituant ainsi à se recueillir plus vite, plus facilement, d’une manière plus concentrée. Et oui, de beaux textes, en particulier les psaumes aident à entrer en prière (vous pouvez mettre de côté vos psaumes & prières qui vous inspireraient plus), même si l’essentiel est au-delà, et donc souvent après, la lecture du texte.
  • se laisser surprendre par une envie de prier, à un moment heureux ou de peine, à une inspiration due à la lumière, à la qualité de l’air, à une église ouverte…

Vous avez raison, il n’est pas bon, à mon avis penser apprendre à Dieu qu’une personne souffre, ou penser dire à Dieu ce qu’il devrait faire… Si quelqu’un souffre de maladie, de catastrophe ou de méchanceté… ce n’est ni à cause de Dieu, ni par non assistance de personne en danger de sa part.

La prière n’est pas tant de demander que d’être, tout simplement se placer devant Dieu, tel qu’on l’imagine comme bonté, comme source de vie.

Il est bon de penser devant Dieu en pensant à une personne, indépendamment du fait qu’elle soit croyante ou non. C’est une bienveillance, et c’est toujours utile et bon. Là encore, c’est une façon de faire équipe avec Dieu pour penser à ces personnes, et peut-être nosu aider à avoir le geste qui leur fera du bien.

Il est bon de penser devant Dieu à ce qui nous tient à cœur et à nos projets. Car il peut en faire quelque chose :

  • en nous faisant évoluer nous-mêmes, nous éclairant, nous faisant découvrir ce que nous pourrions faire, peut-être, pour faire avancer ce chantier, ou découvrir qu’une personne à notre porte aurait besoin d’un coup de main aussi…
  • mais aussi, Dieu tient compte de notre avis, il compte, et donc Dieu peut aussi évoluer en fonction de ce que nous lui remontons. Même s’il ne peut pas tout faire. Je suis bien d’accord avec vous, quand il y a une mort dramatique, la leucémie d’un enfant, un tremblement de terre catastrophique… c’est que Dieu n’a rien pu faire. Mais il y travaille, et il nous appelle à y travailler avec lui pour que moins de drames comme ceux-ci arrivent et pour que les personnes souffrantes soient entourées, soignées.

Cette mort d’une maman est absolument désolante, et même profondément choquante et scandaleuse. Face à un tel gâchis, il est impossible de penser que Dieu aurait voulu, ou permis cette horreur. Il a certainement fait tout son possible pour sauver cette femme, soutenir son enfant, sa famille, ses parents. C’est avec Dieu, faisant équipe, que vous pouvez entourer cette famille.

Concernant une personne qui est morte, je suis tout à fait d’accord avec vous que ce serait une drôle d’idée de vouloir convaincre Dieu de l’aimer plus, de mieux lui pardonner ! A mon avis, cela n’a pas de sens, et c’est même nocif pour notre foi, induisant une sorte de soupçon que Dieu aurait du mal à aimer la personne. Par contre on peut utilement penser à une personne que nous aimons et dont le corps a cessé de vivre, afin de laisser Dieu nous aider à faire naître une relation nouvelle avec cette personne par la pensée affectueuse. De sorte que cette personne puisse encore nous faire évoluer par ce qu’elle a (ou avait) de meilleur.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

PS. Sur le site, des idées pour s’aider à prier

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