Quel pain et quel vin choisir pour célébrer la communion en solitaire, en temps de confinement ?

Par : pasteur Marc Pernot

petite table avec un pain et une coupe - Image par JudyGilmore de Pixabay

Bien sûr, c’est mieux de célébrer la cène, la communion quelques uns réunis pour manifester ce corps, mais l’Esprit l’emporte. Et à la guerre comme à la guerre.

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc,

Pour la Sainte Cène en solitaire : D’après la Bible, quel sorte de pain et quel sorte de vin peuvent représenter le corps et le sang de notre Seigneur Jésus Christ ?

Merci d’avance pour la réponse !

Bien fraternellement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Jean-Pierre

La Bible ne dit pas quelle sorte de pain a été utilisée à la Cène. Cela dit il est très vraisemblable que ce repas ait été le repas de la Pâque juive traditionnelle (Mt 26:17), et ce serait donc des pains sans levain. Il est possible d’en trouver(pain azyme) dans bien des supermarchés au rayon casher. Prendre ce pain pourrait avoir vraiment du sens. D’abord en mémoire de ce dernier repas de Jésus. Et aussi comme un parallèle avec la Pâque juive, et l’idée que le salut de Dieu est une libération. En particulier, le fait que le pain de la Pâque juive soit du pain non levé évoquerait le fait que les hébreux étaient encore des esclaves quand Dieu les fait sortir d’Egypte, qu’ils y mangeaient du pain de misère, et qu’ils sont partis à la hâte sans avoir le temps de se préparer, cela montre que le salut et la libération vient de Dieu, même si nous étions absolument incapable de quoi que ce soit.
D’un autre côté, Jésus a donné cette parabole : « Il leur dit cette autre parabole: Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte soit levée. » (Matthieu 13:33).
Et en mémoire de cette courte parabole, toute simple et essentielle, cela ferait du sens aussi de communier avec du pain levé.
Le pain sans levain évoquait le salut comme une libération, ce qui est vrai, c’est le salut comme nous délivrant du mal, de l’aliénation, de la mort, libérant des religions moralistes et dogmatiques, libérant de la peur de Dieu pour entrer dans la confiance…
Le levain de la parabole de Jésus évoque une autre dimension du salut : ce quelque chose de magique que l’on ajoute à la pâte et qui fait qu’elle devient, en attendant un peu, quelque chose de bien plus délicieux, de gourmand. Pourtant c’est la même farine, la même pâte, mais elle est aérée, emplie d’un souffle. J’y vois l’action du souffle de Dieu qui nous prend tel que nous sommes et fait de nous un enfant de Dieu, animé de son souffle. Le salut est alors quelque chose que l’on nous ajoute, une dimension supplémentaire, qui est de l’ordre de l’invisible, comme une aération intérieure, une respiration de notre être, un souffle qui nous empli. Jusqu’à ce que la moindre dimension de notre être soit levée, élevée. Et que l’humanité entière soit levée, élevée, ressuscitée. Et que pas une personne ne soit oubliée. Tel est le projet de Dieu, et sa patience.
Que préférer ? Du pain sans levain et penser le salut comme une libération ? Du pain levé et penser au salut comme une inspiration par l’Esprit ? Une mémoire du repas de Jésus ou une mémoire de son annonce du Royaume ? A chacun de voir ce dont il a le plus besoin à un moment donné, ce à quoi il est plus sensible.
Pour ce qui est du vin, je pense que le plus proche de ce que Jésus buvait à l’époque devait ressemble au vin raisiné grec (la rètsina), c’est assez âpre, en tout cas, on s’en souvient !
Le pain levé et le vin sont important pour dire la vie humaine, son salut et la vie éternelle. En effet pour l’un comme pour l’autre :
  1. il y a quelque chose qui est planté, semé. Cela évoque la grâce première de Dieu qui est l’origine de notre vie, et nous a aimé le premier
  2. pour pousser, il y a collaboration du travail de Dieu et de l’humain : cela évoque notre cheminement, notre croissance durant notre vie.
  3. la moisson ou la vendange marque l’intérêt de Dieu pour chaque personne individuelle,
  4. le vannage du blé ou le pressoir pour le raisin évoque le jugement de Dieu, l’amour de Dieu gardant le meilleur de chaque grain de blé et chaque goutte de chaque grappe, et écartant ce qui est dur, piquant, immangeable. Ce jugement n’est ainsi pas une sélection de tel ou tel individu, écartant tel ou tel autre, mais garde le meilleur de chacun après l’avoir purifié, libéré ce ce qui n’allait pas ou de ce qui était temporaire (tige, pépins, balle, rafle)
  5. la fermentation de ce qui reste donne le pain et le vin, après cuisson ou maturation. Cela évoque la vie éternelle, où c’est bien nous qui sommes là, ou plutôt le meilleur de nous (farine et jus) et en même temps transformé par Dieu en quelque chose de magnifiquement bon et nourrissant, réjouissant.
C’est ainsi que, je pense, on peut prendre du pain sans levain puisque l’idée de la fermentation est déjà présente dans le vin. Cela ajoute au geste cette mémoire de l’homme Jésus prenant son dernier repas avec ses amis, nous joignants à eux dans le cercle puisqu’il nous y invite, fort touchante mémoire. Et la référence à la Pâque juive en reconnaissance pour les hébreux géniaux et mystiques qui nous ont transmis la connaissance de l’Eternel, et de la notion de Christ.
En même temps, je reviens au pain levé, parce que je préfère laisser plus de place à l’Esprit que Jésus nous souffle, et qui patiente jusqu’à ce que notre vie soit tout entière ressuscitée.
C’est une bonne idée de célébrer ainsi la Cène dans le confinement. Jésus aurait peut-être dit de le faire en mémoire de lui « toutes les fois que vous en boirez » (1 Corinthiens 11:25)
Ci dessous, une petite liturgie toute simple pour ce geste
Dieu vous bénisse et vous accompagne
Marc

Sainte Cène

(pour un isolé, à adapter si vous avez la chance d’être quelques uns quand-même. Pour le reste du culte, prendre quelques prières, un temps de prière personnelle, une lecture biblique que vous chercherez à vous approprier, ou une prédication… )

Préface

Seigneur tu as dit : «Voici, je me tiens à la porte et je frappe.
Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte,
j’entrerai chez lui, je mangerai avec lui et lui avec moi».
Me voici devant toi,
j’ai entendu ta Parole, ô Éternel,
je t’ouvre ma porte : sois mon hôte.
Amen.

Institution :

Lecture dans l’Évangile de Matthieu 26:26-28

Prière

Dieu, notre Père,
Par l’action de ton Esprit,
donne-moi de recevoir en ce pain et ce vin,
la présence du Christ,
nourriture pour entrer en communion avec toi,
et être membre d’un corps où j’ai ma place avec tous les autres :
le corps du Christ.
Et dans la confiance que nous a donnée ton fils, j’ose t’appeler :
Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés,
et ne nous abandonne pas dans la tentation,
mais délivre-nous du mal.
Car c’est à toi qu’appartiennent :
le règne, la puissance et la gloire,
Aux siècles des siècles.
Amen.

Prière d’humble accès

Seigneur, tu as dit « Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi ».
Me voici, Seigneur.

Fraction et élévation

Le pain que nous rompons est la communion
au corps de notre Seigneur Jésus-Christ,
qui a été rompu pour nous. (rompre le pain)

La coupe pour laquelle nous rendons grâce
est la communion au sang de Jésus-Christ,
le sang de la nouvelle alliance,
qui a été répandu pour nous. (élever la coupe)

Communion

(manger un morceau de pain – boire une gorgée de vin)

Actions de grâces

Rendons grâce à Dieu :
Mon âme, bénis l’Éternel.
Que tout ce qui est en moi bénisse ton saint nom.
C’est toi qui pardonne toutes nos fautes,
c’est toi qui guérit toutes nos infirmités,
c’est toi qui arrache notre vie à la tombe,
c’est toi qui nous couronne de bonté et de miséricorde.
Je bénirai l’Éternel tant que je vivrai,
je célébrerai mon Dieu tant que j’existerai.

Amen

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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2 réponses

  1. Marguerite C.-R. dit :

    Merci pour ces commentaires très intéressants et utiles, bien adaptés à la demande vu la situation …
    Mais le plus important n’est-ce pas la fraction et le partage ? Ce qui multiplie et unifie … et donne vie. La matière est moins importante que les actes . Et on peut penser que Jésus ne serait pas choqué qu’on se serve, ailleurs, d’autres éléments si le sens y est . Il n’a d’ailleurs rien précisé du « matériau » à utiliser quand il a dit  » faites ceci, ni de ceux qui ont à faire ce geste …

    • Marc Pernot dit :

      A mon avis, oui et non.
      Car dans un symbole… la symbolique est importante. Un symbole se lit comme un livre, il n’y a pas que la couverture qui compte, mais le sens des mots.

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