Pourquoi ne peut-on prononcer le nom Dieu? Jehova? Yavhe? Yod-He-Vav-He?

Par : pasteur Marc Pernot

Philippe de Champaigne - Moïse et les 10 paroles Wikicommons (Hermitage Museum)

Question d’un visiteur :

Bonsoir,
Pourquoi ne peut-on prononcer le nom Dieu?
Jehova? Yavhe? Yod-He-Vav-He?
Merci.
Et bravo pour ce que vous faites !
Bien à vous et… bonne année 2019.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

Ne pas prononcer le nom de Dieu est une idée un petit peu tardive dans la religion juive. Enfin, « tardif » est assez relatif compte tenu de cette longue histoire. Cela correspond peut-être à la peur d’enfreindre cette parole du décalogue « Tu ne prendras pas le nom de YHWH, ton Dieu, en vain » (Exode 20:7) ? Plus largement, cela correspond à une volonté de respecter la transcendance de Dieu, c’est à dire qu’il est d’un ordre différent que cet univers auquel nous appartenons. Effectivement, cela me semble bon à noter que Dieu est à l’origine de ce qui existe, à l’origine même de la possibilité d’exister. Et que par conséquent il dépasse tout ce que l’on peut en dire. Dans bien des cultures, le nom n’est pas seulement quelque chose de pratique pour dire de qui on parle mais correspond à l’identité de la personne, son être. Dans certaine culture, le vrai nom d’une personne est gardé secret afin que les autres n’aient pas prise, et la personne est désignée pour l’extérieur sous un nom d’usage. Le fait de ne pas dire le nom de Dieu est donc une pédagogie destinée à faire comprendre au peuple que Dieu est transcendant, qu’il est « au ciel » alors que nous sommes sur terre. Seul le grand prêtre avait le droit de chuchoter le nom de Dieu dans l’endroit le plus sacré du temple de Jérusalem une fois par an, après des rites de purification extraordinaire. Pratique qui se serait arrêté à la destruction de ce temple.

Alors comment savoir comment prononcer ce nom ? Cette question semble étrange puisqu’il est marqué dans la Bible. Mais dans le texte d’origine n’est marqué que les consonnes, sans voyelle ni ponctuation. Des voyelles ont été ajoutées assez tardivement par une équipe de « massorètes » qui a proposé vers le VIIIe siècle la vocalisation actuelle. En certains endroit cette vocalisation est discutable, quand il y aurait eu le choix de diverses vocalisation, les érudits qui ont fait ce travail ont choisi ce qui leur semblait le plus correct, c’est à dire à ce qui convenait le mieux à leur théologie à eux ?

En ce qui concerne le nom de Dieu, le texte d’origine comporte donc 4 consonnes hébraïques (tétragramme) : Yod Hé Wav Hé : YHWH le nom de Dieu en hébreu (YHWH). Quelles voyelles faut-il mettre si l’on veut le prononcer ? Les massorètes ne l’ont pas écrit puisqu’à leur époque ce mot ne se prononçait déjà plus depuis plus de mil ans déjà. Quand ce nom apparait, la tradition propose de dire à la place « Ha SHem » ce qui veut dire « Le Nom » ou de dire « Adonaï » ce qui veut dire « Seigneur ». Cette tradition est discutable, bien sûr. Chacun fait ce qu’il veut. Et ce n’est pas parce que l’on prononcerait ce nom que l’on ne respecterait pas Dieu, ou que l’on penserait avoir mis Dieu en fiches, en dogmes et en équations ! Les massorètes, qui étaient très très trèèèès respectueux de texte d’origine ne se seraient pas permis de gommer le tétragramme, ils se sont contenté d’habiller ces consonnes des voyelles correspondant à leur usage de lecture dans leur tradition : les voyelles de adonaï (« le Seigneur), prononcé à leur façon de l’époque, cela a donné les voyelles « é o a » le résultat alors YéHoWaH. D’où le Jéhovah qui est donc un curieux nom avec les voyelles d’un mot et les consonnes d’un autre. Ce n’est à mon avis pas l’invention la plus heureuse qui soit, mais ce n’est pas grave, cela permet de se comprendre.

La prononciation de ce nom de Dieu n’est en réalité un mystère pour personne car il apparait dans bien des noms propres. Par exemple le politicien Benyamin Netanyahou a un nom propre qui signifie « Yahou » + « a donné » (Netan). Ce nom propre assez usuel a gardé la mémoire de la prononciation du tétragramme YHWH = Yahou (comme le nom du moteur de recherche Yahoo). Cette vocalisation se trouve aussi dans des noms comme le prophète Jérémie qui est Yérémyah ou Yérémyahou en hébreu ce qui signifie : « Yahou » (ou par son nom abrégé « Yah ») « a établi » (Yéré).

Personnellement, j’aime assez la traduction « l’Eternel » car cela rend un petit peu l’idée du mot YHWH qui est soit une conjugaison du verbe « être » ( HYH) soit une déclinaison du verbe « devenir » (HWH), cela peut être les deux. En tout cas l’idée est que Dieu, appelé par ce nom est source de l’être, source de devenir. Dans l’Apocalypse, Jean donne cette belle traduction « Celui qui est, qui était et qui vient » (1:4 ; 1:8 ; 4:8). Pas mal, non ? Donc la traduction « le Seigneur » reprenant la tradition de ceux qui prononcent le tétragramme « Adonaï » me semble être un contresens car cela fait penser à une autorité un brin féodale. Alors que Dieu est appelé YHWH quand il est au contraire proche, avec quelque chose d’une tendresse maternelle pour nous. Donc, personnellement, je garde « l’Eternel », ou Yahweh. Dans ma lecture personnelle j’aime bien aussi le diminutif Yah que l’on trouve également souvent dans la Bible (comme dans AlléluYah : Célébrons l’Eternel)

Merci pour les encouragements

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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