Peut-on défendre la gestation pour autrui (d’un point de vue protestant) ?

Par : pasteur Marc Pernot

Une femme enceinte au téléphone (illustration) - by taylormackenzie 
 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/ http://www.flickr.com/photos/34442610@N06/29778288816

Question d’un visiteur :

Bonjour pasteur,

Je suis étudiant en licence de théologie. Avant de vous poser, à mon tour, une question, je tenais à vous remercier pour le travail que vous fournissez pour répondre aux interrogations des internautes. Je lis régulièrement les questions comme les réponses : je trouve les premières utiles car elles m’indiquent le genre d’angoisse qui habite certains croyants (ou non) qui seront plus tard, je l’espère, mes ouailles. Leurs questions me déstabilisent souvent car elles soulèvent de très grands problèmes théologiques dont je sens bien que toute ma formation ne sera pas de trop pour en venir à bout. C’est pourquoi j’apprécie également vos réponses, que je trouve très fines, claires et pleines de bon sens, outre qu’elles se trouvent la plupart du temps tout à fait en accord avec mes propres convictions. C’est pourquoi, suite à un exercice du cours d’éthique qui m’a donné à réfléchir, je souhaiterais vous poser la question suivante afin d’avoir votre opinion au sujet de l’épineux problème de la gestation pour autrui.

Pensez-vous que l’on puisse défendre, d’un point de vue de théologien protestant, la gestation pour autrui (GPA), ou qu’il faille au contraire s’y opposer? Je pense surtout à des cas où la mère porteuse ne serait pas dans une situation d’exploitation économique, mais consentirait à porter l’enfant gratuitement (comme il existe, par exemple, des dons gratuits et anonymes de moelle osseuse ou d’organes). Pensez-vous que la question de la gestation pour autrui se pose différemment selon que le couple désirant un enfant est hétéro- ou homosexuel? Enfin, reconnaître la légitimité de la GPA reviendrait-il à admettre un droit à l’enfant, qui serait en quelque sorte exigible par tout couple?
En vous remerciant par avance pour le temps que vous consacrerez à me répondre.
Fraternellement,

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Merci pour vos encouragements ! Et bravo pour votre projet de ministère.

Concernant la GPA (Gestation Pour Autrui : autrement appelé « faire appel à une mère porteuse »), les dangers et dérives font évidemment dresser les cheveux sur la tête tellement c’est horrible. J’en vois au moins deux.

  • Celui d’un épouvantable esclavage de femmes en détresse.
  • Et celui de personnes en désir d’enfant qui n’assument ensuite pas l’enfant « produit » par ces moyens.
  • Dans l’image que cela donne de l’humain quand dans le monde un enfant est choisi comme sur catalogue en regard avec un prix.

Mais je connais personnellement des circonstances où l’histoire a été, au moins en première analyse, merveilleuse, avec une mère porteuse rendant ce service comme un véritable ministère, et des parents géniaux avec cet enfant, ayant une réelle vocation d’avoir un enfant et de l’élever avec amour.

Comme pour tous les épineux problèmes, ce qui caractérise la position protestante est de privilégier un questionnement le plus riche et le plus nuancé possible, dans la situation concrète de personnes réelles, plutôt que de chercher à donner une réponse générale et définitive. Face à une question éthique épineuse, ce que nous pouvons chercher à établir d’une façon générale ce serait plus la batterie de questions que nous (qui ?) serions amenés à nous poser pour ensuite élaborer une réponse. Et chercher à répondre à ces questions non pas par un oui/non mais avec un degré de vérité entre 0 et 10. Cherchant ensuite à pondérer ces différentes questions en fonction de leur importance. Je vous laisse le soin de chercher ces questions

  • en fonction des différentes personnes et groupe de personne concernés,
  • dans la durée,
  • en fonction aussi des différentes dimensions de la vie et de la personne humaine (biologie, psychologie, spirituel & vocation & espérance, relations…)

Vous soulevez la question des couples hétéro ou homo, c’est une bonne question, elle est réelle. On pourrait ajouter célibataire ou en couple.

Il faut examiner cette question aussi du point de vue de la mère porteuse. Pour ce qui est de l’enfant, je n’ai pas observé, personnellement, que les enfants de couples de personnes de même sexe soient moins épanouis, moins bien élevés que dans des couples de personnes de sexes différents. Mais de toute façon, la question n’est vraiment pas là car ce serait horrible de favoriser ainsi les couples où les enfants auraient le plus de chances de s’épanouir et de se cultiver… privilégiant par exemple un couple ayant un degré de confort et d’éducation supérieurs par rapport à un couple d’illettrés habitant un quartier difficile, mal desservi par les transports en communs ? Faut-il en arriver là ?

L’idée qu’il y ait un « droit à l’enfant » a mauvaise presse. Il n’y a pas de droit à l’enfant. D’ailleurs y a-t-il un droit à la santé ? Il y a plutôt le droit à recevoir des soins. Il me semble qu’un couple qui ressent la vocation d’élever un enfant pourrait au moins avoir le droit à ce qu’on les aide dans ce projet ? Ensuite, effectivement se pose la question du comment, du jusqu’où ? Comme pour la santé, d’ailleurs.

Plus grave que ce prétendu « droit à l’enfant », peut-être est le « devoir d’enfant » souvent ressenti par les couples. C’est une grande différence, peut-être la seule, entre un couple protestant et catholique. Les engagements demandés par l’église romaine est d’accepter les enfants qui qui seraient conçus (comme si le sexe n’était sanctifié que pas l’éventualité de la fécondité biologique). Pour un couple protestant le projet d’avoir un enfant est facultatif. Mais il ne demeure pas moins qu’un couple, et encore plus une femme qui avoue ne pas vouloir d’enfant risque de se voir jugé comme égoïste, hédoniste… alors qu’il y a bien d’autres façon d’avoir une vie féconde que la fécondité biologique. Ce « devoir d’enfant » fait de gros dégâts chez les parents mais encore plus, peut-être chez les enfants plus ou moins imposés à un couple, à un père ou une mère.

Autour de cette question, se pose aussi la question de savoir quand et comment parler à l’enfant de la façon dont il est arrivé à l’existence ?

Avec mes amitiés

pasteur Marc Pernot

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