Pendant cette crise sanitaire, la Sainte Cène a été supprimée dans notre paroisse, triste situation.

communion lors d'un culte télévisé - image RTS - voir https://pages.rts.ch/emissions/religion/cultes-messes/3276-culte-de-l-ascension.html

Communion associant les personnes qui sont à domicile lors d’un culte en vidéo. Parce que oui, ce geste est important pour nous.

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc ,
Le protestantisme reconnaît deux sacrements , le baptême et la Sainte Cène . Lors du déconfinement , la Sainte Cène a été supprimée de la liturgie de notre paroisse . Ma femme (membre du Conseil de la paroisse) et moi nous nous sommes émus de cette situation , car on pouvait très bien préparer des pains et des coupelles individuels .J’ai adressé un texte pour dire mon attachement à la Sainte Cène .Il y a déjà la sensation physique de la prise du pain et du vin, la sensation de faire pénétrer le Seigneur dans ta chair , il y a aussi l’espérance lorsque le Christ promet de prendre à nouveau cette coupe avec nous dans le Royaume du Père. Bien entendu , c’est symbolique , mais pour moi , la Sainte Cène est une piqure de rappel , un témoignage pour affermir ma Foi .

Il y a eu polémique .La pasteure prétend que la Sainte Cène n’est pas indispensable , elle étaye sa conviction sur plusieurs positions théologiques depuis le 16 éme siècle !!! Un membre du Conseil de Paroisse , s’appuyant sur les écrits d’un pasteur me rétorque que Jésus n’a probablement pas dit : Faites ceci en mémoire de moi .On va-t-on ? Une autre éminente membre du Conseil décrète que nul n’est besoin du baptême .Pourtant Jésus lui même a été baptisé d’eau .Je pense qu’elle se base sur l’épître aux Romains , chapitre 6 .

Pour moi , il faut revenir aux messages simples de la Bible, délivrer des méditations en corrélation avec le monde d’aujourd’hui, cultiver sa propre Foi , sans s’accaparer les idées personnelles de tel ou tel théologien . Pour nous , l’expression de la Foi est devenue trop intellectuelle . Qu’en penses-tu ?
Avec toute notre amitié .

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Mil mercis pour ce beau mail.

L’importance des sacrements est certes relative dans la théologie réformée, par rapport à la lecture de a Bible et son interprétation personnelle. Cela pour plusieurs raisons. C’est que la Réforme a voulu libérer le fidèle de l’emprise de l’Eglise afin de favoriser la relation directe de la personne avec son Dieu, dans le secret de notre chambre, comme le dit Jésus dans Matthieu 6. Or, on ne peut se baptiser tout seul et faire sa petite communion tout seul dans son coin (bien que si, je pense, en fait, mais la tradition est de faire cela dans un rassemblement d’au moins deux ou trois personnes).

Ensuite, on sait que Jésus ne baptisait pas lui-même (Jean 4), que c’était plus un geste de ses disciples qui le tenaient de Jean-Baptiste, comme une préparation au Christ. Le baptême de Jésus étant le baptême d’Esprit Saint qui est donné à la personne directement par Dieu seule, ce n’est donc pas une affaire d’église non plus mais un don à recevoir dans l’intimité de notre relation personnelle, secrète, à Dieu. Notre baptême d’eau, reçu dans l’église, est le signe que la personne est digne de la grâce de Dieu, et donc qu’elle a déjà reçu quelque chose de l’Eprit. C’est important, mais c’est encore de la prédication. C’est important pour nous, comme tu le dis. Et bien plus que l’on peut en dire.

Quant à la Cène, il est vraisemblable que Jésus ait fait ce geste lors de son dernier repas avec ses proches disciples, un repas pascal, et qu’il ait laissé ce geste comme un geste testament, en souvenir de lui, de sa vie et de ses paroles. Ce n’est pas rien, mais là encore, cela invite à un travail de mémoire de sa personne, de sa vie, de ses paroles. Ce n’est donc pas non plus un geste magique. Et s’il l’a bien fait, il l’a fait une seule fois et a priori pas régulièrement au cours de son ministère.

Ce ministère du Christ était plus un service de prédication et de guérison, de soin, de délivrance. Ce sont deux points constants de son ministère, bien plus donc que le baptême (qu’il ne pratiquait pas) et que la Cène (qu’il aurait pratiqué une seule fois). Sa prédication était exigeante, par ses paraboles elle cherche vraiment à faire réfléchir chaque personne, il cherche à casser les codes, les dogmes établis, retrouver l’esprit des commandements plus que leur application stricte. C’est un soin et un travail de libération. Evidemment, c’est très intellectuel. Plein d’ambition pour la personne. Et c’est un appel à ce que chaque personne cherche à discerner directement sa propre vocation en lien avec Dieu, discerne quelle(s) personne(s) lui est confié en particulier. C’est très intime et cela demande de s’élever, et d’être élevé, au dessus des ordres des églises, de ses représentants, de nos entourages et préjugés. Cela passe effectivement par de la prière, de la réflexion, et de l’observation de ce et de ceux qui nous entourent.

Je suis d’accord avec toi que le geste de la Cène et du baptême sont importants, car nous ne sommes pas de purs esprits, ni une île isolée, mais nous sommes un animal et un animal social et spirituel. La communion s’adresse à ce corps, et le fait d’être assemblé physiquement est un signe aussi à notre dimension sociale. C’est effectivement important. Bien plus important qu’il nous semble. Et je suis du même avis que vous deux, ce n’est pas du tout à négliger. Si nous nous prenions pour un dieu, avec notre intelligence, avec l’Esprit, avec notre volonté aussi d’être maître de tout, la communion nous rappelle que nous ne sommes membre d’un corps, que c’est Christ qui est la tête (et pas nous-même, quelle désillusion, peut-être). Et le baptême, particulièrement le baptême avec de l’eau reçue sur la tête, nosu rappelle que Dieu est au dessus, et que sa bénédiction vient comme féconder notre existence entière, non seulement notre vie spirituelle mais aussi notre être de chair dans toutes ses dimensions.

Cela dit la réserve de la Réforme sur le risque de superstition inhérent au fait de poser un signe matériel sur une réalité transcendante demeure, le risque de chosification de Dieu et du Christ, le risque de penser que ce geste humain oblige Dieu, et que son absence empêcherait Dieu de nous bénir. Le risque aussi d’aliénation de l’individu par l’institution de l’église, au détriment du lien essentiel direct cœur à cœur avec Dieu. Et donc le sacrement doit rester, à mn avis, secondaire par rapport à la foi personnelle, par rapport à la réflexion et à la prière personnelle. Mais secondaire ne veut absolument pas dire négligeable. Tant s’en faut.

Ensuite, il est possible de prendre des mesures strictes d’hygiène pour que la Cène ne présente pas plus de risque sanitaire que le fait de se rassembler. Je l’ai fais dimanche dernier, en pleine recrudescence de cette mauvaise pandémie, alors que cela était encore permis ici à Genève. Cela ne l’est plus pour un certain bout de temps.

A mon avis, rien n’interdit de faire un petit culte en famille où l’on partagerait la Cène. Surtout en ces périodes de distanciation. Il est possible aussi de proposer la Cène lors d’un culte auquel les fidèles s’associent par vidéo, c’est ce que je proposerai pour dimanche de la semaine prochaine, c’est facile et cela me semble juste d’inviter à partager la Cène, chacun prenant dans sa cuisine un bout de pain et un verre de vin, pour communier à distance. J’avais déjà proposé cela il y a plus de 12 ans lors d’un culte de l’Ascension en Eurovision, et cela avait été bien reçu par de nombreux fidèles, sans que les « autorités » de l’église ne me fassent de remarques négatives.

Bravo pour vos engagements au service des autres.

Amitiés, Dieu vous bénit et vous accompagne

par : pasteur Marc Pernot

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1 réponse

  1. valou dit :

    C‘était le 12 Avril cette année. Nous étions tous séparés dans nos maisons mais le culte retransmis en direct sur YouTube: le miracle de la Sainte Cène a tout aussi bien fonctionné! Voire mieux pour ma part !

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