Un feu de camp avec des grillades - Photo de Gregorio Luiz Gomez sur https://unsplash.com/fr/photos/steak-sur-grill-au-barbecue-fIVYjndO_Fs
Bible

Où est le respect des animaux dans ces sacrifices demandés par Dieu dans l’Ancien Testament ?

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Le rapport entre la foi et les sacrifices d’animaux dans l’Ancien Testament suscite souvent une profonde incompréhension. Cette réflexion explore l’évolution de la pensée biblique, du rite matériel vers une spiritualité du cœur, tout en interrogeant le sens de la croix et notre responsabilité envers le vivant.


Question posée :

Bonjour Monsieur le pasteur,
Je pense qu’initialement je devrais poser ma question à des Juifs, mais je voulais avoir votre avis sur le sujet. Dans l’Ancien Testament, il est fait référence à de nombreux holocaustes. Je me suis posé des questions sur ces pratiques. Où Dieu demande-t-il clairement ces holocaustes ? Qu’est-ce qui peut bien plaire à Dieu dans cette pratique : le fait que l’humanité se prive d’une nourriture qu’elle pourrait utiliser à son propre profit ? La souffrance d’un animal qui est abattu généralement dans la peur et qui se sent mourir lentement ? Le fait qu’on sacralise un animal (étymologie du terme sacrifice) mais pour Dieu, n’est-ce pas plutôt la vie qui est sacrée, vu qu’il en est l’auteur ?

Je sais bien que dans la Genèse, Dieu semble donner à l’humanité un droit de supériorité sur le monde animal et végétal, mais ces sacrifices me semblent être en contradiction. Ne serait-ce pas plutôt des restes des pratiques païennes où les esprits des morts absorbaient la force vitale des animaux sacrifiés (ce que l’on retrouve dans le mythe du vampire – on peut d’ailleurs s’interroger sur les déclarations de Jésus à ce niveau-là puisque lui aussi semble avoir hérité de ces croyances païennes du sang qui donne l’immortalité) ?
En vous remerciant de votre réponse.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir. Merci pour votre message. C’est bien intéressant et sensible. Je reconnais que ces textes avec des sacrifices d’animaux pour plaire à Dieu sont assez épouvantables, littéralement et pour ce qu’ils signifient. Comment lire alors ces textes ? Il est possible de les spiritualiser.

Les sacrifices dans la Bible

La Genèse présente le sacrifice comme étant inventé par Caïn ! Ce n’est pas une figure très positive. Même si, lui, sacrifie des poireaux et autres légumes. Dieu n’avait rien demandé.

À mon avis, le sacrifice, c’est un grand classique des religions. L’idée est un peu celle du pot-de-vin : on fait un petit cadeau pour attendre de grands cadeaux de la part d’une personne qui a du pouvoir. Mais on remarque que dans la Bible cette pratique vieille de milliers d’années est transformée plutôt en un acte de louange à Dieu, plutôt que cherchant à « acheter » des bénédictions de Dieu. Heureusement.

Une bibliothèque de courants pluriels

Mais vous n’êtes pas seul à trouver cela bizarre que Dieu prenne le moindre plaisir à l’odeur des sacrifices. Il y a de grands antécédents dans la Bible elle-même. Car la Bible est pluraliste. Le génie des Hébreux est d’avoir compilé dans cette bibliothèque essentielle qu’est la Bible de multiples courants, et non pas un unique courant :

  • Elle intègre dans sa bibliothèque des livres considérant comme essentiel de sacrifier des animaux sur des autels construits ou improvisés. Cela jalonne les 5 ou 6 premiers livres de la Bible (le Pentateuque, ou Hexateuque). Ces courants religieux les considéraient comme essentiels (surtout peut-être les prêtres qui en faisaient leur fonds de commerce).
  • D’autres voix s’expriment dans la Bible qui ne placent pas la question du rapport à Dieu sur le plan des sacrifices à Dieu mais plutôt dans la foi, la prière, et des actes de justice. Il y a, par exemple, aussi des courants de sagesse (pour lesquels l’enjeu n’est pas dans les rites) qui cherchent un juste chemin de vie.
  • Il y a des courants spirituels comme les Psaumes qui sont plus centrés sur la prière sincère et confiante en Dieu, osant dire la louange et la plainte, le doute ou la révolte. Nous y trouvons par exemple au Psaume 51 : « Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c’est un esprit brisé : Ô Dieu ! tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit. » : un cœur sincère et aimant, un cœur de chair et non un cœur de pierre.
  • Il y a des courants prophétiques qui s’opposent aux sacrifices de façon radicale, comme dans ce texte formidable d’Amos 5:21-25 où Dieu déclare avec force : « Je hais, je méprise vos fêtes… Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je n’y prends aucun plaisir… Mais que la droiture soit comme un courant d’eau, Et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. »
  • Jésus écarte le système de change dans le temple de Jérusalem qui permettait aux voyageurs de faire des sacrifices, et Jésus rappelle que la maison de Dieu est plutôt la prière de tous les peuples, et que l’essentiel n’est pas le rite mais d’aimer Dieu et son prochain.

Comment lire ces textes avec des sacrifices ?

C’est vrai que ce cri des prophètes résonne fortement et qu’avec eux il me semble totalement surréaliste de penser que Dieu aurait eu besoin de sacrifices d’animaux alors que son amour pour nous est premier et sans condition, d’abord, mais aussi que l’amour de Dieu inclut toute sa création et donc les animaux aussi, qu’il fait alliance avec eux (pas seulement avec nous, les humains, voir Genèse 9:9-10). La relecture que proposent des psaumes et des prophètes me semble une bonne piste de lecture pour ces textes très anciens croyant à la valeur pour Dieu des sacrifices.

Donc, quand je lis un passage parlant d’un sacrifice ou d’un holocauste dans la Bible, j’y vois un encouragement à la louange à Dieu, et aussi un encouragement à essayer de m’impliquer plus concrètement, plus matériellement dans ma foi et ma théologie, qu’elles s’incarnent dans des actes, dans des priorités.

D’ailleurs le mot même « holocauste » en hébreu signifie « montée », c’est un appel à faire monter notre âme, notre pensée, notre prière vers Dieu, à élever nos sentiments et notre façon d’être en ce monde. C’est bien ce que Dieu espère pour nous.

Comment alors comprendre la croix du Christ ?

Serait-ce un sacrifice de plus, un sacrifice ultime pour calmer la fureur d’un Dieu terrible ? Dieu et sa soif de justice attendant avec gourmandise le sacrifice d’un innocent (le Christ) pour s’en satisfaire et pouvoir ainsi pardonner aux coupables ? Cette théorie est absolument épouvantable et elle a des conséquences ravageuses en ce qui concerne l’idée que nous nous faisons de Dieu et de ce qui est juste dans notre vie.

Par contre, la croix du Christ est un profond geste de dévouement de Jésus, et donc un geste d’amour inspiré par sa foi en un Dieu qui aime, c’est un geste de responsabilité dans sa vocation, un geste d’amour pour l’humanité. Je ne pense pas que Jésus soit du tout dans la logique d’acheter le pardon de Dieu.

Ce qu’il met en avant, c’est au contraire la grâce de Dieu (son amour complètement gratuit et sans condition, qui n’a donc pas à être acheté par des sacrifices). Or, celui qui aime est au-delà même du pardon, il n’est déjà plus dans une logique de comptabilité des fautes. Ce que Jésus met ensuite en avant, c’est la foi (c’est la confiance en Dieu), c’est d’aimer Dieu et d’aimer autant que possible son prochain, c’est d’apprendre à s’aimer soi-même en vérité…

Mais jamais, jamais le Père que révèle Jésus-Christ n’appelle à la violence du sang versé ! Heureusement, parce qu’imaginer que Dieu puisse en tirer satisfaction peut vite conduire à absolument n’importe quelle violence (au nom de Dieu, bien sûr). Quand Jésus parle de « sang », c’est en tant que symbole biblique d’une alliance qui nous engage profondément, Dieu et nous. Son sang : c’est sa vie qu’il nous donne à assimiler pour aimer à notre tour. Ce n’est pas un appel à la violence et à la destruction, au contraire.

Le statut des animaux ?

Pour le statut des animaux, à mon avis, on n’est pas obligé de lire la Genèse comme donnant un droit de domination de l’homme sur l’animal. Ni même de supériorité. L’humain est créé avec les animaux, béni avec eux, et comme rappelé ci-dessus, quand Dieu fait alliance avec Noé, il fait aussi alliance avec les animaux. Il attire notre attention sur chaque vie. Je dirais que cela nous appelle à la responsabilité.

C’est vrai que l’humain est, avec Dieu, au centre de la Bible, c’est normal : la Bible a été écrite par des humains pour des humains : ce livre traite donc de la responsabilité de l’homme sur le monde. Cela ne veut pas dire qu’il ne pourrait pas exister un évangile des pingouins traitant de la place du pingouin dans le monde et dans l’amour de Dieu…

Mais néanmoins, l’homme reçoit pour mission de ne manger que de l’herbe verte, et la mission de nommer les animaux, c’est-à-dire de leur reconnaitre une valeur, une vocation particulière à chacun. Le droit de manger des animaux n’est donné qu’après le déluge, comme un pis-aller tenant compte de la violence naturelle de l’humain.

Cela dit, c’est une réalité biologique que nous avons besoin de manger du vivant pour vivre. Or le vivant est un tout, la salade n’est pas moins vivante que l’agneau ou que nous. Dans son sens, la salade est plus innocente, a moins de défense car elle ne peut fuir ni faire des yeux doux pour nous apitoyer. Comment faire ? Nous sommes obligés de sacrifier du vivant pour vivre. À mon avis, cela demande de le faire en conscience, sans gâcher, dans la reconnaissance pour cette vie, qui vivra encore à travers nous. Dans un certain sens.

Bravo pour votre sentiment de responsabilité plein de sens.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

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5 Commentaires

  1. Philippe dit :

    Le naturaliste Théodore Monod, fils du pasteur Wilfred Monod, se souciait beaucoup du sort des animaux et déplorait le peu de place que cela tenait dans les religions monothéistes. Il était végétarien et se recommandait de l’évêque nestorien Isaac de Ninive (VIème siècle) qui appelait à prier pour les animaux. Dans son livre « L’émeraude des Garamantes », il raconte comment le sage africain Tierno Bokar interrompit sa leçon de théologie pour secourir un oisillon tombé d’un nid accroché au plafond et reprocha vivement à ses disciples leur indifférence. Il raconte aussi dans le même passage l’histoire de ce mystique musulman du Xème siècle qui reçut la miséricorde de Dieu non pour ses prières et ses jeûnes mais parce qu’un soir d’hiver il avait ramassé dans une rue de Bagdad une chatte abandonnée et l’avait réchauffé dans son manteau.

    1. Marc Pernot dit :

      Merci pour l’évocation de cet homme magnifique que j’ai bien connu à Paris au culte presque chaque dimanche, visité chez lui pour le faire rencontrer par le groupe de jeunes dont j’étais responsable. Puis quand j’étais pasteur à Nîmes, nous avions sa visite chaque année pour militer contre les corridas. C’était un homme de convictions, de foi et de prière libre, de réflexion conséquente.

  2. Daniel dit :

    On ne peut pas lire correctement la Bible sans contextualiser les textes. Il ne viendrait (j’espère) à personne aujourd’hui l’idée de lapider une femme adultère…La Bible a été rédigée sur plusieurs siècles. Il y a des choses qui semblaient évidentes il y a 1000 ans et qui sont aujourd’hui inacceptables. Évitons tout litteralisme…

  3. Anne Marie dit :

    Même Descartes que l’on ne peut pas accuser d’être quelqu’un qui se fait remarquer par son ignorance, dit que les animaux sont des machines et qu’ils ne souffrent pas quand on les torture: leurs cris sont des réflexes qui ne signifient pas qu’ils souffrent.
    Il en aura fallu du temps pour comprendre nos compagnons de tous les jours!

    1. Marc Pernot dit :

      Oui, comme quoi il y a des progrès. Et on sait maintenant qu’une forêt est un organisme vivant et que les arbres peuvent faire preuve de solidarité altruiste entre eux.

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