Au cœur d’une épreuve de fertilité, un couple se confronte à des visions divergentes de la foi. Entre la crainte d’un signe divin et l’espoir d’un parcours médical, ce dialogue avec un pasteur explore le sens de la vie et la nature d’un Dieu qui accompagne les projets d’amour plutôt qu’il ne les entrave.
Une épreuve de fertilité face aux convictions religieuses
Question posée :
Bonjour
Nous sommes un couple uni et fidèle vivant sous le même toit depuis plus d’un an. Née d’une famille catholique, j’ai été baptisée dès mes premiers mois. Après des années de questionnements, je me sens aujourd’hui plus proche du protestantisme. Mon compagnon a trouvé foi récemment et sera prochainement baptisé. Nous avons décidé de nous unir civilement et religieusement. Le mariage se déroulera cette année.
En projet bébé depuis un an, nous venons de découvrir une infertilité pour chacun de nous. J’ai déjà 30 ans et mes chances de concevoir, déjà minimes en raison de soucis de santé, diminuent au fil des années. Par chance, notre médecin vient de nous proposer de débuter un parcours PMA. Les délais sont généralement très longs, j’ai été agréablement surprise que cette situation s’offre à nous. Si, de mon côté, j’y vois un signe de Dieu nous offrant une chance d’accueillir un petit bout, mon conjoint est finalement contre l’idée car selon lui l’infertilité est un signe de Dieu que l’on nous envoie car il s’agirait d’un enfant hors mariage. L’un de nous devra forcément céder.
Je suis très triste de cette décision et ne sais comment y faire face. L’enfant serait-il réellement considéré comme illégitime ?
Merci de votre aide.
La réponse d’un pasteur : un Dieu de vie, non de stérilité
Bonsoir
Votre histoire est tout à fait touchante.
La stérilité est-elle voulue par Dieu ?
Je suis absolument convaincu que l’infertilité ne vient jamais de Dieu.
- Pour une raison théologique, d’abord. Dieu est Amour, nous dit Jean, Dieu est la source de la vie. On voit en Christ que Dieu est pour la guérison, l’encouragement. Dieu n’est pas celui qui empêche la vie, ni ne bloque une vocation à créer un humain par amour. Dieu est celui qui ouvre un avenir.
- Pour une raison éthique : si l’on part dans cette idée que tout vient de Dieu, même la maladie : alors on ne se soigne pas les dents (à la grâce de Dieu), on ne porte pas de lunettes, on n’aide pas les handicapés et je me demande même s’il serait juste de mettre des vêtements l’hiver, le froid venant de Dieu et il aurait voulu que nous n’ayons ni plumes ni fourrure pour nous protéger…
- Pour une observation logique, aussi : les rues sont pleines d’enfants nés dans des familles épouvantables, nés de viols, d’enfants nés alcooliques et drogués car nés de parents pas en forme… Si Dieu pouvait et voulait empêcher parfois la conception d’un enfant, ne le ferait-il pas pour ces cas plutôt que pour la vocation d’avoir un enfant dans un couple qui s’aime ? Cela ne me semble pas vraisemblable.
Mais pour faire un enfant, précisément, il vaut mieux que les deux parents soient d’accord et il me semble hors de question de mettre la pression sur son conjoint pour cela. Toute vocation est très intime, très profonde. Et particulièrement la vocation, ou non, d’avoir un enfant à tel moment de son existence. Vraiment, cela ne s’explique pas, ne s’argumente pas, c’est juste comme ça dans la personne.
Peur de Dieu ou confiance en Dieu
En ce qui concerne la vocation d’avoir un enfant, votre fiancé était d’accord pour ce projet de faire un enfant, c’est une peur de Dieu qui tout d’un coup l’a amené à changer. Cette conception de Dieu peut être travaillée et évoluer, même si la foi et la sensibilité théologique d’une personne sont aussi quelque chose de très personnel et profond. En fait, je suppose que ce n’est pas lui qui a inventé cette histoire que la stérilité viendrait de Dieu, c’est peut-être la théorie dans son église, ce qui serait inquiétant. Je tente de l’expliquer souvent : l’Évangile du Christ, c’est qu’il n’y a rien, absolument rien à craindre de Dieu car il est le Dieu de la vie, toujours plein de bienveillance et de bons soins pour nous, accompagnant de sa bénédiction nos projets.
Mais certaines personnes ont tellement été baignées dans une théologie de la crainte de Dieu que ces personnes ont parfois du mal à entrer dans cette confiance en Dieu. Ce n’est pas de leur faute, ou pas seulement de leur faute.
Désir d’enfant, de fécondité
Cela dit : 30 ans ce n’est pas vieux ! Vraiment pas, je connais bien des couples qui ont fait des enfants avec ou sans PMA dont la mère avait une bonne quarantaine passée. La PMA est un processus souvent efficace mais c’est un chemin qui est apparemment loin d’être agréable et tranquille. C’est vrai que le plus dur est pour la mère et que vous êtes hyper motivée, cela aide, seulement c’est quand même infiniment mieux d’être un couple où les deux sont hyper motivés afin que vous puissiez être soutenue dans ce chemin et que l’enfant soit accueilli par vous deux.
Mais à quel point aimez-vous cet homme ? Est-ce que vous l’aimez plus que votre désir d’être mère ? Ce n’est pas une question facile, mais elle mérite que vous vous la posiez, je pense, dans la réflexion et la prière. Si c’est oui, alors vous pourrez avancer plus tranquillement, chercher à déstresser, à relativiser la venue d’un enfant comme une grâce. Et si cela ne vient pas, c’est ensemble, lui et vous, que vous pourrez chercher ensemble avec Dieu quel sens à votre vie, quelle vocation, quels fruits de vie vous pourriez porter en ce monde qui a tant besoin d’artisans de paix et de justice. Jésus n’a vraisemblablement pas eu d’enfant biologique, ni Sœur Emmanuelle : et pourtant on ne peut pas dire que leur existence a été stérile. Il est envisageable de chercher plusieurs idées de fécondité pour votre vie et de les hiérarchiser, par exemple en mettant en premier pour vous celle d’enfanter, avec ensuite d’autres projets possibles pour vous et pour votre couple, par exemple d’élever un enfant, ou de s’engager dans l’éducation populaire, ou dans l’entraide, ou dans la paroisse…
Plutôt que l’un des deux cède, il me semble possible de décider ensemble d’ajourner cette question pour un an, par exemple, de mûrir ce projet tranquillement, surtout sans mettre la pression l’un sur l’autre et l’autre sur l’un ? Il est possible de déposer un dossier, sans engagement, tout en se gardant la possibilité de décider deux ans après, en vous promettant sincèrement de ne poursuivre ce projet que si c’est à l’unanimité des deux, sans pression ni rancune (c’est un peu là qu’est la difficulté, un couple cela se construit ensemble).
Fiancé : c’est déjà un peu marié
En tout cas, un couple qui s’aime, qui s’engage mutuellement à la fidélité pour la vie, qui demande à Dieu de les aider : ce couple est déjà en grande partie marié, même si la cérémonie et sa préparation ajoutent pour nous une force particulière à nos engagements. Dieu, lui, regarde au cœur, pas à la cérémonie. Il préfère infiniment (j’en suis persuadé) un couple avec une vraie alliance dans leur cœur et sans cérémonie plutôt qu’un couple marié à la mairie et à l’église avec les grandes orgues et les tenues de fête… sans vrai engagement profond des cœurs. Ensuite, on est d’accord : mieux vaut les deux. Mais on ne peut pas dire que pour Dieu ce soit la cérémonie qui soit la plus importante, il ne faut pas rigoler.
Faites confiance à Dieu, il vous bénit et vous accompagne.
Dieu vous bénit et vous accompagne.






À mon avis, avoir recours à une PMA, ce n’est pas forcer les choses mais utiliser les progrès de la science qui vont dans le sens de la vie. Adopter un enfant est un autre projet, même s’il y a évidemment des points communs avec le projet de concevoir un enfant. On peut vouloir adopter et ne pas concevoir, concevoir et ne pas adopter, les deux à la fois ou aucun des deux. Chacun son truc, et sans jugement, ce qui n’est pas encore gagné.
Grand merci. Effectivement. C’est à chacun de chercher sa vocation.
Je pense qu’il ne faut jamais forcer les choses, il vaut parfois mieux essayer d’adopter un enfant…
Et si la vie ne nous donne pas le bonheur d’avoir un enfant, il faut le respecter… J’en parle en toute connaissance de cause..
Je n’ai pas eu le bonheur d’avoir un enfant..
C’est ainsi..