Moi mon Rêve est de travailler à la cour du Roi dans mon pays, comme Joseph ou Daniel à leur époque.

Par : pasteur Marc Pernot

un jeune homme vu de dos en manteau pourpre à col de fourure avec uen couronne en acier - Photo by Paweł Furman on Unsplash

Question d’un visiteur :

Shalom Pasteur.
J’aimerais savoir quel est réellement le rôle du Théologien dans la société ? N’est il bon qu’à œuvrer pour l’Eglise ? Ne peut il pas aussi s’initier dans les affaires politiques de l’Etat à l’exemple de Joseph et Daniel ? Moi mon Rêve est de travailler à la cour du Roi dans mon pays en tant que Théologien et principal Conseiller du Président, mais comment y arriver quand bien même nos diplômes ne sont pas reconnu par L’état. J’aimerais d’abord postuler à la meilleure École militaire du pays avec ma licence en Théologie que j’obtiendrai pour gravir progressivement jusqu’à la cour royale , je sens le réel désir de me lancer sur cette voie mais j’ai très peur car cela n’a jamais existé dans notre pays un Théologien qui se lance sur une telle voie.
Merci de bien vouloir m’orienter comme vous savez bien le faire.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

Je comprends votre idée. Il est assez logique, de se dire que pour faire avancer la foi et la justice dans le monde il serait stratégique de passer par les plus puissants.

Seulement, il me semble que si l’on regarde la stratégie que Jésus a choisie, le travail des théologiens va plutôt de bas en haut, et non de haut en bas comme du temps de l’ancienne alliance. Le Christ n’a pas le moins du monde souhaité travailler au côtés des rois, des gouverneurs, des chefs du sanhédrin ou des grands prêtres du Temple. Jésus s’est promené de villes en villages par les campagnes, afin de rencontrer le tout venant des personnes individuelles et des foules rassemblées au gré des circonstances.

C’est vrai que le but du théologien n’est pas de se cantonner à travailler dans l’église. Je suis de la même opinion que vous là dessus. L’église est une belle opportunité de former des personnes militantes. L’église, grâce aux dons des fidèles, a la possibilité de mettre des moyens permettant à des théologiens et des pasteurs d »exercer leur ministère, elle le fait en nous laissant une grande liberté pour exercer chacun à notre façon notre charisme. Cela fait que, si nous cherchons à nous occuper le mieux possible des fidèles de l’église, bien sûr, nous pouvons (et à mon sens nous devons) concevoir notre ministère comme étant au service des personnes de toute la population, comme le dit Jésus l’Evangile est fait pour être adressé depuis les toits des maisons pour que les personnes qui passent dans la rue l’entende (et la laisse libre de choisir si ça intéresse). Notre ministère est donc comme à la cantonade, et il va donc au delà des cercles des personnes qui fréquentent nos assemblées dominicales (tant mieux pour elles, qu’elles participent, je pense). C’est pourquoi je mets en ligne des prédications, et que je prends la peine de répondre à ces questions qui me viennent de personnes des 4 coins du monde, et pas seulement aux personnes des environs de Cologny, ni même du canton de Genève seulement. C’est bien au delà de ma paroisse, ces personnes n’apporteront en général rien qui aiderait notre vaillante église de Genève, certaines aideront d’autres, autrement. Chacun fait ainsi ce qu’il peut afin d’aider quelques passants à avancer dans leur vie, et ainsi de changer un petit peu le monde et développer la foi en Christ ?

Jésus n’avait manifestement pas la stratégie de changer le monde en agissant auprès des puissants. Cela a pu être une de ses tentations, au désert, celle d’utiliser son charisme exceptionnel pour influencer les peuples du haut vers le bas, mais Jésus a renoncé à cette piste séduisante pour exercer son ministère à la cantonade. Je ne pense pas que cela ait été d’ailleurs non plus la visée des personnages de Joseph ou de Daniel. Tout au contraire, ils ont simplement fait ce qu’ils ont pu dans les circonstances qui se présentaient, avec de bonnes valeurs. Ensuite, il est exact que toute personen ayant besoin d’aide est à aider, qu’elle soit pauvre ou riche, puissante en ce monde ou méprisée de tous. Il n’y a pas de raison non plus de ne pas aider, si on le peut, une personne riche et puissante. Pour son bien à elle, cette aide devra alors lui être apportée, bien sûr, de façon tout désintéressée par le pasteur, le théologien ou le chrétien pour sa propre puissance ou fortune. Et d’aider à côté de cela, aussi bien d’autres personnes ayant moins ou pas de pouvoir.

Dieu vous bénit et vous accompagne sur votre chemin.

par : pasteur Marc Pernot

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4 réponses

  1. plume dit :

    L’exemple de Jésus dans les Évangiles est effectivement clairement en direction de la population ou d’une partie d’entre elle au fil des rencontres.

    Mais la logique d’état existe, le pouvoir existe, en supposant qu’il s’agisse d’états et de pouvoirs qui cherchent absolument à ne pas faire d’abus de pouvoirs, de totalitarisme, de répression… L’interprétation de la Bible devrait aussi pouvoir nous inspirer concernant la théorisation de cette logique, puisque même en démocratie, nous sommes appelés à voter, à répondre à des sondages, à des questionnaires, donc à exercer un pouvoir, même s’il est petit, voire très petit, mais donc à réfléchir sur l’exercice du pouvoir. En ce sens la théologie devrait aussi pouvoir être inspirante au niveau de l’éthique sociale, politique au sens non partisan du terme, en respect des personnes bien sûr, de leur liberté de pensée et de conscience… La théologie doit-elle ignorer la géopolitique ? Doit-elle ignorer les grands systèmes économiques mondiaux ou nationaux ou locaux ? Faut-il se tourner vers la philosophie pour chercher des compléments, de préférence en cohérence avec la démarche, le cas échéant ?

    Avec le Nouveau Testament d’une part, et l’Ancien Testament d’autre part, bien qu’il y ait des liens forts entre les deux bien sûr. Avec toutes les questions des états laïcs ou religieux, la séparation des églises et des religions et de l’état… Mais quel que soit le statut juridique, c’est pour l’inspiration éthique ou du contenu des personnes qui travaillent ou souhaiteraient travailler dans les services de l’état. Il me semble que pour ces personnes là, on ne peut pas simplement ranger sa religion de côté le temps de sa profession, et la reprendre pour une partie de son temps privé. Il y a unité de la personne humaine. Les évangiles, le Nouveau Testament plus largement, la Bible encore plus largement, devraient pouvoir faire partie de l’inspiration, y compris professionnelle, de certaines politiques, sans doute en parallèle de philosophie politique, y compris dans les cas très complexes, de défense publique, d’économie…

    Peut-être que justement, nous, aujourd’hui, en essayant d’être fidèle à Dieu en se référant aux Évangiles en premier lieu, nous n’avons justement pas à essayer de faire comme Jésus Christ en son temps sur Terre.

    Il me semble que de vrais grandes questions se posent si l’on essaye de réfléchir à des expressions comme des « injustices structurelles »…

    Il y a le christianisme social… Je pense qu’il existe des pistes en tout cas, et que le théologien n’a pas a priori dans tout les cas à se laver les mains de ce que peuvent bien décider les puissants, ce n’est pas si simple, sauf si c’est fait par choix, sur la base de la répartition des compétences… Mais les Églises chrétiennes, les penseurs chrétiens, les professionnels chrétiens ont ce genre de questions à traiter, et c’est extrêmement difficile et délicat je pense, mais porteur de sens et peut-être d’espérance aussi.

  2. biduline dit :

    D’être roi ?
    Ah d’accord…
    Il y a des gens qui rêvent encore de ça ?
    Il y a un roi en Suisse, comme en Suède ?
    Sinon cela pourrait s’expliquer ?

    Nan, mais là ce n’est pas une critique, c’est juste de la stupéfaction !
    Oui alors là…
    Je rend les gants ! Pardon, mais j’abandonne !

  3. Pascale dit :

    La valeur fondamentale de l’Évangile est l’amour du prochain et l’amour ne décrète pas par une loi, c’est une attitude exclusivement individuelle dont les implications dans le quotidien sont constamment amenées à être évangélisées. Le théologien n’a pas la science infuse et n’est pas un homme meilleur qu’un autre, ni même avec de meilleures valeurs qu’un autre.
    Gouverner au nom de l’Évangile a fait, et fait encore, bien des dégâts car il y a alors le risque de prendre sa propre interprétation pour la seule voie possible. Par exemple certains chrétiens pensent que le divorce n’est pas une option possible, faut-il alors interdire le divorce par une loi ?
    Par ailleurs une loi n’a du sens que si les individus y adhèrent en masse. L’homophobie, l’antisémitisme, le racisme ne disparaitront pas avec des lois. Et si une loi en ce sens existe, c’est uniquement parce que des individus en masse étaient déjà convaincus de la nocivité de ces idées. On le voit bien concrètement en ce moment avec la lutte contre la pandémie. Des stratégies sont mises en place par les états au moyen de lois diverses et variées, mais ces stratégies, quelles qu’elles soient, ne peuvent être efficaces qu’avec une adhésion totale des individus.

  4. plume dit :

    @Biduline
    La personne qui a posé la question pense peut-être à un roi local en Afrique francophone, qui correspondrait à maire en occident, avec une opportunité de devenir une sorte de conseiller, et il envisage pour cela de se former, et entre autres de suivre une formation théologique. Cela peut être rapproché aussi des institutions coutumières comme en Nouvelle-Calédonie… C’est également transposable dans d’autres contextes d’organisation sociale : exercer des fonctions de maire ou autre fonction politique, ou celle de conseiller quel que soit le niveau… Moi personnellement je trouve ça génial si à la fois le discours et les résultats pratiques de la démarche conviennent à la population locale, mais de toute façon il s’agit d’une éthique intérieure, inspirante, pas je pense d’imposer une vision, des préceptes ou des règles sans discussion, explication, et surtout adéquation à la situation.

    @Pascale
    Il s’agit d’une éthique intérieure, inspirante, peut-être d’une certaine façon libérale au sens théologique du terme, et non pas d’imposer une vision, des préceptes ou des règles sans discussion, explication, et surtout adéquation à la situation. Il ne s’agit bien sûr en aucun cas d’imposer une dictature sous le prétexte de la Bible, de toute façon ce ne serait pas cohérent, même si cela a été pratiqué au cours de l’histoire avec l’Inquisition par exemple… ce qui effectivement rappelle les nombreux risques possibles. Je pense plutôt à Jésus recommandant de prier discrètement chez soi dans sa chambre. Il s’agirait bien de ce genre d’attitude intérieure, inspirante… mais avec une réflexion de chrétiens mise en commun, y compris avec des éléments théologiques peut-être. ça me paraît mieux a priori qu’une attitude cynique voire immorale type « Le Prince » de Machiavel (il s’agit peut-être d’un stéréotype sur le machiavélisme, je n’ai pas lu ce livre), même s’il faut peut-être aussi (pour certains responsables politiques à un certain niveau, ou pour ceux qui voudraient mieux comprendre la géopolitique) étudier ce livre et chercher à en tirer quelque chose de positif ou une compréhension du jeu d’acteurs en présence.
    En lien avec l’actualité des jeux paralympiques, le monde peut devenir plus inclusif grâce à des lois, avec des transports en commun plus accessibles en particulier, ce qui facilite à son tour la vie des parents qui ont des poussettes pour leurs enfants en bas-âge… Or l’interprétation des Évangiles favorise à mon avis la prise en compte des plus faibles. Ce genre de processus travaille la société de toute façon, les préceptes évangéliques sont souvent de mieux en mieux intégrés à la politique au fil du temps avec un perspective historique longue : les jeux du Cirque et les combats de gladiateurs en arènes de l’époque romaine antique sont remplacés par des sports d’équipe en stades et par des jeux olympiques, mondiaux, continentaux, nationaux, locaux…

    Mais il s’agit bien d’interprétation : l’esclavage a disparu avec des lois. Si on lit le Nouveau Testament, la très belle épitre à Philémon semble suggérer d’affranchir à Philémon d’affranchir l’esclave Onésime qui s’est échappé pour rejoindre Paul. Mais d’autres passages des épitres de Paul insistent sur la soumission des esclaves au maître, tout en invitant les maîtres à prendre soin et à avoir les meilleurs égards pour leurs esclaves. Ce manque de dénonciation peut-être indirecte et diplomate comme dans l’épitre à Philémon, de l’esclavage en tant qu’injustice structurelle par les épitres du Nouveau Testament a pu jouer un rôle dans le déroulé terrible de l’histoire mondiale de l’esclavage. Si le texte est déclaré parfait par avance, non soumis à la critique… il peut y avoir danger. C’est pourquoi pour ma part, j’inclus la Bible dans son ensemble dans le périmètre de la philosophie, en première place (statut de livre favori), tout en lui donnant aussi une place hors de la philosophie, du côté de source d’inspiration de la Foi.

    Aujourd’hui il y a le christianisme social chez les catholiques, des encycliques sur des sujets spécialisés dont les plus récentes et universelles (non théologiques) par exemple sont à mon avis très intéressantes (encyclique Laudato Si sur l’écologie par exemple peut-être), et peuvent faire gagner du temps en proposant des pistes de réflexion, maintenant il ne s’agit surtout pas de sacraliser de nouveaux textes, d’en faire des paroles parfaites qui seraient à appliquer sans discernement, esprit critique, adaptation aux contextes particulier… Bien sûr chez les protestants on peut trouver plein de livres passionnants et inspirants sur ces sujets, et en philosophie politique on a la Politique d’Aristote, la République de Platon (= dictature).

    Un exemple à mon sens assez raisonnablement réussi de christianisme politique serait les mandats de la chancelière Angela Merkel. On remarque d’ailleurs qu’elle a une formation de scientifique de niveau recherche. Je pense que cette combinaison science et théologie (et philosophie), méditable sur le plan personnel, intérieur, mais dont on peut aussi discuter collectivement bien sûr, et créer des pistes de réflexion pour chacun… peut être féconde sur le plan personnel comme sur le plan politique.

    Je ne parlerai pas d' »adhésion totale » des individus, plus d’incitation patiente, raisonnée et argumentée à l’adhésion…

    Je vous salue de ma petite plume (plus digitale que plume de nos jours).

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