Ma femme et moi sommes chrétiens, on a envie d’essayer l’échangisme, c’est de l’adultère ?

Une bande d'amies faisant la fête (illustration) - Image: 'Festejan amigas en grande sus XV años' by El Heraldo de Saltillo  https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/ http://www.flickr.com/photos/124953100@N05/39867613974

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur le pasteur j’ai une petite question, si vous pouvez me donner réponse. On est un couple chrétien et on voudrait savoir : on a envie, ma femme et moi, depuis longtemps de réaliser un fantasme dans l’amour avec un autre couple, je voudrais savoir si ce n’est pas de l’adultère ? Merci de me donner une réponse positive ou négative merci pour tout.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Je vais essayer de vous donner une réponse aussi claire que possible, positive ou négative. Mais normalement, il m’est difficile de donner une réponse simplement positive ou négative à une question de morale, car nous avons un principe, dans le Christianisme, et particulièrement dans le christianisme protestant, c’est de de laisser chacune et chacun être responsable de sa propre vie dans sa conscience, éclairée par Dieu.

Donc chacun fait ce qu’il veut, ce qu’il peut. Et la vie n’est pas toujours simple. Par exemple, il arrive des circonstances où ne pas dire la vérité est la conduite qui optimise le bien et minimise le mal. Alors que dans le cas général c’est très facile de dire que la vérité vaut mieux que le mensonge.

Mais il faut appeler un chat un chat. Ne pas dire la vérité est un mensonge, et c’est donc bien un mensonge qui a alors été commis.

Et s’il faut appeler un chat un chat, oui, l’échangisme est certainement de l’adultère. Un adultère certes un peu moins grave quand c’est avec le consentement de son conjoint et de toutes les autres personnes mêlées à l’affaire. Mais quand même, c’est un adultère car cela rompt l’engagement à la fidélité à vie à son conjoint. La question du consentement est délicate, ce n’est jamais du tout oui et tout non, il y a des degrés dans le consentement et dans le refus, parfois c’est 80% de oui et il reste un petit 20% coincé au fond de la gorge et du cœur pour longtemps, pour toujours. Parfois c’est 20% de oui qui s’expriment dans une personne, par sa bouche et sa tête pour faire plaisir à l’autre, pour chercher à le « garder », alors que 80% de fibre de fidélité et d’attachement total crient leur révolte au fond de son amour. Parfois c’est 50% d’hormones de bonobo qui crient en nous : c’est génial on fonce, et 50% d’alliance et d’amour qui freinent et qui crient en nous : mais où va s’arrêter cette escalade, ou cette plongée, c’est malsain.

Une fois que l’on a bien identifié ce que l’on envisage, avec franchise vis à vis de soi-même, d’abord. Par exemple en reconnaissant devant soi-même, et devant Dieu : oui c’est un mensonge que je suis en train d’envisager, ou, dans votre cas, oui, c’est en réalité un adultère qui me fait fantasmer. Un adultère réfléchi, espéré, choisi. C’est en tout cas pas bon de se raconter à moi-même de fausses excuses du genre : ce n’est pas vraiment un mensonge car c’est ce que j’ai dit est un peu quand même la vérité, et je n’ai rien dit de faux je l’ai juste laissé se tromper… ou : ce n’est pas tout à fait de l’adultère que j’envisage car c’est moins grave que si c’était pire… et tout le monde est consentant donc je ne trompe pas l’autre, etc.  Donc, oui, vous avez raison, pour parler clairement : coucher avec une autre personne que son conjoint c’est de l’adultère.

Ensuite, la question est de savoir quand nous pouvons, voire parfois quand nous devons transgresser les commandements fondamentaux ? Une transgression est parfois la moins mauvaise solution pour un intérêt supérieur, pour un plus grand bien. C’est évident dans le principe : mieux vaut un petit mensonge qu’un mort, par exemple. Mais c’est souvent moins facile à déterminer dans un cas concret, car nous ne savons pas parfaitement les conséquences de nos actes. Mais bon, c’est ça l’enjeu des questions que chacune et chacun doit se poser concernant les différents registres de son existence personnelle et de l’existence des autres personnes concernées par notre décision. C’est ce que dit l’apôtre Paul dans ce conseil génial : « tout est permis mais tout n’est pas utile, mais tout ne construit pas » (1Corinthiens 6:12)

C’est à vous d’essayer de l’appliquer à votre intéressante question, pour vous-même, mais je veux bien me prêter à l’exercice :

Le plaisir du corps est une bonne chose, le piment de nouveauté dans la vie d’un couple aussi. Donc tout n’est pas mauvais dans votre plan partouze. Mais sur ce plan du plaisir du corps, le mieux n’est pas nécessairement dans toujours plus d’expériences, toujours plus en quantité, toujours plus en variété, en largeur. Ce n’est pas la seule dimension de cheminement possible dans ce domaine du plaisir et dans celui de l’amélioration de la qualité d’attachement dans le couple. Il y a un cheminement possible dans le sens de la profondeur (sans allusion graveleuse), et dans le sens du romantisme, dans le sens de la tendresse, de l’attention à l’autre… suffit de chercher pour trouver, suffit d’aimer, de regarder, de penser à l’autre, de sentir les sentiments de l’autre pour trouver.

Pour ce qui est de la relation, est-ce que vraiment cette expérience d’échangisme « construit » l’attachement et l’alliance qui existe entre deux conjoints ? Qu’en la pimentant un peu de la sorte ça va réveiller vos relations ? A vrai dire, j’ai de gros doutes. Car le sexe n’est pas, n’est vraiment pas une activité comme peut l’être de faire du tennis ensemble. Qu’on le veuille ou non, il se joue dans le sexe quelque chose qui touche à des fibres très profondes d’attachements, quelque chose de mystérieux et qui est sans doute enraciné dans notre culture mais aussi dans nos instincts que nous avons en commun avec les pingouins, par exemple ? Alors pour pimenter son couple, il y a d’autres façons sympas et moins risquées : le tennis ? le parapente, c’est plus dangereux mais ça pimente bien…

Pour l’instant, je ne réponds que sur le plan rationnel de ce qui est bon psychologiquement pour votre couple, pour son édification et l’édification mutuelle des deux conjoints. Et sur ce plan, je répondrais personnellement que votre idée est un fantasme assez courant, et bien que cela reste à l’état de fantasme et ce sera très bien comme ça. Par ce que personnellement c’est autre chose que je choisis de vivre. Mais vous pouvez évaluer les choses différemment, c’est à vous de voir pour vous-mêmes.

Ensuite, en homme de foi :

  • je dirais que la prière est d’un grand secours pour choisir quand c’est difficile de choisir, pour être éclairé, pour trouver des solutions que nous n’avions pas imaginées et qui sont géniales…
  • Ensuite, je vous dirais que Dieu est une grande force et que pour tenir bon ce que l’on a choisi, au lieu de se laisser aller à faire ce que l’on n’a pas choisi, Dieu est vraiment d’un très très grand secours sur ce plan aussi. C’est quelque chose que l’on peut travailler avec lui, en lui confiant notre besoin de force pour la journée du lendemain, nos décisions difficile à prendre, et de repousser toujours à plus tard les mauvaises décisions.
  • Enfin, je vous dirais que Dieu est une force aussi, quand on a mal choisi pour nous aider à en prendre conscience en cherchant comment rectifier le tir et réparer les dégâts si c’est encore possible, et arriver ensuite à nous sentir pardonné.
  • Dieu est d’un secours formidable quand nous avons dû choisir quelque chose de tragique, comprenant une part de mort, pour nous sentir pardonné encore…

Et en théologien, je vous dirais que la fidélité à ses alliances, à ses attachements, est une notion fondamentale. Il peut arriver qu’un divorce soit la moins pire des solutions, et qu’il faille alors rompre une alliance. Mais il me semble mauvais de tordre un attachement, une alliance. On ne trompe pas son conjoint même si c’est juste un peu. On fait tout pour édifier sa fidélité à cette alliance fondamentale qu’est le couple on la rompt mais on ne fait pas de compromis là dessus.

Un théologien polythéiste répondrai peut-être autrement, mais en tant que chrétien, nous sommes plutôt sur un modèle d’alliance de fidélité exclusive et durable. Et à vrai dire ça me convient très bien, intellectuellement, spirituellement, et sur le plan de la vie de tous les jours. Mais on peut choisir de vivre autrement, c’est vrai que Dieu est amour et que ce n’est pas parce que l’on vit comme n’importe comment qu’il va nous considérer comme si nous étions n’importe quoi. Son pardon est là, plus fort que tout, et ce qu’il cherche, c’est juste de nous donner de vivre, et de vivre vraiment.

Le fait de s’engager non seulement devant l’autre mais aussi pour soi-même, devant soi-même à ne coucher qu’avec cette unique personne : c’est pour moi extrêmement pacifiant. A vrai dire.

Amitiés fraternelles
& mes vœux de bénédiction pour vous deux, dans tous les cas.

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *