Les historiens disent qu’il n’y a pas de trace d’esclaves en Egypte, la Bible dit que si.

Par : pasteur Marc Pernot

gravure égyptienne représentant un patron maltraitant ses ouvriers ? - Image par DEZALB de Pixabay

Pour construire des pyramides, il faut reconnaître que les égyptiens étaient passés maîtres, par contre, je ne suis pas certain que leurs technique de management soient à suivre en tout point.

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur le Pasteur,

Voilà en lisant des résumés sur l’histoire de l’Egypte, des Pharaons et des pyramides, beaucoup disent que l’histoire des esclaves en Egypte n’a pas existé, que des preuves ont été trouvées comme quoi il n’y a pas eu d’esclaves, et que ce sont des ouvriers Egyptiens qui ont travaillé et qui étaient payés. Pourtant la Bible dit qu’il y a bien eu l’esclavage en Egypte.

Que pensez vous de tout cela ? Merci d’avance pour votre réponse.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo de lire la Bible… et de vous poser des questions

Cette question de la cohérence entre le texte biblique et l’histoire se pose pour bien des textes de la Bible. Jésus a-t-il marché sur l’eau au sens physique du terme ? Comment a-t-il ressuscité Lazare ? Mathusalem a-t-il vécu des centaines d’années ? Adam et Ève, Abraham, Moïse, David, voire même Jésus sont-ils des personnages historiques (oui / non / en partie) ? Est-ce qu’il existe des serpents qui parlent… ?

Ces questions en sont pas inintéressantes, mais elles ne sont pas essentielles car ce qui importe le sens théologique et spirituel des textes Bibliques. C’est d’ailleurs pour cela que ces textes ont été écrits, recopiés, réfléchis, priés, discutés… depuis 2000 à 3000 ans.

Pour ce qui est du caractère historique (ou non, ou en partie seulement) de tel ou tel détail du texte biblique, il vaut mieux demander à un archéologue ce qu’il en pense. Le théologien ne peut répondre avec compétence que sur le plan de la théologie, du sens théologique, du sens spirituel, existentiel, moral… de ces textes.

Par exemple, les historiens (même s’ils ne sont pas toujours d’accord à 100% entre eux, bien entendu, et qu’ils évoluent dans leurs propres hypothèses, heureusement pour eux)… les historiens nous disent qu’il existe des correspondances nombreuses entre les textes bibliques et les traces historiques, et aussi des différences. Un exemple bien connu est à propose de la muraille de Jéricho, les fouilles menées sur place contrediraient, parait-il, ce qui est raconté dans le livre de Josué. Cela ne veut absolument pas dire que ce texte de la Bible n’a pas de sens pour nous, au contraire, cela implique qu’il a été écrit précisément pour nous apporter du sens théologique et spirituel sur ce que cela veut dire pour une personne d’entrer dans une vie avec Dieu. Et c’est très très intéressant.

Pour ce qui est de l’histoire, il y a un professeur de notre faculté de théologie de Genève et Lausanne qui est un spécialiste très reconnu de l’archéologie (il mène en parallèle des fouilles en Israël) : il a été même nommé au collège de France : Thomas Roemer, dont les cours sont en ligne. Cela montre bien que nous pouvons tranquilement et sereinement nous intéresser à l’histoire et à l’archéologie, à la science aussi. Cela enrichit une lecture profonde de la Bible

Les théologiens, eux, s’intéressent au sens de ces textes. Par exemple, depuis 2500 ou 3000 ans, l’histoire de la libération des hébreux hors d’Egypte a été comprise comme nous parlant de la force de salut et de libération que Dieu a pour chacun de nous. C’est pour cela que la Pâque est célébrée. Ce qui importe c’est de comprendre en quoi l’histoire de Moïse n’est pas du passé (ou pas seulement du passé, qu’importe) mais nous parle de notre présent pour nous laisser libérer par Dieu.

Donc, si, il y a bien des esclaves en Egypte, si je puis dire : il y nous. Mais quelle est notre Égypte personnelle, si je puis dire ? C’est une première question essentielle à nous poser et personne ne peut y répondre à notre place. C’est pourquoi vous faites bien de lire la Bible, car personne ne peut la lire et l’interpréter à votre place et interpréter ainsi non seulement la Bible mais la Bible interprétant votre propre existence afin de saisir le service que Dieu désire vous apporter pour vous rendre plus vivant encore. Ensuite, la question est la même que dans ce récit de la Bible, voulons-nous être libéré ? ou, comme les hébreux à certains moments, préférerions nous rester bien tranquillement dans notre Egypte ? Et comment nous y prenons-nous pour en sortir, pour avancer afin de devenir, avec l’aide de Dieu, un petit peu plus nous-même ? Avec quelles forces, quelle sagesse, quelle espérance ? Avec quel Dieu ? Avec celui que Jésus appelle « mon Père qui est dans les cieux » ou avec le premier veau d’or venu ? Avec les autres ou contre les autres ? De quels miracles avons-nous besoin pour être libéré et pour avancer ? Et mil autres questions essentielle au fil de la lecture de ces textes…

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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3 réponses

  1. Guy dit :

    Vous êtes sûrement au courant des accusations de  » plagiat  » de la Bible de certains écrits, poèmes etc… De légende sumérienne et autres…
    Dans tout cela, comment maintenir une foi solide et ancrée en se disant peut-être que tout cela n’est qu’invention de l’homme pour créer, pour se rassurer… Surtout quand on ne ressent pas la présence de dieu, comment rester fort dans la foi, comment ne pas lâcher et de dire que faire de son lieux suffit et est plus honnête?

    • Marc Pernot dit :

      Bonsoir
      La Bible est un recueil de témoignages de personnes sur la vie et sur Dieu. Il n’y a ni manipulation, ni invention, ce sont des témoignages. Chacun en fait ce qu’il veut. Se laisse inspirer à sa façon, reprend ceci et laisse cela.
      C’est ce qui est riche, inspirant et libérant.
      Dieu vous bénit et vous accompagne

    • dauphin 2021 dit :

      On peut voir aussi dans les nombreux et différents livres de la Bible des récits de recherche… qui témoignent selon les mots de chaque auteur de leur recherche de Dieu. Recherche signifie entre autres utilisation des matériaux disponibles, avec emprunts dans les écrits de sagesse ou dans les mythes et récits des civilisations environnantes extrêmement avancées à cette époque comme les différentes civilisations mésopotamiennes (dont sumériennes) et égyptiennes…
      Pour faire une comparaison, à la Renaissance, par exemple, en lien sans soute entre autres avec les savants de Constantinople qui se sont réfugiés en Italie avec leurs manuscrits, il y a eu un engouement pour l’Antiquité grecque et romaine, sur le plan artistique, architectural, scientifique, littéraire, religieux (Réforme protestante) : sources d’inspiration pour la créativité de cette époque, qui a contribué à fonder les bases des XVIIème/XVIIIème siècles puis de la modernité.
      De même les Fables de La Fontaine sont souvent des reprises retravaillées de fables d’Ésope (souvent un peu simples, rugueuses en comparaisons), de Pilpay l’auteur indien du Panchatantra, et selon wikipedia d’autres fabulistes comme le romain Babrius qui est reparti des fables d’Ésope, et le thrace Phèdre lui aussi reparti de celles d’Ésope et qui en inventé d’autres. Pourtant ces Fables de La Fontaine sont magnifiques, même s’il n’a pas inventé toutes les idées de ces fables. Et il s’agit bien de fables, d’inventions de l’homme pour créer, recherche des formes de sagesse… La Bible contient aussi des sortes de fables (le livre de Jonas par exemple), des paraboles…

      Mais un point essentiel est bien sûr la question de la Foi en Dieu, dans cet Univers qui existe et où nous existons : l’existence d’une métaphysique n’est-elle pas devinable (quelle qu’elle soit et quelle que soit sa relation passée, présente ou future avec l’univers physique) ? La Bible peut alors être reçue comme une série de livres rédigés sur plusieurs centaines d’années et qui nous sont parvenus via des manuscrits très anciens, où récits au moins partiellement historiques, témoignages, inventions, merveilleux, fantastique, créations à partir de matériaux environnants disponibles, réflexions et observations, sont mis au service de la recherche de Dieu, du témoignage de différentes Fois, de différentes visions croyantes du lien entre métaphysique et notre univers physique et peut-être partiellement métaphysique (en nous), et contribuent à nous interroger entre autres sur l’existence humaine, sur ce qui peut faire sens, sur quoi faire aujourd’hui… Elle contribue aussi à nous faire mieux connaître et comprendre l’histoire universelle.

      Recherche signifie aussi imperfection, liberté et responsabilité d’interprétation à la charge des lecteurs… Une parole parfaite, indiscutable, inquestionnable risquerait de voir certains se transformer en robot, en marionnette, ou devenir intransigeants, dictateurs (ça me rappellerait pas l’histoire humaine ou l’actualité ?)… alors qu’une parole reconnue comme au moins parfois imparfaite (sans que l’on sache si certains passages puissent ou pourraient être parfaits éventuellement) nous amène à croître il me semble, à exercer notre jugement, notre intelligence, notre discernement, à se choisir soi-même, à choisir notre interprétation, les livres et passages que l’on préfère le cas échéant… cf https://jecherchedieu.ch/temoignages/predication/intelligence-predication-sur-une-parole-de-jesus-en-marc-12/

      Les éditions de la Bible en grand format comme la Nouvelle Bible Segond et la TOB 2010 (qui contient aussi des livres de la Septante de l’Ancien Testament en plus des livres de la Bible hébraïque) ont de très bonnes introductions et notes (hors commentaires) faisant le lien avec l’histoire et d’autres textes extra-bibliques anciens.

      Sur le plan de l’histoire de la Bible, les ouvrages suivants semblent passionnants :

      La Bible Une encyclopédie contemporaine
      Collectif d’auteurs, parmi lesquels, Thomas Römer, Mario Liverani, Frédéric Boyer, Daniel Marguerat, Israël Finkelstein, Marie-Françoise Baslez, Estelle Villeneuve

      Jésus, une encyclopédie contemporaine
      sous la direction de Daniel Marguerat

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