La science s’intéresse-t-elle aux guérisons miraculeuses ?

Par : pasteur Marc Pernot

Illustration : un personne en réanimation - Image parParentingupstream de Pixabay

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc,

Savez-vous s’il existe des études scientifiques qui ont étudié les cas de guérisons que mettent en avant certains milieux religieux, particulièrement ceux qui prétendent aux miracles quotidiens ?

Lorsque l’église catholique reconnaît un miracle de guérison, ce qui est rare, tous les médias en parlent, et ces cas sont validés par la médecine.

Dans d’autres dénominations, à les écouter, il y a des dizaines de miracles de guérison chaque jour, et aucun média n’en parle (à part les médias des dénominations en question), et cela ne semble pas intéresser la médecine.

Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Il y a quelques années, nous avions prêté l’église à un rassemblement international de responsables d’églises protestantes de sensibilité évangélique, a priori des églises bien sous tous rapports et intégrées dans les mouvements œcuméniques. Un des plus grands responsables me remercie fraternellement de cet accueil puis au cours de ces quelques minutes où nous prenions connaissance l’un de l’autre, il s’est montré fraternel, et sincèrement je pense, désireux de nous aider dans le développement de notre église. Il me glisse alors : « vous avez essayé les guérisons ? Ça marche très bien, les guérisons, cela est excellent pour le développement d’une église ». J’étais tellement interloqué que je n’ai trouvé à répondre que « Ah, oui ? » et il a poursuivi en expliquant cette stratégie. Je n’ai pas compris si c’était totalement cynique, je n’ai pas eu l’impression que ces « guérisons » qu’il me proposait d’opérer pour développer mon église étaient la mise en scène d’une supercherie. L’intention exprimée était en tout cas le développement de leurs églises, pas particulièrement le bien-être du malade.

Il me semble bien possible qu’il y ait réellement des guérisons dans leurs églises, le spirituel et le psychologique étant suffisamment puissant dans l’humain pour que des symptômes physiques disparaissent réellement en recevant un fort pouvoir de suggestion.Par ailleurs, si Dieu n’est certes pas tout-puissant, je pense sincèrement qu’il est puissant, et qu’il travaille au mieux pour la guérison de chaque personne vivant au monde.

Qu’une personne pense qu’elle doit sa guérison à l’action de Dieu et lui rende grâce pour cela me semble fort bien. Par contre, je trouve très dangereux et cruel d’en faire la publicité, surtout dans le contexte d’une théologie de la toute puissance de Dieu qui est professée dans une bonne part des religions. Car qu’est-ce que cela dit alors aux personnes qui restent malades et à leurs familles ? Que Dieu n’a pas voulu les guérir, elles ? Que la personne n’a pas assez de foi pour s’ouvrir à la bénédiction de Dieu, ou pas assez bien prié ? Quelle horreur ! Cela ajoute de la peine à la maladie, une peine spirituelle, le sentiment que c’est de sa faute si la personne est malade. Cette remarque n’est pas théorique, bien des personnes que j’ai rencontrées se sont exprimées sur cette douleur, se demandant si Dieu n’était pas fâché personnellement contre elles.

Ce qui me semble juste, c’est d’espérer le mieux être de ceux que l’on aime et de soi-même, bien sûr. Il me semble juste d’exprimer cet espoir devant Dieu dans la prière mais sans lui dire ce qu’il devrait faire à notre avis, mais plutôt de lui dire : fais ce que tu peux et ce que tu penses juste, ce sera bien. Tantôt Dieu pourra guérir, tantôt non, tantôt il pourra apporter un autre réconfort ou une solution que nos n’aurions jamais pu imaginer ou espérer, en tout cas Dieu apportera force, joie et lumière dans la santé comme dans la maladie.

J’ai vu des études montrant qu’une personne ayant la foi se porte en moyenne mieux que sans la foi. Mais je n’ai pas eu connaissance d’études scientifiques portant sur les phénomènes de guérison. Il y en a bien plus dans les sectes et les sorciers et autres guérisseurs que dans les églises chrétiennes annonçant des guérisons, il y en a plus dans ces églises que chez les chrétiens ne priant pas pour cela, s’en remettant simplement à Dieu. En ce qui concerne un cas précis de guérison, la science pourra dire au mieux que cette guérison est inexpliquée, ce qui arrive nécessairement. C’est une question de statistique : pour chaque maladie il existe un pourcentage d’aggravation de la maladie, un pourcentage de stagnation de la maladie, et un pourcentage de guérison. Ces pourcentages existent et sont évalués pour chaque protocole de soins, et en particulier en cas d’absence de soin. Et il existe toujours un pourcentage de guérison spontanée. Plus ou moins important selon la maladie. Mais il existe en général un certain pourcentage de guérison spontanée, inexpliquée. Sauf pour une jambe arrachée, qui repousse rarement toute seule. C’est d’ailleurs la même chose, fait significatif, pour ce qui est des guérisons miraculeuses, même avec toute la grâce et la puissance du créateur, et l’intercession de l’église, du gourou, du pasteur, ou l’amulette du féticheur.

L’étude scientifique d’une guérison peut conduire à révéler qu’elle est inexpliquée du point de vue de la médecine. A mon avis, cela n’a pas de sens de dire que c’est un miracle dû à l’action surnaturelle de Dieu, d’un dieu, d’un autre personnage mystérieux, céleste ou vivant dans l’autre monde, ou de l’imposition des mains d’une personne ou d’une opération magique. Par définition, cela appartient à la métaphysique, que la science ne peut examiner, par définition. La science ne peut ni dire que c’est vrai ni dire que c’est faux. Cela dit, une personne ou une église a le droit d’y croire. Mais si elle dit que la science a un tant soit peu affirmé que c’est un miracle divin, cela est de la supercherie.

Bien amicalement

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie

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2 réponses

  1. Pascale dit :

    Personnellement, je suis atteinte depuis douze ans d’une maladie neurodégénérative qui n’a cessé d’évoluer durant toutes ces années et qui me contraint actuellement à utiliser un fauteuil roulant pour mes déplacements. J’évoluais alors dans un milieu où la seule réponse à mes questions ou à mes plaintes était l’assurance de la guérison avec suffisamment de foi et de prières. Au bout d’un moment on se lasse et les pensées les plus négatives vous traversent l’esprit. Je suis passée ensuite par plusieurs années de souffrance et de sécheresse spirituelle durant lesquelles j’étais totalement incapable de prier, voire même de simplement penser à Dieu. Heureusement, mon désir de Dieu a fini par reprendre le dessus et dans mes recherches sur le net, j’ai eu la chance de pouvoir lire vos réponses M. Pernot et de découvrir un tout autre mode de penser Dieu. Cela m’a fait un bien fou et je dirais même, a bouleversé ma vie et ma relation à Dieu. Alors je n’ai plus qu’un mot à dire : MERCI !

    • Marc Pernot dit :

      C’est très très touchant. Surtout de votre part, une personne qui sait combien la vie peut être injuste.
      Dieu vous bénit et vous accompagne.
      Amitiés fraternelles
      Marc

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