Jésus dit qu’il a soif et on lui donne à boire du vinaigre. Et qui est le « disciple que Jésus aimait » ?

Par : pasteur Marc Pernot

un verre de vin à Lauterbrunnen, Suisse - Photo by Daniel Vogel on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc !

Je sais bien que vous n’êtes pas diplômé d’histoire, mais je me dis que vu vos connaissances étendues vous sauriez peut être me répondre ?
je suis rendu dans Jean au moment de la crucifixion… Jésus dit qu’il a soif et on lui tend une éponge imbibée de vinaigre sur un roseau et il expire…
Ma question est : s’agissait t-il d’une humiliation, torture supplémentaire de lui faire boire du vinaigre ou bien était ce quelque chose que les gens buvaient à l’époque ?

En effet des souvenirs lointains de cours d’histoire m’apprirent jadis que les romains avaient des goûts plutôt étranges par rapport à nos culinaires d’aujourd’hui mélangeant du miel dans du vin et dans à peu près tout etc…
D’où mon interrogation… Est ce que les gens buvaient du vinaigre quand ils avaient soif ?
Cela ne change rien à ma compréhension du texte mais c’est juste pour savoir…

2 question : Plus on approche de la crucifixion et surtout dans Jean il est question d’un disciple que Jésus aimait… J’ai cru au début qu’il s’agissait de Marie de Magdala, mais cela ne peut pas être elle si on considère que se rendant au tombeau et le trouvant vide elle s’en fut trouver le fameux disciple que Jésus aimait et l’informe que le corps a disparu en premier.
Avez vous une idée de qui cela peut-il être ?

Merci par avance mes questions ne sont pas urgentes aussi prenez tout votre temps je ne suis pas pressée… L’année prochaine m’ira très bien !

Bonne fêtes de fin d’année

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

C’est tout à fait excellent de lire les récits de la Passion et de Pâques à l’approche de Noël. Le lien est fait dès les premières pages de l’Evangile quand Luc présente Marie commence à percevoir que la trajectoire de son fils va être à la fois extraordinaire (ce que tout parent aimant rêve pour son enfant), et aussi terrible (ce que tout parent craint pour son enfant). Sauf qu’effectivement, son fils aura une trajectoire particulièrement marquante. Ce lien est donc riche, en le mettant en place, Luc propose une interprétation intéressante mettant en relief le salut de Dieu donné dans la faiblesse, l’impuissance et la douceur plus que dans la force.

En ce qui concerne le vinaigre que les soldats donnent à Jésus sur la croix, j’hésite.

  • D’une part, boire du vinaigre était normal à l’époque, on ne boit pas du château Yquem tous les jours, et le vinaigre était la boisson quotidienne des travailleurs. On le voit par exemple dans la belle histoire du livre de Ruth, quand Boaz l’invite à partager le repas des moissonneurs, il est composé de pain et de vinaigre pour se désaltérer.Il y a donc là peut-être un souvenir historique vraisemblable, un jeu cruel aussi puisqu’en désaltérant les crucifiés on prolonge encore leur martyre. En même temps cela fait contraste avec le « titulus » cloué au dessus de la tête de Jésus et qui le désigne comme roi des juifs, effectivement, à ce banquet de noces royales qu’est la croix, il boit la piquette ordinaire des ouvriers.
  • D’autre part, dans un passage qui est aussi crucial (oserais-je dire), chaque mot est compté et pesé, et il n’y a pas de place pour une fioriture, pour un détail. Cela suggère qu’un sens est inscrit dans ce détail. Mais lequel ?
  • Le vin a bien entendu un sens symbolique très riche dans la Bible et dans l’Evangile. La vigne étant une figure de la vie humaine, la vendange et le pressoir une figure du jugement bienveillant de Dieu, gardant le meilleur de chacun, récoltant la moindre goutte de bien dans notre personne pour la vie éternelle, comparée à du vin, du vin le meilleur. Ici, ce qu’on donne au Christ donnant sa vie par amour est du pauvre vin très très humain et basique, du vin tourné, dégradé ? Ce pauvre vinaigre est peut-être la figure de l’humanité pas très en forme ? Jésus, comme dans les noces de Cana donne du vin supérieur, la vie véritable ?
  • Une autre hypothèse serait de dire que Jésus accomplir le Psaume 69:22 « Ils ont mis du fiel dans ma nourriture, quand j’ai soif, ils me font boire du vinaigre. », comme une lamentation du Christ, un sentiment d’échec, un appel au secours du Christ adressé à Dieu ? Une soif de Dieu, du Dieu vivant et non pas du secours des humains, à ce stade ?
  • En tout cas, je pense que c’est à lire en fonction de nos propres détresses, de nos propres soifs viscérales. Et c’est la force du récit que de nous laisser libre cours à notre inspiration en fonction de ce que nous sommes et ce que nous traversons.

 

En ce qui concerne « le disciple que Jésus aimait ».

Là aussi, c’est une énigme. Cet évangile a été attribué à Jean l’apôtre de façon très ancienne. C’est assez sûr.

  • à la fin de l’Evangile selon Jean (21:24) il y a une allusion qui dit que ce « disciple que Jésus aimait est l’auteur de cet évangile, ce serait donc Jean. Seulement, il est plus que vraisemblable que le chapitre 21 entier ait été ajouté à la fin originale de cet évangile selon Jean, qui se terminait en toute vraisemblance sur les versets de Jean 20:30-31 qui sont comme un épilogue donnant la clef de lecture de l’évangile, comme son prologue donnait un extraordinaire résumé.
  • C’est vrai que Jésus avait des personnes qu’il considérait comme des amis proches, ou plutôt pour qui il avait une envie particulière de les aider (car c’est l’amour agapè et non la philia qui est en question quand il est dit que Jésus aimait Marthe, Marie et Lazare). Mais dans cette expression, il n’est pas dit un disciple que jésus aimait mais LE disciple que Jésus aimait comme s’il y en avait un seul. C’est vrai que Marie Madeleine a une importance particulière puisque Jésus en fait l’apôtre des apôtres (Jean 20) et que c’est tellement remarquable et même étonnant dans ce contexte très patriarcal, qu’il est vraisemblable que Marie Madeleine était une des disciples, voire la disciple de Jésus la plus avancée de son vivant (seulement vite remise à sa place à la disparition de Jésus, cela aussi ayant un parfum de vraisemblance assez élevé).
  • Seulement, en général, quand un personnage important du récit est anonyme, c’est une invitation à ce que le lecteur s’identifie à ce personnage, le récit parlant alors de lui au sens premier. Ce « disciple que Jésus aimait » serait donc vous et moi, lecteur et lectrice de ces récits, nous penchant à l’oreille de Jésus, et lui demandant  » qui est-ce ?  » est-ce moi ? » (Jean 13:25, Marc 14:19). De la même façon, quand Luc écrit son évangile en le dédicaçant à un excellent « théophile », c’est à tout « ami de Dieu » que cet évangile est dédicacé, c’est un appel à se placer dans cette bonne disposition. Jean dit à mon avis mieux l’évangile en nous appelant ainsi « celui que Jésus aimait », aimait sans raison particulière, aimait de grâce pure, ce qui fonde pour nous une confiance puisque même s’il nous arrivait de ne plus aimer Dieu nous serions encore son bien aimé. Et même LE bien aimé comme si nous étions l’unique. Cela aussi est important. Cela dit notre sanctification par Dieu : il n’aime pas seulement l’humanité comme une masse; il aime chaque personne comme si l’humanité entière dépendait de noter salut personnel, comme si nous étions personnellement la lumière du monde. C’est ce que dit la parabole de la brebis, de l’unique brebis perdue pour laquelle le berger est prêt à abandonner toutes les autres. C’est pour cela que nous sommes saint, ce n’est pas en étant meilleur que les autres (ce n’est pas la question pour un père ou une mère qui aime ses enfants), mais c’ets parce que nous sommes connu, reconnu et aimé en particulier par Dieu, et donc par Christ.

Bonne lecture de la Bible, avec plein de questionnements féconds, bien sûr. C’est fait pour.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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