Photo en noir et blanc de deux jeunes prêtres en train de fumer - Photo de Vitaliy Shevchenko sur https://unsplash.com/fr/photos/un-couple-dhommes-YgI6GCtUKA8
Question

Trouver sa place et vivre sa foi en dehors de l’institution : le Christ au-delà de l’Église.

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Le cheminement vers Dieu se heurte parfois à la rigidité des institutions religieuses. Entre quête de liberté intérieure et dogmatisme, cette réflexion explore la possibilité d’une relation personnelle et authentique au Christ, même lorsque l’Église ne semble plus offrir l’espace nécessaire à l’épanouissement des singularités.


Le témoignage d’une foi blessée par l’intolérance

Question posée :

Bonjour, Je suis catholique par mon baptême et je suis venue tardivement à l’église, alors que je me sentais bien, avec les traditions de sagesse d’Asie. Je voulais approfondir ma foi chrétienne, je me suis tournée vers l’Église catholique. Une paroisse, puis une autre paroisse, puis une autre paroisse. J’ai, pour résumer, rencontré beaucoup de violence, qui passait par des propos d’intolérance, de discriminations, de culpabilisation, d’infantilisation, dans les homélies, dans les partages d’Évangile, dans mes échanges avec le prêtre ou les paroissiens.

Des prêtres qui ont recours aux pratiques vexatoires, humiliantes, en public parfois. J’ai rencontré une Église très fermée, intolérante au possible, qui n’accueille pas la différence, qui me semble vouloir niveler par le bas les personnes, toutes à l’identique, sans respect des singularités. Je me suis beaucoup remise en question, pour avoir « le droit » de rejoindre cette église, jusqu’à nier mon mal-être. Et finir très mal et isolée.

Quelques belles personnes m’ont aidée, mais elles restent sous l’autorité du prêtre, ont cherché à me montrer que je n’étais pas dans le bon chemin, celui du Christ de l’Église, vu par le prêtre. Christ est-il aussi pour ceux qui ne trouvent pas leur place dans l’Église catholique ? L’intolérance vécue est-elle de mon fait ? Est-ce que je suis la seule à souffrir de ne pas trouver ma place ? A-t-on le droit de vivre sa foi, sa relation au Christ, sans accepter ce qui nous semble opposé à la Parole du Christ ? J’ai beaucoup perdu de ma joie, et perdu toute ma confiance, à chercher à m’adapter à ce qui ne me correspondait pas, à m’imposer des idées qui n’étaient pas miennes, à obéir au prêtre, pour devenir une bonne chrétienne. Et finir, isolée, considérée comme non capable d’accueillir Christ dans ma vie. Merci.

Réponse du pasteur : Distinguer le Christ de l’institution

Chère Madame,

Je suis admiratif de votre foi vivante, qui ne s’arrête pas aux obstacles hélas rencontrés dans l’Église.

L’autoritarisme, le dogmatisme et le moralisme

Et je suis profondément désolé que vous ayez rencontré du dogmatisme, du jugement, de l’autoritarisme dans l’Église. Cela peut se trouver hélas dans l’Église catholique, encore plus dans certaines églises évangéliques, et cela peut arriver aussi dans certaines paroisses protestantes, hélas. Cela peut se trouver aussi dans des partis politiques, des syndicats, des cercles philosophiques… C’est aussi un peu un travers de notre époque qui se durcit, se crispe, exclut… Mais je suis bien du même avis que vous, cela ne devrait pas exister dans la religion chrétienne.

Quand on demande à Jésus quel est l’essentiel, il dit : se placer à l’écoute de Dieu et aimer. Il ne dit pas de se mettre à l’écoute des doctrines et des préceptes de l’Église. Pas même de se soumettre à ce qu’il dit, lui, Jésus. Se placer personnellement, intimement à l’écoute de Dieu, dans l’intimité de notre chambre, porte fermée, et aimer. Aimer Dieu avec son cœur, son âme, ses forces et avec intelligence, avec son propre discernement personnel, ajoute Jésus.

Quel dommage que les travers de l’Église aient diminué votre joie, votre confiance. Cela devrait absolument être l’inverse. Bien sûr. Car Christ relève, soulage, stimule et donne sa joie, nous « vivifie ». Mais bon : l’Église n’est définitivement pas le Christ, aucune église. Mais toute église, au moins, a pour mission de sans cesse nous renvoyer au-delà d’elle-même à Dieu en Christ, qui, par son Esprit, augmente la vitalité de notre être. Le dogmatisme n’a pas de lieu d’être (Christ n’a jamais mis de barrière de croyances, pas même pour un centurion romain qui, donc, rendait un culte à l’empereur de Rome divinisé).

Jésus n’a pas non plus mis de barrières pour les personnes dites « de mauvaise vie » (cela lui est souvent reproché par les intégristes de son époque), il a même donné la communion à Judas, il a accueilli dans sa prière ceux qui le crucifient et continuent sous ses yeux à se moquer de lui et à le dépouiller. Il les accueille tous sans même qu’ils manifestent de repentance.

La responsabilité face à l’intolérance vécue

« L’intolérance vécue est-elle de mon fait ? » demandez-vous ? Bravo de vous poser la question, mais non, ce n’est pas votre faute. Christ est venu pour tous, pas pour tous sauf quelques-uns. Il est vrai que l’Église romaine repose sur un système hiérarchique assez fermement posé. Ensuite, c’est vrai que l’on est plus ou moins sensible positivement ou négativement à cela. Je connais bien des prêtres catholiques qui protègent leurs fidèles avec une attitude pastorale et bienveillante bien plus que dogmatique et moraliste. Leur situation n’est pas facile. Et je pense que vous auriez pu mieux tomber que dans ces paroisses, c’est aussi une question d’évêché, il y a des paroisses et des diocèses plus libres selon les hommes qui ont été en poste.

  • Mais cela peut convenir à certaines personnes qui aiment, ou ont besoin, d’être plus guidées dans leur pensée et dans leur vie.
  • Je pense qu’il est plus sûr de considérer que nous sommes en sécurité par le fait que Dieu nous aime et nous garde sans condition, et d’attendre de l’Église qu’elle nous laisse toute liberté spirituelle et même qu’elle nourrisse notre libération, notre émancipation dans la foi et dans la pensée.

Chacun son style. Il me semble que cette seconde sensibilité est plutôt la vôtre. Ce n’est en aucun cas un problème, c’est seulement un peu plus exigeant, car il faut prendre la peine d’élaborer soi-même ce que l’on pense, le travailler, le faire évoluer. Ce que vous faites : bravo. Évidemment, cela peut sembler étrange et hors des clous à ceux qui placent leur sécurité dans un système. Mais cela ne dit pas que votre façon d’être serait mauvaise, au contraire.

Comment vivre sa foi de façon plus libre ?

  1. Vous pouvez chercher par vous-même en étudiant ce que vous trouvez d’intéressant, dans les Évangiles, sur internet et dans les livres, et dans la prière, en particulier de louange, bien entendu. C’est une bonne source pour entendre des points de vue qui ne sont pas les nôtres : cela nourrit notre questionnement théologique, sans obligation d’être du même avis, bien entendu.
  2. Néanmoins les églises humaines sont utiles : cela nous rappelle que c’est ensemble que nous formons le corps du Christ. C’est assez essentiel, à mon avis, en complément du premier. Ce n’est évidemment pas toujours facile car l’humain est une personne complexe. Les églises réunissent des personnes formidables et des personnes plus souffrantes. Chaque paroisse a son histoire, sa sensibilité humaine, chaque paroisse a bien besoin de progresser, et ses responsables encore plus. Il faut faire le deuil d’une église qui serait parfaite, pleine de gens parfaits. On peut par contre espérer mieux et pour cela s’engager un petit peu.

Tirer le meilleur d’une paroisse sans en souffrir

Comment faire pour tirer le meilleur de ce qu’apporte une paroisse sans nous laisser empoisonner la vie, le moral et la foi ? C’est effectivement un travail à faire. Jésus le compare à un travail de digestion : rien de ce que nous entendons ne devrait nous souiller, dit-il. C’est comme une digestion, ose dire Jésus : on prend, et la digestion garde le meilleur, s’en nourrit, et rejette le reste aux toilettes (ose dire Jésus).

C’est vrai dans les cas où la nourriture que l’on reçoit dans une paroisse donnée n’est quand même pas trop infectée au point de nous rendre directement malade (ce qui est votre cas). Jésus ajoute que ce n’est donc pas ce que nous entendons qui pourrait nous souiller, mais ce qui sort de la bouche de l’homme (Marc 7:15-23). Quand un prêtre ou un pasteur, ou un fidèle, porte une parole de jugement négatif sur une autre personne : il révèle ce qui est dans son propre cœur, c’est probablement lui-même qu’il souille, cela ne dit rien sur vous-même.

Une fois que l’on a bien médité cela, que l’on commence à pratiquer cet exercice de digestion, les injures glissent sur nous comme l’eau sur les plumes d’un canard. Ou à peu près, car c’est vrai que quand il y a une pique ou deux à éliminer ça va, quand c’est 80 % des prêches qui sont blessants cela devient vraiment indigeste. C’est comme cela que bien de mes amis catholiques (et même prêtres catholiques) vivent leur paroisse catholique.

Après, je ne sais pas où vous habitez, peut-être y aurait-il une paroisse protestante sympa, nourrissante théologiquement et spirituellement, et respectueuse des individus. Je ne pense pas qu’une église « évangélique », « assemblée de Dieu », ou « baptiste » vous conviendrait avec votre soif de liberté, elles sont parfois encore plus dans le jugement que l’église catholique.

Mais si vous ne trouvez pas de paroisse qui vous convienne dans votre région, ce n’est pas si grave, il reste le premier type d’exercice. Et pour « faire corps », vous pourriez faire de temps en temps une retraite de quelques jours dans des monastères trappistes, ils sont excellents et comme il y a le silence, personne n’embête personne ! Vous pouvez aussi vous engager dans une association caritative ?

En tout cas, Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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11 Commentaires

  1. Jean-Pierre dit :

    Personnellement j’ai été élevé dans la foi chrétienne catholique mais à 18 ans j’ai compris que le monde ze Oui-oui était une utopie… Je me suis alors tourné vers ce que le dictait mon instinct et comme je suis un gars de la campagne j’ai compris que je n’étais rien sans la nature… la voie du chamanisme Amérindiens et du Taoïsme me parlait beaucoup plus…
    JE suis un homme et ma condition veut que je vive en société. Cette société je ne la comprend pas toujours et je ne suis pas sûr que vos religions monothéistes puissent apporter des réponses probantes à mes questions… Je suis peux survivre en ce bas monde c’est grâce au miracle de la vie, grâce aux légumes, aux fruits, à la viande, au cuir, au bois, à la pierre que ma fournit la Terre Mère… Je pense que nous pechons tous par orgueil… ce n’est pas Nôtre vie qui est éternelle mais c’est la (Vie) en valeur absolue qui est éternelle… Nous ne sommes, pauvres humains, que des maillons de cette magnifique chaîne, et notre mission divine est de transmettre la vie à nos enfants et de les élever pour qu’ a leur tour ils puissent la transmettre dans les meilleurs conditions…
    Notre propre bien-être est indifférent aux yeux du divin… Il appartient à chacun de nous d’être en paix et en adéquation avec sa conscience…
    Ceci n’est que ma réflexion personnelle… mais j’avais envie de la partager avec vous…
    Pour moi les deux valeurs essentielles de l’être humain sont le respect et la tolérance… le reste n’est que fantasme…

    1. Marc Pernot dit :

      C’est tout à fait respectable, chacun son chemin. Seulement, pour ceux qui vivent leur foi, ce n’est pas un fantasme. Spirituellement, et pour se poser des questions utiles, éclairer quelque chose. Ils ont le droit aussi.
      Puis, bien sûr pour travailler à notre mesure à la paix. dans le respect, l’acte modeste; et la tolérance.
      Dieu vous bénit et vous accompagne.

  2. Michel dit :

    Chez les protestants évangéliques, c’est 100 fois pire, et leur expansion va jusqu’à mettre en danger la stabilité d’une partie du monde.

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