Je suis triste car mon cousin est mort et je ne lui ai pas assez tendu la main.

Par : pasteur Marc Pernot

Détail du tableau de  vanderWeyden "descente de la croix" -'  by sdalry 
 https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/ http://www.flickr.com/photos/32221697@N03/16774188087

Question d’un visiteur :

Bonsoir,

Je vous écris ce soir parce que mon cousin est mort. Il est mort seul, on ne sait ni quand ni pourquoi pour le moment, nous n’avons appris son décès qu’il y a quelques heures. Il ne donnait plus signe de vie depuis un moment, mais comme ça lui arrive régulièrement nous étions inquiets mais ne pensions pas qu’il n’était plus. La police l’a retrouvé chez lui tout à l’heure, nous en saurons plus dans une semaine.

Je suis triste car je l’aimais, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que je ne lui ai pas assez tendu la main, car c’est confortable de penser que les autres n’ont pas besoin de nous et que nous n’avons pas besoin de leur prouver notre amour inlassable et infatigable. Je crois que Dieu l’a accueilli et je sais qu’il faut s’occuper des vivants, mais ce soir c’est dur. C’est d’autant plus dur qu’on ne sait rien de ses derniers instants, mais je ne sais pas si le savoir nous ferait plaisir. C’est dur parce que c’est mon premier cousin direct qui meurt, qu’il n’avait que 34 ans et que je ne le verrai plus.

Pardonnez-moi ce fouillis, je suis bouleversée, mais j’avais envie de vous envoyer ce mail un peu brouillon, je me disais que cela me ferait du bien.

Merci en tout cas pour l’aide que vous apportez et merci d’avoir lu ce mail.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour chère Madame

Merci pour toute la sincérité et le cœur que vous mettez. Bravo de vous ouvrir et d’exprimer ce que vous avez sur le cœur. C’est parfois le juste moment de le faire, et alors, oui, cela fait du bien. Je pourrais presque m’arrêter là. Car finalement vous avez fait l’essentiel en aimant, en pensant à lui.

Il est normal de ressentir une certaine culpabilité ou certains regrets par rapport à ceux que l’on aime et que nous n’avons plus. Ou que nous avons encore mais avec qui nous pensons n’avoir pas été tout à fait à la hauteur le moment donné. Ce sentiment de regret peut être très utile s’il est une occasion d’avancer dans notre construction. Mais cela peut aussi nous crucifier et nous tirer vers le bas. C’est à vous de sentir ce que cela fait en vous. La culpabilité qui ne fait rien avancer est inutile. Et c’st une bonne chose d’en être délivré. Ou que ce regret guérisse et se transforme en une expérience qui nous a permis d’approfondir le sens de la vie. Ce n’est pas toujours facile,bien sûr. Il faut parfois du temps, un effort de réflexion, une prière pour confier cela à Dieu. Et finalement c’est plus une grâce qu’une performance de passer ainsi de l’autre côté. Le fait d’exprimer est déjà un bon signe dans ce cheminement.

Pour ce qui est de votre cousin. Vous savez combien il est difficile de faire le bonheur des gens malgré eux. Certes, comme vous le dites, il est bon de tendre la main à ceux qui nous sont confiés, mais toute la difficulté est de savoir jusqu’où il faut aller dans cette démarche. Parfois nous ne prenons pas assez les devants pour aider quelqu’un, d’autre fois nous en faisons trop ce qui n’est pas bon non plus, si on prend trop en charge quelqu’un on le transforme parfois un peu en un objet que l’on attrape sans tenir compte de son avis, de ses refus… Ce qui fait que, sans l’avoir voulu, on ne fait pas trop de bien non plus à l’autre.

Comment faire ? Saint Augustin proposait cette ligne directrice qui est à juste titre bien célèbre : « Aime et fais ce que tu veux ». A mon avis, c’est la clef, et on ne peut pas dire mieux, comme règle pour essayer un peu à tâtons d’aider ceux que nous avons à cœur d’aider. J’ai bien l’impression que vous aimiez vraiment votre cousin, vous avez du faire à peu près ce qu’il faut, avec un juste degré d’ingérence & de respect, vous avez certainement su manifester cet amour fraternel, et il savait donc probablement très bien que vous lui portiez une véritable affection, un respect.

Finalement l’essentiel est là. Pour le reste oui, évidemment, nous ne sommes pas toujours parfait, et nous ratons des occasions.

Merci encore de vivre ainsi, avec un tel respect pour cette personne. Et une pensée pour lui.

A mon avis, il sait maintenant à quel point vous l’aimiez,

Avec mes amitiés fraternelles.

pasteur Marc Pernot

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *