Une petit lieu de prière perdu en montagne (Santa Maria in Siaris, Trieste, Italie) - Photo de Medena Rosa sur https://unsplash.com/fr/photos/photo-aerienne-du-chateau-au-milieu-de-la-montagne-n9GaujqjAvI
Prière

Prière personnelle et rituels : quel sens pour la foi entre protestantisme et catholicisme ?

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Une réflexion profonde sur la place des rites comme le chapelet ou la liturgie des heures face à l’intimité de la prière personnelle. Ce dialogue explore comment les formes de dévotion peuvent servir de pédagogie pour l’esprit sans devenir une obligation divine, privilégiant le cœur à cœur avec l’indicible.


Une quête de spiritualité entre deux traditions chrétiennes

Question posée :

Bonjour M. Pernot, Voilà, je suis protestante dans ma théologie personnelle, ma formation biblique, ma culture, ma famille, mon église. Pourtant il y a beaucoup d’aspects du catholicisme que je pratique aussi, la contemplation, le silence, l’ascèse, l’autodiscipline (non je ne me fouette pas !!! Je parle de régularité et de persévérance, entre autres).

Je peine à comprendre certains aspects très importants du catholicisme. Un certain nombre de gestes. La récitation litanique du chapelet que l’on dédicace à telle cause ou personne ou groupe de personnes, la récitation d’Ave Maria, la prière du cœur, les mystères du rosaire, ou encore la récitation des heures canoniques pour les moines ou les moniales. Est-ce que la prière des psaumes et les prières liturgiques du jour sont une exigence divine ? Dieu a-t-il besoin de ces formes de prière ? Quelle est la théologie qui sous-tend ces pratiques ?

L’expression d’une foi personnelle et incarnée

Les catholiques témoignent recevoir de nombreuses grâces (lesquelles ?). Je ne cherche nullement à en recevoir davantage que celles que le Ciel veut bien m’accorder. En tant que protestante, ma priorité va à une prière personnelle toute personnelle en cœur à cœur avec le Divin sous ses trois formes (trinité). Je prie souvent dans mon lit, en balade et n’adopte pas de postures spécifiques, c’est plus l’ensemble de qui je suis qui prie.

Il m’arrive de pratiquer l’assise, mais l’âge venant mes genoux crient misère… Donc je reste sur une chaise, car j’ai quand même besoin, à l’image des stalles, de « miséricorde », ces demi-lunes posées sur les stalles afin de soulager un peu la position debout. Ces questions m’habitent et résonnent au fil de mes réflexions depuis quelques mois, alors merci de votre bienveillante attention. Bien à vous.


La réponse du pasteur : la liberté des exercices spirituels

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir. Bravo pour votre ouverture d’esprit, et en même temps votre recherche délibérée de perfectionner votre foi chrétienne dans ses multiples dimensions. C’est très favorable. Et je pense que c’est à cela que nous appelle Jésus, pas à une religiosité étroite.

C’est ce que l’on voit en de multiples passages des évangiles, mais particulièrement dans Matthieu 6, où Jésus nous invite à composer nos propres exercices spirituels d’une façon intime et authentique. À nous de trouver donc la position, les formes, le ou les lieux, les rythmes qui nous correspondent. Donc bravo à vous.

D’abord, ces pratiques du chapelet, des litanies et de la liturgie des heures ne sont absolument pas une obligation divine. Dieu n’est d’ailleurs pas du genre à nous imposer des choses à ce niveau, dirais-je, mais il nous invite à entrer dans une relation la plus sincère, confiante, authentique possible avec lui.

La pédagogie des rites : un moyen, pas une fin

Ensuite, c’est vrai que pour éduquer un enfant il faut user de pédagogie, chaque église a peu à peu élaboré une certaine pédagogie afin de la proposer à ses fidèles. Chacun son style, son fonctionnement. Mais à mon avis il n’est pas bon de se sentir obligé de suivre obligatoirement ce qui est proposé, car il n’est pas bon de ne pas confondre les moyens et les buts.

C’est ainsi que ces récitations de textes, ces litanies, se placent : si cela fait du bien aux personnes qui les font, tant mieux. Il me semble quand même important d’examiner l’état d’esprit dans lequel ces exercices sont pratiqués :

  • Si c’est dans l’idée de convaincre Dieu de la bénir, de faire fléchir sa volonté : il me semble que c’est négatif pour sa foi et pour sa vie. Cela les place dans l’idée d’un Dieu dont les faveurs devraient être achetées par des « pots-de-vin ».
  • Mais pour bien des personnes, ces exercices comme le chapelet sont une façon de se concentrer l’esprit pour se placer devant Dieu. Ce n’est alors pas pour changer Dieu mais pour s’ouvrir soi-même à la source du meilleur.

Le « cœur à cœur » comme fondement de la prière

Donc mille fois oui : l’essentiel est la prière personnelle cœur à cœur avec l’indicible, « le père qui est là, dans le secret », comme le dit Jésus. Et je pense que pas mal de catholiques diraient cela aussi.

Concernant les moines pratiquant la liturgie des heures : leur vie est tout à fait héroïque. Le témoignage de ces personnes qui se concentrent sur cette vie est impressionnant. Bien entendu, ce n’est absolument pas un modèle de vie chrétienne imposé, c’est une vocation tout à fait particulière.

Personnellement cela me fait grand bien de faire une retraite dans des monastères, dans le silence, les offices et la nature. C’est là que l’on voit que le « travail » de ces moines a une puissance d’inspiration. C’est ainsi que la liturgie des heures a été de nombreuses fois pour moi une bénédiction. Merci encore pour votre témoignage, qui me touche profondément. Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

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