Je prie en silence dans mon for intérieur. On me dit que cela a beaucoup moins de valeur qu’à haute voix ?

Par : pasteur Marc Pernot

illustration : jeune fille dans un parc -  Image: 'girl'  by Alp Erturul 
 https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ http://www.flickr.com/photos/74952661@N07/13276630054

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je suis chrétienne depuis 2006. Mais j’ai beaucoup de mal à prier haut et fort, de proclamer de ma bouche, ce qui est l’habitude dans mon église. Je prie en silence dans mon for intérieur. Et l’on me dit que cela a beaucoup moins de valeur. Est-ce vrai ?

J’ai beaucoup de mal en ce moment surtout à avoir une relation vraie avec mon Seigneur et Mon Dieu. Je me culpabilise toujours de ne pas faire ci ou cela ou de faire toujours ce qui ne faut pas.

Aidez moi à comprendre comment prier vraiment et à méditer. Et l’heure est elle importante ? En ce » moment c’est plutôt l’après midi ou le soir. Je ne travaille pas et je recherche trop du travail

Merci de votre encouragement

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Madame

Ne vous laissez pas impressionner par des chrétiens qui veulent imposer leur propre sensibilité & leur propre théologie comme si c’était la norme de toutes les façons de vivre sa foi, comme si leur théologie était la Vérité avec un grand V sur Dieu, le Christ, la prière…

S’il y avait une norme en ce qui concerne la prière, ce serait ce qu’en dit Jésus-Christ lui-même, non ? Or que dit Jésus quand il apprend ses disciples à prier ?

« Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret… » (Matthieu 6:5-7)

Et Jésus lui-même priait plutôt seul. Il lui arrive, en quelques rares exceptions, de prier à haute voix : comme pour la réanimation de Lazare (Jean 11) mais il explique qu’il prie ainsi de façon pédagogique. Une autre fois, les disciples ont surpris un mot de prière à Gethsémanée mais il s’était éloigné quelque peu du groupe afin de prier en privé, et la majorité de sa prière a dû leur échapper… Bref, si l’on cherche à suivre Jésus et ce qu’il dit dans les évangiles, la vraie prière est celle que vous dites, une prière secrète, intime, dans notre fort intérieur et pas à haute voix. Jésus déconseille formellement de prier devant les autres. Sauf pour des prières « pédagogiques », pour apprendre à prier, je pense que c’est ce que nous faisons lors du culte. Il peut arriver aussi que dans un cas de besoin une prière nous échappe devant les autres comme Jésus à Gethsémanée, c’est alors bien entendu une bonne chose. Mais d’une façon régulière, quotidienne, Jésus prie et recommande de prier dans son fort intérieur, dans son intimité.

Mais on voit que Jésus, s’il est franchement favorable à la prière solitaire et intime, n’est pas non plus un intégriste à interdire de faire parfois autrement. C’est donc ce que nous voyons lors de sa vie, et c’est pourquoi, il me semble, que dans les premières communautés chrétiennes les hommes et les femmes se sont sentis libres d’avoir des temps de prière en groupe (c’est vrai que les apôtres de Jésus étaient souvent très en décalage par rapport à Jésus, comme on le voit dans les évangiles). Mais notre modèle est Jésus-Christ, ce n’est pas ce qu’en ont fait ensuite les églises fondées par les différents apôtres. Ils tâtonnaient dans leur recherche et ce n’était pas facile tant ce que propose Jésus est nouveau pour eux.

Mais, à mon avis, les personnes qui vous ont critiquée n’ont pas raison de dire que la prière en groupe a plus de valeur. Au vu des paroles et des actes de Jésus ce serait plutôt l’inverse. Je dirais que si quelqu’un choisit d’avoir des temps de prières avec d’autres il faut au moins que ce soit en vue de nourrir sa prière intime et secrète qui reste la prière essentielle, seul à seul avec son Dieu. Cette prière personnelle, intime est ensuite libre, elle peut être vraiment sincère puisque notre silence n’est pas jugés par les autres, nos paroles non plus, chaque silence et chaque parole peut être vraiment avec Dieu, pour Dieu. Mais de toute façon, le but de la prière n »st pas de gagner des bons points auprès de Dieu, ni d’acheter ses faveurs ! L’amour vrai ne s’achète pas, il s’offre sans condition et c’est ainsi que Dieu nous aime. Un peu de prière, telle ou telle façon de prier, ou pas de prière du tout : cela ne change pas d’un gramme la quantité d’amour et d’estime que Dieu a pour nous. Pourquoi prier ? pour la joie que cela nosu donne d’aller rencontrer quelqu’un que l’on aime. Par gratitude. Parce que cela nous fait du bien. Pour faire plaisir à Dieu. Pour faire de la place en nous et dans ce monde pour son souffle de vie…

J’ai mis sur le site des conseils pour aider ceux qui le désireraient, mais c’est plus pour encourager chacun, car il n’y a pas de normes, et chaque instant est nouveau, chaque personne est elle-même. Cette prière peut commencer par une louange, pour se placer devant Dieu, comme Jésus le suggère dans le « Notre Père », on peut ensuite s’ouvrir aux promesse de Dieu pour nous aujourd’hui, comme le suggère la 2e partie du Notre Père. Et ce faisant, on peut penser à ses manques et à ses échecs, à ses joies et ses peines, ses projets, ses espérances, à ceux que nous rencontrons et aimons ou avons du mal à aimer… c’est ce à quoi cette prière nous invite. Mais comme vous le dites il peut y avoir des temps de silence, simplement devant Dieu. Et plutôt pas de demandes de choses matérielles comme Jésus nous l’indique… mais bon, même si cela nous échappe, Dieu comprend… Surtout devant de grosses difficultés comme le chômage.

Bien entendu, cette prière n’est pas nécessairement à heure fixe, ni jour fixe, ni quantités fixes… Jésus n’est pas de ce genre là. Il dit simplement de prier, de le faire dans une relation secrète et sincère avec son Dieu, et de veiller dans la prière c’est à dire de le faire régulièrement, patiemment, fréquemment, mais chacun à son rythme, son lieu, sa façon.

Vos amis ont surtout tort de culpabiliser les gens, en voulant imposer leur façon de faire. On a le droit d’avoir sa lecture, sa façon de faire… mais il y a, à mon avis, un problème existentiel et spirituel quand on pense que sa propre lecture serait la seule possible, la seule bonne, la seule et unique façon d’être fidèle à Dieu. Car en faisant cela on prend la place de Dieu lui-même.

Bien entendu, nous avons du mal à mettre notre propre vie en ordre, et si vous constatez un écart entre les valeurs de l’évangile et votre vie c’est déjà bien, fort bien. Cet écart ne doit vraiment pas vous culpabiliser, mais nous prépare à y travailler avec l’aide de Dieu, essayant de faire avancer les choses comme nous le pouvons et de compter sur Dieu pour le reste et encore plus. Mais oui, c’est lent. Jésus compare souvent la venue du Royaume de Dieu en nous à une plante qui pousse, nous sommes ainsi, nos progrès sont lents mais l’essentiel c’est que ça germe un peu, que ça pousse, et la prière est une façon de laisser Dieu irriguer notre bonne terre.

Ayez simplement confiance en Dieu, veillez et priez comme vous le faites. C’est parfait.

Dieu vous bénit et vous accompagne fidèlement

par : pasteur Marc Pernot

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1 réponse

  1. gabbianelli dit :

    Bonjour,
    Je veux juste citer le début du psaume65:
    Pour toi le silence est louange
    Cordialement
    Louis

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