J’aimerais vraiment m’ouvrir à la foi, mais le fanatisme religieux me paralyse ?

Par : pasteur Marc Pernot

Deux personnes dans une cave sont éclairés d'en haut (illustration) - Image: 'Luz' by Juanedc https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ http://www.flickr.com/photos/39513725@N02/16069481679

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur,

J’ai essayé de me reconnecter à la foi mais par fainéantise ou un manque de foi profond je n’ai pas continué à persévérer. J’en suis toujours au même point. Je n’ai toujours pas été à un culte ni même ouvert la bible qui trône dans ma bibliothèque.

En fait je ne sais pas trop par où commencer j’ai l’impression d’être face à une montagne. En même temps les actes de terrorisme qui frappent un peu partout dans le monde  me touchent profondément et me révoltent. J’ai eu une réelle aversion pour la religion au sens général. La religion rend les hommes fous, les divisent plus qu’elle ne les rassemble. Enfin c’est la pensée que j’ai aujourd’hui mais je pense que c’est un manque profond de connaissance de la religion qui me fait dire ça. Je suis en recherche de quelque chose mais je ne sais pas quoi. Je me dis que si vraiment j’en avais rien à faire, je ne me poserais pas toutes ces questions. Je lis les questions posées sur ce blog. Vos commentaires sont tellement plein de sens, de tolérance que j’y suis sensible. J’ai définitivement compris que les autres religions que le christianisme n’étaient clairement pas pour moi. Je sens que le protestantisme me parle.

Je souhaiterais pour commencer m’inscrire à des rencontre de catéchisme pour adultes. 

Je vais essayer de commencer la lecture de la Bible selon les conseils que vous donnez et puis aller au culte ce dimanche pour voir.

Autre sujet qui me tracasse: J’ai été à Istanbul la semaine dernière et j’ai ressenti une vraie sérénité dans les magnifiques mosquées là-bas. Pourtant je n’arrive pas à comprendre cette religion qui même si il ne faut pas faire d’amalgames rassemble quand même des cinglés. c’est un autre débat mais j’ai du mal à être tolérante et à ne pas faire d’amalgames. Tous les musulmans ne sont pas terroristes mais presque tous les terroristes sont musulmans…. cette phrase résonne en moi et me pose question. Chez les protestants et les catholiques des choses affreuses ont été commises mais c’était au Moyen-Age ! Cette ambiance lourde, ce climat de terreur et ma propre peur me bouffent. J’ai vraiment du mal à comprendre.

J’ai tellement de choses dans la tête que je me sens perdue et un peu en colère.

Bien à vous,

Réponse d’un pasteur :

Chère Madame

Bravo de chercher encore et encore à faire une place à Dieu dans votre existence.

Et bravo de ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » comme on dit, en ne rejetant pas la foi, la recherche de Dieu et du bien, à cause des erreurs des hommes.

Bravo de vous méfier de la religion. En fait, la religion est un bon serviteur mais c’est un maître épouvantable. C’est ce que l’on dit de l’argent, mais c’est aussi vrai de la religion.

Mais en réalité, je ne suis pas certain que le religion soit si dangereuse que l’argent ou le pouvoir, en réalité. Car même quand on fait de la religion un absolu, on ne devient pas fou pour autant, on se coupe juste du Dieu vivant, on devient athée de Dieu pour adorer une idée de Dieu, un Dieu de papier ou de rite, ou de croyances. Les gens qui sont fous au nom de Dieu, sont à mon avis fous tout court et tentent d’ennoblir leur folie en l’habillant de religion. Bien essayé. Ça ne marche pas et au passage ils salissent effectivement le nom de Dieu et la religion qu’ils prétendent servir.

Mais Dieu est infiniment plus grand que la religion. Il est tout à fait d’un autre ordre. Mais c’est vrai qu’il y a un rapport entre la religion et Dieu, la religion est un exercice pour faire place à Dieu dans son existence. Ensuite, c’est à chacun de trouver quelle théologie, quelle religion fait écho à ce que l’on a soi. Puis trouver quelle pratique à quel rythme lui convient, avec une part de recherche personnelle et intime, une part de recherche avec d’autres.

Mais il y a un seul Dieu, même s’il y a de multiples conceptions de Dieu. Il est donc normal que l’élan spirituel des hommes et des femmes de toutes sortes de religions et de cultes aient tous quelque chose de ce souffle divin. Et puis aussi des choses parfois qui froissent notre foi. Merci pour ce témoignage sur ce vous a touché dans telle mosquée de Turquie, dans telle transe, peut-être de derviches tourneurs, telle prière ou telle joie d’un moine d’un monastère perdu quelque part dans une montagne… Il est bon d’y reconnaître ce souffle qui vient d’en haut. Et qui nous rend humble, qui peut nous rendre respectueux de ce qu’il y a de meilleur dans la foi et la religion de l’autre. Et cela n’empêche pas de faire pour soi-même le choix d’une autre religion, d’une autre spiritualité, d’une autre théologie, d’une autre pratique, d’une certaine façon de prier. Et cette ouverture n’oblige pas non plus à tout admirer dans la foi ou dans la pensée de l’autre. Bien entendu. Il y a des horreurs à dénoncer, en commençant par balayer devant notre porte.

J’aime bien votre image de la montagne. C’est beau de se promener en montagne, un petit pas après l’autre, le sentier à chaque fois ouvre sur une perspective élargie, plus élevée. Alors, c’est vrai, cela tire un peu sur les jambes, parfois le sac pèse un peu sur les épaules. Le pas du montagnard est souple et un peu lent, mais va loin. Et les pauses sont permises pour souffler un peu, pour rigoler & bavarder, pour admirer aussi.

Mais cela, c’est la religion, car en fait Dieu par ailleurs descend à nous plus que nous ne montons à lui. Et donc en définitive les choses sont souvent bien plus simples que cela. Et même si l’image de la marche en montagne demeure, nous n’avons pas à atteindre le sommet pour toucher au but, car Dieu est déjà au pied de la montagne, et même si c’est un peu naïf comme expression, déjà il nous ouvre les bras et le cœur, et marche avec nous.

Bienvenue à vous pour le cycle de théologie prochain. A priori il devrait commencer le mardi 8 mars pour 6 semaines consécutives (on a le droit d’en manquer, bien sur). Mais ce sera annoncé en page d’accueil du site. Et oui, il y a plein de ressources pour commencer un peu tout seul à avancer dans la foi, la prière, la réflexion. Il y a aussi des rencontres dans nos paroisses pour nourrir tout cela en présence les uns des autres. A la carte.

Bien amicalement

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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