J’aimerai que vous m’actualisiez les Béatitudes – J’ai du mal à en comprendre le sens.

Par : pasteur Marc Pernot

illustration : un garçon rigolo - Image: '*' by Gwenael Piaser 
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Question d’un visiteur :

Bonjour M. Pernot,
J’aimerai que vous m’actualisiez les Béatitudes – J’ai du mal à en comprendre le sens.
Je vous en remercie par avance.
Veuillez croire à ma considération,

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Bravo de chercher à actualiser la Bible. Et en particulier ce texte qui est essentiel, bien digne d’inspirer une vie.
Ce court texte de l’Evangile selon Matthieu au chapitre 5 est un des plus célèbres de la Bible, à juste titre. Il est très dense, très bien écrit, et introduit l’enseignement donné par le Christ par une sorte de résumé sous forme de poème offrant 7 ou 8 promesses d’être « heureux ». Cela dit déjà le projet de Dieu pour chacune et chacun de nous.
Il est bon, à ce propos de noter de quoi il est question avec ces « heureux ». Cela fait référence au début du Psaume 1er, c’est à dire à l’introduction du livre des 150 Psaumes. Or ce psaume lui-même est essentiel. Voir cette prédiction : https://jecherchedieu.ch/temoignages/predication/predication-l-heureuse-personne-psaume-1-jeremie-17matthieu-5/
Il s’agit donc d’un bonheur dynamique.

« Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! »

  • C’est le résumé de tout l’Evangile. L’annonce du programme entier : être ainsi en mouvement, en vie, et être (au présent) en possession du Royaume de Dieu !!! Christ est venu pour cela, précisément pour apporter cela à toute personne.
  • Comment faire ? Quelle condition ? C’est d’être comme un pauvre, un mendiant qui voudrait avoir plus d’Esprit (l’Esprit de Dieu). A qui peut-il en mendier ? A Dieu seul.
  • Mais en même temps, un pauvre en Esprit : c’est un pauvre mais pas complètement démuni, cela nous annonce que, tel que nous sommes, nous avons déjà un pu d’Esprit Saint. Et souvent nous ne le savions pas assez. Nous pouvons donc partir de ce début d’Esprit Saint qui est en nous (un embryon de capacité à aimer, à espérer, à chercher Dieu) pour demander à Dieu qu’il insuffle plus d’Esprit en nous.
  • Le résultat est d’avoir le Royaume, au présent, maintenant. Le Royaume n’est donc pas un lieu où l’on est. Ce que Jésus annonce n’est pas un ticket d’entrée au paradis pour la vie future, mais avoir le Royaume, comme il le dit ailleurs au dedans de nous, et au miliu de nous : Dieu actif pour vivifier notre être et nos relations, pour les rendre même vivifiants. Maintenant, dès la vie en ce monde. Voilà le salut qui est envisagé, le salut qu’apporte Jésus-Christ en nous donnant confiance en Dieu, en nous encourageant à lui demander la clef de tout : un peu plus d’Esprit-Saint, en plus de l’Esprit-Saint qui nous donne déjà de vivre.
  • La conversion à laquelle nous sommes appelé est donc cela : prier Dieu pour lui demander l’Esprit, le prier de façon ardente comme un mendiant qui a besoin de pain pour manger aujourd’hui, sinon il va mourrir de faim.
  • Et donc, je trouve vraiment impossible de lire cette « béatitude » essentielle comme un simple appel à ne pas être trop matérialiste. Ce serait transformer l’Evangile en une morale simpliste.

« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! »

  • Là c’est effectivement au futur, pour une parfaite consolation. Mais ce n’est pas au subjonctif ce qui supposerait un doute sur l’issue, ou des conditions pour que cela marche. Cela ne veut pas dire, néanmoins que la consolation ne serait pas déjà à l’œuvre maintenant et qu’il faudrait attendre la vie future (voir ci-dessus). Mais l’Esprit y travaille en nous, soignant, guérissant, pacifiant, améliorant, nourrissant le meilleur et réduisant ce qui fait souffrir. Le mot « consolé » est ici de la même racine que le « paraclet » (le consolateur) : l’Esprit Saint selon Jean 14:15-18

« Heureux les doux, car ils hériteront la terre ! »

  • Voir la façon dont le Christ lui-même est doux ! C’est du respect, de l’admiration pour le meilleur de la personne, mais aussi parfois une indignation quand il y a un problème de justice.

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés! »

  • Ressentir le manque de justice comme une faim, une soif. C’est donc une qualité de notre être : si nous ressentons de la froideur et de l’indifférence : nous avons besoin que Dieu nous guérisse le cœur par son Esprit.
  • Au lieu de persécuter les autres pour imposer la justice, être au contraire prêt à se donner pour cela (voir la suite)

« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ! »

  • La miséricorde est en hébreu une tendresse maternelle : sans aucun chantage, ni donnant-donnant : c’est ainsi que Dieu fait avec nous (cela s’appelle la grâce). Etre en forme, au sens du Christ, c’est avoir cette mentalité et ce cœur fonctionnant sous cette logique de la grâce. On est comme ça avec les autres, et on est dans cette confiance vis à vis de Dieu (ce qui est un belle ouverture à son action en nous). Par contre si l’on est dans une logique du marchandage avec les autres, on risque d’être aussi dans cette mentalité avec Dieu et c’est un obstacle. Les deux miséricordes sont donc liées mais bien entendu, ce n’est pas une question de chantage de la part de Dieu ! Comme si la mesure de son amour était l’amour que nous avons ? Une mère n’est pas comme ça avec son bébé. Dieu non plus (sa miséricorde est sans limite).
  • C’est encore une qualité d’être et non un comportement. A mon avis, cela se « travaille » par la théologie mais aussi par la prière en méditant l’amour de Dieu, chassant toute crainte (comme le dit Jean)

« Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! »

  • Le cœur est dans la Bible le lieu de la décision intime, pas (seulement) le lieu des sentiments.
  • Il est bon de l’unifier : nos instincts animaux, notre psychologie, nos désirs, notre idéal, nos rêves… C’est encore un des fruits de l’Esprit en nous.
  • Cela procure la paix, cela dessine l’image de Dieu en nous (car c’est ainsi qu’il aime le monde et qu’il nous aime, comme un être entier)
  • Cela n’est pas une réduction des désirs ou un mépris de la chair, au contraire : mais nos désirs et notre chair sont comme domestiqués, orientés vers le bien.

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés enfant de Dieu ! »

  • Là encore, c’est une qualité d’être qui est visée, donc un travail de genèse en nous, une évolution que peut réaliser l’Esprit Saint (souffle de création de Dieu).
  • La paix, dans le contexte de la Bible : c’est l’aboutissement du projet de construction. Ce n’est donc pas une simple absence de dispute, c’est un aboutissement. Construction de notre être dans ses différentes dimensions, construction de belles relations avec les autres et avec le monde, contruction d’une belle relation avec Dieu où chacun a sa juste place.
  • Et oui, cela se construit « à la main », au cas par cas, comme le fait un artisan aimant son travail.

« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! …
on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. »

  • Le résultat du n°1 se retrouve, cela montre que cela forme un ensemble et que nous avons là une autre promesse majeure.
  • Cela annonce que nous sommes prophète ou prophétesse, ce qui est logique, puis qu’un, prophète est animé par l’Esprit. Jésus n’est pas seulement le prophète ultime, il est celui qui libère l’Esprit de prophétie de sorte que toute personne lui faisant confiance en demandant à Dieu son Esprit est, à sa mesure et à sa place, prophète.
  • Effectivement, cela n’est pas toujours un job facile, car on n’est plus un petit mouton qui suit la foule, qui se plie docilement à ce que son église, son parti, sa famille lui dit de penser et de faire.
  • Cela montre aussi que la foi n’est pas une superstition annonçant de la chance pour ceux qui font bien ce qu’il faut. C’est vrai que c’est plus compliqué de faire preuve de compassion, de créativité, de recherche de justice… que de vivre sans valeurs en profitant au maximum pour soi-même. C’est plus compliqué de vivre par la foi, mais c’est une vie infiniment plus vivante et vraie, une vie bienfaisante.
Mais c’est à chacun de dire ce que lui inspire ces béatitudes, qui forment une formidable introduction à l’Evangile. Si vous pouviez dire ce que cela vous inspire à vous en commentaire ci dessous, ce serait un enrichissement pour d’autres ?
C’est même à chacun en particulier à chaque journée particulière de sa vie de méditer et de vivre cela ? C’est en tout cas ce que proposent de faire certains chrétiens comme les Veilleurs, créés par Théodore Monod avec son père Wilfred. Ces personnes prient les béatitudes chaque jour à midi.
Que Dieu vous donne chaque joue un souffle de son Esprit.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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