08 avril 2024

Un jeune homme téléphonant, debout, tournant le dos à la porte fermée d
Foi

J’aimerais juste comprendre pourquoi je n’arrive pas à croire.

Question posée :

Bonjour Monsieur,

Je me sens un peu ridicule, je ne sais même pas comment vous appeler alors je vous prie de bien vouloir m’excuser si je commets des erreurs. Je me pose en effet pleins de questions au sujet de la religion.

Hier, je me suis rendu à une messe catholique pour le baptême de mon frère qui était catéchumène. J’ai aimé la sensation de communauté mais je ne me suis pas senti aussi concerné que les croyants. Je viens vers vous car dans ma jeunesse, je me suis senti très proche de la religion protestante que je trouvais bien plus ouverte que la religion catholique. Mais je me suis vite rendu compte que je n’avais pas la foi. Je viens d’une famille non religieuse.

Cette question, on a du vous la poser des milliers de fois mais pourquoi certains croient en dieu et d’autre non?

Ce que je vais dire, je ne souhaite pas que vous le preniez comme une insulte mais simplement comme le témoignage des sentiments que j’éprouve. En effet, hier, une croyante a lu un passage de la Genèse mais je n’ai pu y croire, il reste gravé dans mon esprit l’origine des espèces de Darwin. Je fais des études de Droit et d’histoire et étant passionné d’histoire depuis mon enfance, je regarde toujours la religion avec l’esprit critique des abus commis par les croyants.

Je ne sais même pas pourquoi j’en suis venu à vous écrire monsieur, je me sens un peu ridicule et confus de vous faire perdre votre temps à me lire mais j’aimerai juste comprendre pourquoi je n’arrive pas à croire.

Je vous prie d’agréer Monsieur, l’expression de mes sincères salutations.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir François,

Ce poser des questions n’est jamais ridicule. Ce serait plutôt de ne pas s’en poser qui serait bien désolant.

Donc bravo à vous.

La Genèse ou Darwin ?

La plupart des théologiens catholiques et protestants pensent que le récit de création de la Genèse est à interpréter comme un mythe, et non comme un livre de science. Il n’y a que des chrétiens fondamentalistes, qui ont choisi d’adopter (et d’imposer à leurs fidèles) une lecture littérale de ce passage de la Bible, et qui rejettent alors l’évolution. Ces chrétiens fondamentalistes sont surtout inspirés des courants « évangéliques » américains, ils rejoignent dans ce type d’interprétation les musulmans fondamentalistes, rejetant également l’évolution.

Ce récit de création a été écrit vers le Ve siècle avant Jésus-Christ, il s’inspire en particulier d’un texte plus ancien de mille ans, tirés de l’épopée de Gilgamesh en les transformant pour évoquer leur foi en un Dieu unique. Ces textes ne sont donc pas écrits par Dieu avec son doigt, ni soufflé par un ange à l’oreille d’un scribe. La Bible est une sélection de témoignages d’hommes et de femmes parlant de leur expérience de Dieu. La vérité de ces textes est à chercher là, dans l’expérience spirituelle et humaine de ces témoins. Il s’y dit quelque chose sur Dieu, mais ce sont des témoignages subjectifs, vécus et exprimés dans un contexte. Pour les comprendre, il faut les interpréter, saisir que le contexte évolue, et donc qu’une réponse à un moment n’est pas nécessairement la bonne à un autre moment.

Ces témoignages sont extraordinairement nourrissants pour la foi et la réflexion. C’est cette efficacité de ces textes pour nourrir la réflexion, la foi et la prière des humains qui ont fait qu’ils ont été retenus dans ce « best of » qu’est la Bible. A cette richesse s’ajoute les millénaires de débats, d’interprétation, d’inspiration spirituelle, humanitaire, artistique qu’ils ont suscités pour des milliards de personnes autour de la planète. Bref, c’est aujourd’hui des textes qui appartiennent au patrimoine de l’humanité mais qu’il ne faut pas trop sacraliser, ni prendre pour un livre de science, ni comme un livre d’histoire au sens où d’un reportage contemporain.

Avoir foi, sans confondre Dieu et l’église, et ses membres imparfaits

Ensuite, c’est vrai que les croyants lisant la Bible n’ont pas été parfaits, et que même, malheureusement des crimes épouvantables ont été commis au nom de Dieu, et soutenus par une argumentation biblique. Même si les plus grands massacres du XXe siècle ont été commis par des idéologies athées, c’est encore pire quand un conflit ou un massacre est fait au nom de Dieu. Cela ne devrait pas être possible, c’est incohérent car par définition, Dieu est source de vie et non de mort, source d’union, d’alliances, d’associations, d’amour, de réconciliation… et non de haine et de meurtre. Normalement.

Mais quand on a en tête de massacrer son voisin, par exemple pour lui prendre ses ressources, ce n’est pas joli joli comme projet. Tout le monde le sait bien, normalement, même si l’on n’est pas croyant. Donc, on n’est pas trop fier, mais cela va déjà bien mieux si l’on arrive à dire que c’est pour une grande cause, pour la patrie, ou pour la justice, par exemple. Si l’on peut dire que c’est au nom de Dieu, c’est idéal comme bon prétexte. La rapine est baptisée en bonne action, en acte de foi.

Il y a aussi des intégristes prêts à massacrer tout ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. C’est malheureux mais cela existe dans tous les courants de pensée, dans la politique aussi, dans la religion, dans les luttes de pouvoir à l’intérieur des entreprises, dans les couples et les quartiers… Ce n’est plus une question de religion (s’il y a un seul Dieu, il est le Dieu de tous et de chacun, il ne veut la mort d’aucun de ses enfants), mais c’est une question de psychologie élémentaire, c’est un peu le syndrome de la meute de loups, une lutte pour être le mâle dominant.

Pourquoi n’arrivez-vous pas à croire ?

Je ne sais pas ce que vous entendez par « croire ». Tout dépend de votre définition de la foi.

Ce n’est pas forcément être bouleversé de la présence de Dieu auprès de soi. Il y a des personnes qui vivent cette expérience, d’autres chrétiens non. Ce n’est pas obligatoire, ça peut être une dimension de la foi, mais la la foi ce n’est pas d’abord cela.

La foi ce n’est pas forcément penser qu’il existe quelque chose ou quelqu’un qui n’appartient pas à l’univers matériel mais qui agit sur cet univers. On a le droit de penser que c’est vrai, personnellement je pense que c’est plausible, que c’est plus vraisemblable que de penser que le chaos s’est organisé tout seul pour faire des êtres capables de penser, d’aimer et d’écrire une cantate de Bach… mais on n’est pas obligé d’en être persuadé, ça peut être une dimension de la foi, mais la la foi ce n’est pas d’abord cela.

La foi c’est une recherche de ce que pourrait être Dieu pour nous. C’est rechercher le point ultime de la justice et de la bonté, c’est rechercher la source profonde de ce qu’est la vie, la dignité de tout être. L’appeler Dieu met en relation avec tous les croyants de tous les temps, sous toutes les latitudes & longitudes. Avoir la foi, c’est ensuite essayer de vivre en cohérence avec ce que l’on a pressenti, pensé, choisi. Et cette recherche peut s’appeler prière, ce face à face responsable et humble devant cette transcendance et cette source.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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6 Commentaires

  1. Magdalena dit :

    A qui vous adressez vous dans vos prières?

    1. Marc Pernot dit :

      Moi, je m’adresse à Dieu, celui que Jésus appelle « mon père et votre père ».
      Mais la prière dont parle Paul (Romains 8), où l’Esprit pousse des soupirs inexprimables, est aussi une prière même si la personne qui « prie » ainsi ne se rend même pas compte, peut-être, qu’elle prie.

      1. Marie dit :

        En ce qui me concerne je n’adresse mes prières a personne.
        Et pour être franc je n’ai toujours pas compris ce que c’est que « prier », tant c’est, dans l’esprit de la plupart des gens une « demande » de quelque chose.
        Pour moi, la plus belle prière qu’on puisse adresser a Dieu c’est d’aimer l’Autre.
        S’il y a quelque chose dans ma vie qui pourrait être un prière, c’est uniquement dans mes actes et mes intentions vis a vis des autres.
        Peut être aussi, dans cette reconnaissance envers Dieu pour sa présence dans ma vie et les belles rencontres qu’il m’a permis de faire.
        Pour le reste, je ne prie jamais , et je n’ai aucune inquiétude en ce qui concerne le jugement de Dieu, qui seul connait nos véritables motivations.

        1. Marc Pernot dit :

          C’est très bien d’être dans l’action. C’est bien de prendre aussi des temps pour faire le point, se recentrer, se ressourcer, travailler un peu notre intériorité devant/ avec Dieu. C’est comme une respiration : un temps pour expirer et un temps pour inspirer. Ce n’est pas en concurrence : pour moi l’essentiel est dans l’inspiration, pour moi l’essentiel est dans l’expiration. C’est dans ce double geste que l’on relit souvent l’accueil de Jésus chez Marthe (l’action) avec sa sœur Marie (la contemplation).

  2. Stephanie dit :

    Ce Dieu que Jésus appelle  » Notre Père et Votre Père  » n’est -il pas Esprit ?
    Et donc extérieur à l’univers matériel ?
    De plus le Dieu dont Jésus nous enseigne et nous permet d’aller à lui, se soucie de l’humain et de sa Création. Ce n’est pas juste un grand horlogier qui crée l’univers et ensuite ne s’en soucie plus, comme le décrit Voltaire.

    1. Marc Pernot dit :

      Oui, ce Dieu est Esprit, c’est à dire non matériel et il interagit néanmoins avec la matière.
      Il est extérieur à la matière, selon bien des théologiens chrétiens, en tout cas, c’est à dire pas seulement quelque chose comme l’âme du monde.
      En même temps, il y a quelque chose de Dieu que l’on appelle l’Esprit qui est en nous, plus grand que nous. En pratique, ce serait quelque chose comme la source de la liberté et de l’amour en nous ?
      Donc, je suis d’accord avec vous, Dieu est plus qu’un grand horloger.

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