Ce dialogue entre un étudiant et un pasteur explore les obstacles à la foi face à la science et à l’histoire. Entre les récits de la Genèse et la théorie de l’évolution, la quête de sens se détache des dogmes pour devenir une recherche personnelle de justice et de vérité.
Question posée par un étudiant en quête de sens
Bonjour Monsieur,
Je me sens un peu ridicule, je ne sais même pas comment vous appeler alors je vous prie de bien vouloir m’excuser si je commets des erreurs. Je me pose en effet plein de questions au sujet de la religion.
Hier, je me suis rendu à une messe catholique pour le baptême de mon frère qui était catéchumène. J’ai aimé la sensation de communauté mais je ne me suis pas senti aussi concerné que les croyants. Je viens vers vous car dans ma jeunesse, je me suis senti très proche de la religion protestante que je trouvais bien plus ouverte que la religion catholique. Mais je me suis vite rendu compte que je n’avais pas la foi. Je viens d’une famille non religieuse.
Cette question, on a dû vous la poser des milliers de fois, mais pourquoi certains croient en Dieu et d’autres non ?
Ce que je vais dire, je ne souhaite pas que vous le preniez comme une insulte mais simplement comme le témoignage des sentiments que j’éprouve. En effet, hier, une croyante a lu un passage de la Genèse mais je n’ai pu y croire, il reste gravé dans mon esprit l’Origine des espèces de Darwin. Je fais des études de Droit et d’Histoire et, étant passionné d’Histoire depuis mon enfance, je regarde toujours la religion avec l’esprit critique des abus commis par les croyants.
Je ne sais même pas pourquoi j’en suis venu à vous écrire, monsieur, je me sens un peu ridicule et confus de vous faire perdre votre temps à me lire, mais j’aimerais juste comprendre pourquoi je n’arrive pas à croire.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sincères salutations.
Réponse du pasteur Marc Pernot
Bonsoir François,
Se poser des questions n’est jamais ridicule. Ce serait plutôt de ne pas s’en poser qui serait bien désolant. Donc bravo à vous.
La Genèse ou Darwin : science et mythe
La plupart des théologiens catholiques et protestants pensent que le récit de création de la Genèse est à interpréter comme un mythe, et non comme un livre de science. Il n’y a que des chrétiens fondamentalistes, qui ont choisi d’adopter (et d’imposer à leurs fidèles) une lecture matérialiste de ce passage de la Bible, et qui rejettent alors l’évolution. Ces chrétiens fondamentalistes sont surtout inspirés des courants « évangéliques » américains, ils rejoignent dans ce type d’interprétation les musulmans fondamentalistes, rejetant également l’évolution.
Ce texte ne fait pas de la science, ce n’est pas son objet. Ce qui l’intéresse, c’est l’acte même de créer. C’est à un autre niveau. C’est le présent de la création dans ce monde et dans notre vie, par Dieu, actif dans nos vies, et la création par l’humain, créé créature et créateur à sa mesure. Cela présente le sens qu’a cet élan de création continu, étape par étape. Le sujet est donc extrêmement intéressant pour nous au point de vue théologique et spirituel, moral et existentiel. Mais cela ne nous dit rien de l’évolution de l’univers : cela est étudié par la science.
Dire que ce récit est un mythe n’est pas du tout dévalorisant, au contraire. Pour un texte, être devenu un mythe fondateur est même le sommet de ce que l’on peut espérer comme d’importance pour un texte : cela signifie qu’il a participé à fonder une civilisation.
Puisque vous êtes historien, ce récit de création a été écrit vers le Ve siècle avant Jésus-Christ, il s’inspire en particulier d’un texte plus ancien encore de plus de mille ans, tiré de l’épopée de Gilgamesh, en le transformant pour évoquer leur foi en un Dieu unique. Ces textes ne sont donc pas écrits par Dieu avec son doigt, ni soufflés par un ange à l’oreille d’un scribe. La Bible est une sélection de témoignages d’hommes et de femmes parlant de leur expérience de Dieu. La vérité de ces textes est à chercher là, dans l’expérience spirituelle et humaine de ces témoins. Il s’y dit une certaine conception de Dieu, de la justice, de l’humain et de la vie. Ces textes ne sont pas seulement de la philosophie, ce sont des témoignages spirituels d’une certaine relation à Dieu réelle que l’auteur exprime en pensant à un public qu’il désire enrichir de son témoignage. Pour recevoir quelque chose de ces textes, il faut les interpréter, essayer de comprendre l’intention de l’auteur pour son public et la transposer dans notre propre contexte et culture.
Ces témoignages sont extraordinairement nourrissants pour la foi et la réflexion. Cette efficacité de ces textes pour nourrir la réflexion, la foi et la prière des humains a fait qu’ils ont été retenus dans ce « best of » qu’est la Bible. À cette richesse s’ajoutent encore les millénaires de débats, d’interprétations, d’inspirations spirituelles, humanitaires, artistiques qu’ils ont suscités pour des milliards de personnes autour de la planète. Bref, ce sont aujourd’hui des textes qui appartiennent au patrimoine de l’humanité mais qu’il ne faut pas trop sacraliser, ni prendre pour un livre de science, ni pour un livre d’histoire au sens d’un reportage contemporain.
Les abus commis par les croyants
C’est vrai, et c’est d’autant plus un scandale que l’Évangile du Christ est complètement à l’opposé de faire du mal à son prochain. Le Christ nous a encouragés à être au service de l’autre, à avoir faim et soif de justice.
Et effectivement, Dieu, son Esprit, le Christ par sa vie, les Évangiles ont par contre inspiré et inspirent chaque jour des myriades de belles actions dans le monde. Mais oui, les humains font du mal. Et certains l’ont même fait au nom du Christ. Ce n’est certainement pas inspiré par le Christ ni par l’Esprit de Dieu.
Alors comment est-ce possible ?
Je dirais d’abord que quand on a en tête de massacrer son voisin, par exemple pour lui prendre ses ressources, ou son pays, ce n’est pas joli joli comme projet. Tout le monde le sait bien, tout le sent, normalement, même si l’on n’est pas croyant. Donc, on n’est pas trop fier, mais cela va déjà bien mieux si l’on arrive à dire que c’est pour une grande cause, pour la patrie, ou pour la justice, par exemple. Si l’on peut dire que c’est au nom de Dieu, c’est idéal comme bon prétexte. La rapine est baptisée en bonne action, en acte de foi. C’est bien sûr fou car quiconque a lu les Évangiles voit bien que cela est complètement opposé à ce que propose le Christ.
Cela ne nous excuse pas, mais les plus grands massacres du XXᵉ siècle (le XXIᵉ est bien parti aussi) ont été commis par des idéologies athées. Il y a aussi des intégristes prêts à massacrer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. C’est malheureux mais cela existe dans tous les courants de pensée, dans la politique aussi, dans la religion, dans les luttes de pouvoir à l’intérieur des entreprises, dans les couples et les quartiers… Ce n’est plus une question de religion (il y a un seul Dieu, il est donc le Dieu de tous et de chacun, il ne veut la mort d’aucun de ses enfants), mais c’est une question de psychologie élémentaire, c’est un peu le syndrome de la meute de loups, une lutte pour être le mâle dominant.
Donc, il me semble qu’il importe d’avoir de la bienveillance en cherchant ce qui est bon et en regardant la méchanceté comme le symptôme d’une maladie de l’humain. C’est juste de regarder ainsi en considérant une personne, mais aussi en regardant l’humanité, et aussi en regardant la chrétienté, en regardant notre meilleure part.
Pourquoi n’arrivez-vous pas à croire ?
Je ne sais pas ce que vous entendez par « croire ». Tout dépend de votre définition de la foi.
Le génial scientifique, philosophe et mystique Blaise Pascal a écrit cette pensée comme venue de Dieu : « Rassure-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé. » Dans ce sens, il me semble clair que l’on peut dire que vous avez la foi bien plus que vous ne le craignez.
Avoir la foi, ce n’est pas forcément être bouleversé par la présence de Dieu. Il y a des personnes qui vivent cette expérience du sentiment religieux, d’autres chrétiens non. Ce n’est pas obligatoire, ça peut être une dimension de la foi. Mais là, la foi ce n’est pas d’abord cela.
La foi, ce n’est pas non plus une question de croyances, c’est-à-dire de penser absolument qu’il existe quelque chose ou quelqu’un qui n’appartient pas à l’univers matériel mais qui agit sur cet univers. Personnellement, je pense que c’est plausible, que c’est plus vraisemblable de poser cette hypothèse que de penser que le chaos s’est organisé tout seul pour faire des êtres capables de penser, d’aimer et d’écrire une cantate de Bach… mais on n’est pas obligé d’en être persuadé, ça peut être une dimension de la foi.
Mais la foi ce n’est pas d’abord cela.
La foi, c’est une recherche de ce que pourrait être Dieu pour nous. C’est rechercher le point ultime de la justice et de la bonté, c’est rechercher la source profonde de ce qui fait que la vie est plus qu’un sac d’atomes, chercher ce qui est la source de la dignité de tout être. Si on accepte d’appeler Dieu ces éléments, cela permet d’être en dialogue avec tous les croyants de tous les temps, sous toutes les latitudes et longitudes, des théologiens et des philosophes, des artistes. Avoir la foi, c’est ensuite essayer de vivre en cohérence avec ce que l’on a pressenti, pensé, choisi comme étant cette source. Cette recherche peut s’appeler prière, ce face-à-face responsable et humble devant cette transcendance et cette source.
C’est ainsi que l’essentiel est d’avoir votre propre façon d’avoir la foi, et que dans un certain sens ça vous fasse avancer.
Dieu vous bénit et vous accompagne.







Pour moi avoir la Foi, c est ne pas voir, ne pas sentir mais justement expérimenter de facon unique et personnelle, faire le pari (de Pascal) de ce que la bible a dit est vraie, Dieu est Amour et veux que notre âme vive, vibre …TOUT lui confier, TOUT lui demander
Ce Dieu que Jésus appelle » Notre Père et Votre Père » n’est -il pas Esprit ?
Et donc extérieur à l’univers matériel ?
De plus le Dieu dont Jésus nous enseigne et nous permet d’aller à lui, se soucie de l’humain et de sa Création. Ce n’est pas juste un grand horlogier qui crée l’univers et ensuite ne s’en soucie plus, comme le décrit Voltaire.
Oui, ce Dieu est Esprit, c’est à dire non matériel et il interagit néanmoins avec la matière.
Il est extérieur à la matière, selon bien des théologiens chrétiens, en tout cas, c’est à dire pas seulement quelque chose comme l’âme du monde.
En même temps, il y a quelque chose de Dieu que l’on appelle l’Esprit qui est en nous, plus grand que nous. En pratique, ce serait quelque chose comme la source de la liberté et de l’amour en nous ?
Donc, je suis d’accord avec vous, Dieu est plus qu’un grand horloger.
A qui vous adressez vous dans vos prières?
Moi, je m’adresse à Dieu, celui que Jésus appelle « mon père et votre père ».
Mais la prière dont parle Paul (Romains 8), où l’Esprit pousse des soupirs inexprimables, est aussi une prière même si la personne qui « prie » ainsi ne se rend même pas compte, peut-être, qu’elle prie.
En ce qui me concerne je n’adresse mes prières a personne.
Et pour être franc je n’ai toujours pas compris ce que c’est que « prier », tant c’est, dans l’esprit de la plupart des gens une « demande » de quelque chose.
Pour moi, la plus belle prière qu’on puisse adresser a Dieu c’est d’aimer l’Autre.
S’il y a quelque chose dans ma vie qui pourrait être un prière, c’est uniquement dans mes actes et mes intentions vis a vis des autres.
Peut être aussi, dans cette reconnaissance envers Dieu pour sa présence dans ma vie et les belles rencontres qu’il m’a permis de faire.
Pour le reste, je ne prie jamais , et je n’ai aucune inquiétude en ce qui concerne le jugement de Dieu, qui seul connait nos véritables motivations.
C’est très bien d’être dans l’action. C’est bien de prendre aussi des temps pour faire le point, se recentrer, se ressourcer, travailler un peu notre intériorité devant/ avec Dieu. C’est comme une respiration : un temps pour expirer et un temps pour inspirer. Ce n’est pas en concurrence : pour moi l’essentiel est dans l’inspiration, pour moi l’essentiel est dans l’expiration. C’est dans ce double geste que l’on relit souvent l’accueil de Jésus chez Marthe (l’action) avec sa sœur Marie (la contemplation).