J’ai aidé presque au-delà du raisonnable une personne, à l’épuisement, j’ai arrêté et cela me culpabilise.

Par : pasteur Marc Pernot

Une jeune femme s'étire en respirant profondément - Photo by Radu Florin on https://unsplash.com/photos/CwTBt6jyagQ

Prendre un temps de shabbat. C’est à cela que ça sert. On arrête de pédaler et on reprend des forces, grâce à Dieu.

Question d’une visiteuse :

Dans mon entourage j’ai aidé presque au-delà du raisonnable une personne avec une maladie psychiatrique. Plus j’apportais mon aide et plus elle en demandait…Angoissée par tout, elle avait besoin de moi pour tout ou presque dans les actes de la vie quotidienne : changer des piles à un appareil, écrire une lettre, résoudre ses problèmes d’utilisation de l’informatique, régler la température du frigo, etc. etc. Prise en charge médicalement de manière étroite, elle jouait à la « super personne » devant ses thérapeutes n’avouant pas son vrai comportement et ses faiblesses. Elle mettait en avant ses capacités hors normes et ses succès etc. mais se gardant bien de dire que sans l’aide de quelques amis elle ne maîtrisait plus rien dans sa vie quotidienne.
J’ai mis en terme à cette relation d’aide qui devenait toxique pour moi.
Mais depuis, je me fais des reproches et je me culpabilise de l’avoir « abandonnée » à ses angoisses incessantes. Le Christ nous a donné un message clair d’amour pour autrui et j’ai peur de le trahir. Au contact de cette personne toxique je commençais à douter de tout…et je ne peux vivre sans suivre le Christ et ses paroles d’amour.
Merci de me dire ce que je dois faire pour sortir de cette spirale destructrice. Merci d’avance et merci pour tout ce que vous nous apportez dans votre blog.

Réponse d’un pasteur :

Chère Madame

C’est vraiment touchant.
Je comprends tout à fait que vous ayez cessé d’apporter tellement.

En effet, dans aime ton prochain comme toi-même, il y a s’aimer soi-même.

  • Si l’on est anéanti, on n’aidera plus personne ensuite. Si l’on est même seulement affaibli, on va moins bien rayonner.
  • Au contraire, on en arrive, tous, à s’aigrir dans un service qui nous épuise, et cela finit par se sentir de la part de la personne et des autres que nous côtoyons.

C’est ainsi que Jésus lui-même, souvent, renvoyait les foules pourtant avides d’entendre sa parole et de recevoir son aide, et Jésus s’isolait dans la montagne pour souffler et prier, le temps qu’il faut.
Parfois il est là, dans ce temps nécessaire dévoué à reprendre des forces, et il se laisse déranger par une personne ou par une foule. C’est qu’il sent que malgré tout il a la force suffisante pour offrir un bon service.

Vous allez me dire que Jésus est allé jusqu’à la mort. C’est vrai mais tout au long se son ministère il a choisi de ne pas aller ni jusqu’à épuisement ni jusqu’à s’offrir sous les couteaux et les pierres de ses opposants. Si en définitive il a donné sa vie c’est une situation tragique extrême, comme celle des pompiers qui sont entrés dans le tunnel du Mont Blanc et flammes ou les techniciens dans la centrale de Fukushima. Ce sont des cas particuliers extrêmes qui confirment la règle que même le Christ et les héros ont le besoin et le devoir de se ménager afin de poursuivre leur service, et pour cela être en forme.

C’est ainsi que nous avons à discerner notre vocation et à la faire évoluer en fonction des circonstances, en fonction de nos forces, et en fonction du degré de motivation que nous ressentons pour telle ou telle tâche, auprès de telle ou telle personne.

Parfois c’est pour un temps seulement,

  • comme dans l’exemple que je citais avec Jésus et la foule où il doit aller reprendre des forces.
  • ou quand il aide une personne et lui dit que maintenant il est temps qu’elle se détache de lui et retourne à une autonomie.

Il me semble que nous sommes dans ces deux cas à la fois à propos du service que vous avez rendu à cette dame.

Je comprends le sentiment de rupture que vous avez. Il y a une sorte de deuil à faire, deuil de n’avoir pas pu tirer d’affaire la personne, et de pouvoir cesser le service ainsi. Mais nous ne sommes pas Dieu pour y arriver à chaque fois, et nos forces sont limitées. Ce qui a été donné est déjà ça, déjà immense, jusqu’à épuisement de vos forces. Aller plus loin ne serait bon ni pour vous, ni même pour la personne car cela ne serait pas bon pour elle de devenir le bourreau d’une gentille personne. Loin de l’aider, cela ne ferait qu’empirer sa pathologie.

Ce n’est pas à la légère que vous arrêtez. Vous avez manifestement bien fait. Je me demande même s’il n’aurait pas été préférable de le faire plus tôt. Je me demande aussi si ce ne serait pas Dieu qui vous a soufflé cette juste décision, et qui vous en a donné la force.

En tout cas je suis certain qu’il vous comprend, qu’il vous bénit et vous accompagne. Et qu’il accompagne cette dame. Vous avez fait – largement – votre part.

Que faire ? Comme Jésus quand il a épuisé ses forces. Pensez à vous le temps de reprendre des forces. Dan sce cas là c’est tout l’être qui est épuisé. Reprenez des forces physiques, Prenez du temps de joie en regardant de belles choses, en écoutant de la belle musique, en goûtant de bonnes choses, en rencontrant des personnes sympas, en priant et remerciant Dieu. Qu’il vous donne du repos pour votre âme, comme nous le dit Jésus quand nous sommes fatigué et chargé (Mt 11:28). C’est un temps de shabbat. Un 7e jour qui peut durer quelques semaines. Avant que la pleine forme vous revienne.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Print Friendly, PDF & Email

Marc Pernot

bio de Marc Pernot

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Bonjour,
    Je vous ai lue. Beaucoup de personnes font leur coup de cœur, puis s’épuisent au fil du temps, tant la charge est lourde à porter. Moi la première. Personne n’est à l’abri d’un burn out de compassion.

    Alors, au fil des ans, j’ai lié réflexion et expérience de vie au sujet de l’amour du prochain.
    Je note que ces réflexions m’appartiennent et demandent à être entendues ou pas, modelées ou non pour soi-même dans ses circonstances du moment.

    1.- L’amour est don, il n’est pas redevable. Je n’attends rien en retour de l’amour que je porte à autrui.

    2.- a) Par ailleurs, la parabole du serviteur inutile en Luc 17 : 7-10 m’a beaucoup parlé. Ci-joint un commentaire du pasteur Ion Karakash :

    « Quand vous avez accompli votre tâche, dites : ‘Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons seulement fait ce que nous devions faire !’
    C’est d’ailleurs ainsi que l’expliquait Calvin dans son Commentaire : ‘Le but de cette parabole est que, puisque nous tenons tout de Dieu et que nous sommes entièrement à lui, quelque devoir que nous sachions faire envers lui, toutefois nous ne pouvons pas l’obliger envers nous comme si nous avions mérité quelque récompense de sa part. Puisque nous sommes à lui, il ne peut être notre débiteur.’ »
    (Downloads/culte-du-20.10.2019%3B-predication-de-ion-karakash.pdf)

    b) ainsi que Matt. 6 : 3 : que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite. Il y a aucun narcissisme à aider autrui, ni de retour à attendre à l’amour prodigué. Peut-être que cela rejoint un verset du Deutéronome 8 : 17 qui me parle beaucoup : Garde-toi de dire en ton cœur : Ma force et la puissance de ma main m’ont acquis ces richesses. Tout don vient de Dieu et revient à Dieu. Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? (1 Cor. 4 : 7)

    3.- D’autre part, il est difficile de faire la part des choses : aider autrui, oui, mais sans faire à sa place ce qu’il peut très bien faire lui-même.

    4.- J’ai aussi entendu lors d’un cours de psycho une notion que je garde en mémoire. Quand vous aidez une personne qui souffre et que, lentement cette personne reprend vie et du coup, de l’autonomie, c’est possible qu’elle ne veuille plus vous voir. Pourquoi ? Parce que rien que votre présence lui rappelle les années sombres dont elle vient juste de réchapper.
    Je l’ai aussi vécu et, paradoxalement, je me réjouis d’avoir pu être là pour la personne en souffrance un bout de chemin, puis la laisser aller devenir acteur de sa propre vie. D’autres que moi prendront le relais s’il le faut. C’est d’ailleurs le travail du psychothérapeute d’être vigilant à ce que son client puisse vivre sans son aide, sans pérenniser les séances dans une infantilisation abusive de la personne venue le/la consulter.

    5.- Peut—être est-ce pour cela que, après une guérison ou autre, Jésus refuse que le « miraculé » le suive, mais comme il dit au paralytique : lève-toi, prends ton petit lit (symbole de la souffrance passée et des obstacles à surmonter qui ne vont pas manquer) et marche !
    Marche ! Tu n’as plus besoin de béquille psychique, tu as les ressources externes et internes pour faire face aux défis qui t’attendent …. sans me coller aux baskets.

    6.- At last but not at least, demander à Dieu la sagesse de discerner avec qui, quand, combien de temps être une aide pour autrui, mais sans y perdre des plumes avec un goût amer dans la bouche. Juste ce qu’il faut, selon ce que Dieu attend de moi, avec comme phare ce beau verset d’ Eph. 2 : 10 à placarder partout chez soi, mais surtout dans son cœur :

    Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. (Eph. 2 : 10)

    Bien à vous
    Claire-Lise Rosset

  2. NATHAN ANDIRAN dit :

    Je ne saurais ajouter aux deux réponses apportées quelque chose de plus pertinent. Toutefois mon expérience peut vous être utile.
    J’ai moi même été en aide à des personnes affectées de pathologies psychiques graves. Durant de très nombreuses années! Etant leur seul véritable soutien. Ma vie était devenue un sacerdoce ne me laissant plus aucun temps pour m’occuper de moi.
    Un jour, mon Pasteur m’a dit de mettre des limites à l’aide que j’apportais à ces personnes sans quoi, comme Marc Pernot vous le disait, je ne serais même plus en capacité d’aider faute d’épuisement. Faire tout pour quelqu’un n’est pas la solution : on infantilise la personne. Accepter tout, non plus : on efface toute altérité . J’ai donc suivi ces conseils et j’ai mis des limites. Dans la parabole du « Bon Samaritain », l’aidant confie l’homme à un aubergiste afin qu’il prenne le relais ? C’est ce qu’il est possible de faire quelquefois. Sans pour autant abandonner personne. En continuant autrement ? Souvent, l’on entend des personnes dire « J’irai jusqu’au bout » ! Mais jusqu’au bout de quoi ??? Le savons nous ?
    Que la miséricorde du Christ vous soit aide précieuse !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.