Il est allé voir son pasteur qui lui dit que je n’étais pas faite pour lui parce que j’étais catholique

Par : pasteur Marc Pernot

un garçon les bras levés au ciel - by Medill News21 https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ http://www.flickr.com/photos/51887974@N04/4843566663

Question d’un visiteur :

Je n’ai pas l’habitude d’écrire dans les forums, mais vos réponses aux différents commentaires m’inspirent confiance.

Pour information je suis une chrétienne catholique, je suis sortie avec un jeune homme évangélique pendant une année , notre relation se déroulait plutôt bien selon moi et je pense qu’on avait beaucoup d’amour l’un pour l’autre.
Pour information lorsqu’on s’est connu il m’a dit qu’il se considérait chrétien (sans indication précise, mais en fait il est « né de nouveau »).
Un jour il est allé rendre visite à un « frère de l’église » et il lui a parlé de nous. Ce dernier a émis des réserves sur notre relation, par le fait de mon appartenance religieuse au début et lui a également demandé s’il était sur que notre relation était voulue par Dieu.
C’était le début de la fin. Il est allé voir son pasteur qui lui dit que je n’étais pas faite pour lui à cause de ma religion. Il en a également parlé à ses parents (que j’ai déjà rencontrés) qui lui ont dit que c’était à lui de faire ses choix mais en s’éclairant de Dieu.

Il a tout remis en cause, par peur de ne pas faire la volonté de Dieu en étant avec moi. On est passé par beaucoup d’étapes:
– Je lui ai accordé un pause le temps de réfléchir et prier?
– On s’est revus plusieurs fois, le plus durs est qu’il m’a toujours dit qu’il m’aimait encore et à continué à « s’occuper » de moi;
– J’ai tellement souffert de cette séparation et voyant que sa prière ne le menait nulle part j’ai complètement coupé les ponts.
Il m’a dit continuer à méditer , mon problème avec lui est qu’il attend un « signe » de Dieu comme ceux qu’il faisait dans la Bible,  » que Dieu lui parle en rêve par exemple ».

Cette histoire m’a éloigné du christianisme en général et m’a fait avoir un problème avec les évangélistes. J’ai essayé de passer à autre chose, j’ai rencontré quelqu’un mais j’ai toujours mal. Au fond de moi j’espère qu’il me reviendra.

Que pensez-vous de son attente de signe pour savoir que je suis la bonne?
Il y a t’il des lectures que vous conseillerez à ce sujet?
Dois-je espérer ou l’oublier définitivement?

J’ai envie de me remettre à prier pour moi déjà et enlever la colère que j’ai dans mon cœur.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Claire

Vraiment, je suis désolé pour ce qui vous arrive.

Et hyper désolé que ce soit une église chrétienne et un pasteur qui séparent ainsi des personnes pour de simple question de chapelles, et qui trouble l’âme, la conscience, le cœur d’hommes et de femmes pour des raisons qui tiennent à mon avis plus de l’humain que de Dieu et de la foi.

L’intégrisme vient des humains, il ne vient pas de Dieu. Jésus-Christ ne mettait pas de barrières comme cela entre les religions, entre des façons de prier. Par exemple, Jésus félicite publiquement la foi d’un centurion romain (même pas monothéiste), et il critique plutôt l’intégrisme de son époque, ceux qui veulent imposer leurs règles aux autres ou appliquer les commandements religieux avec étroitesse et sans compassion.

Ce monsieur que vous aimez a sans doute bien des qualités, mais il me semble qu’avec ce genre de foi extrémiste, il vaut mieux qu’il se marie avec une personne de sa propre église. En effet, manifestement, il aime plus son église, son pasteur, ses propres certitudes que vous. Et ce n’est pas une bonne base pour construire un couple, et un avenir. Ce monsieur aime plus ses propres petites certitudes, sa petite chapelle que son cœur, il fait plus confiance dans la parole de son pasteur que dans celle de sa propre foi, sa propre conscience (et je ne parle pas de son propre amour pour vous, car je ne suis pas certain qu’il ait été très profond). Et cela n’est vraiment pas bon signe.

Hélas.

Cette histoire de “signe” n’a pas de sens. N’importe quoi peut devenir “un signe” pour une personne exaltée en fonction de son humeur de l’instant. Aujourd’hui, s’il lui arrivait d’avoir trois feux verts de suite sur un trajet, il risquerait de prendre cela pour un feu vert pour vous épouser. Ou non, parce que d’un autre côté, il se serait mis à pleuvoir à l’instant précis où il se serait mis à penser à vous hier ? Et c’est là-dessus que votre vie, votre couple, votre avenir et celui d’éventuels enfants devrait être réglée ? Pas sur l’amour, pas sur le dialogue avec l’autre, pas sur sa conscience, pas sur une foi profonde ? Car c’est là que Dieu parle par son Esprit. C’était du temps des Romains que l’on examinait dans quel sens volent les oiseaux ou autres pratiques occultes pour essayer de deviner la volonté des dieux… soumettant l’avenir des personnes au hasard et à la manipulation de gourous.

Je comprends votre tristesse, votre blessure, et votre déception tant vis à vis du comportement de cet homme que de cette exploitation de la foi chrétienne.

Cependant, il me semble que ce serait dommage de perdre confiance dans les humains à cause de cette déception bien compréhensible. Il existe des personnes qui sont fidèles et qui aiment vraiment, et qui essayent de bâtir leur existence sur le roc de la fidélité (à Dieu dans une relation personnelle, et aux humains dans de vrais relations de respect) et non sur le sable.

Et ce serait extrêmement dommage de perdre la foi à cause de la façon extrémiste que quelques personnes ont de vivre leur foi. Cela remet en cause précisément cette façon de pratiquer, mais pas Dieu, pas la foi, pas le Christ. Bien sûr. Le vrai problème est alors précisément de prendre sa religion, son dogme, son rite, son église comme dieu. Alors que Dieu est d’un autre ordre, dépassant tout ce que l’on peut en dire et en penser. La religion n’est qu’un moyen, un exercice, la théologie la plus affinée n’est qu’un schéma évoquant certains aspects de notre propre expérience humaine d’du Dieu vivant.

Dès l’ors que l’on sacralise sa propre façon de vivre sa religion, sa communauté, ses rites et son pasteur, alors, il vaut mieux se marier dans sa communauté, entre personnes qui ont ce même ensemble de dogmes, qui sacralisent les mêmes doctrines, les mêmes rites. Car si, en faisant un peu semblant, cela peut marcher au début de fréquenter une personne qui n’adhère pas totalement, ensuite le malaise de celui qui sacralise son église le tiraille, cela devient pour lui un cas de conscience. La pression vient à travers les “amis” de la communauté, de la famille… Le problème et la pression augmentent souvent encore plus si des enfants arrivent. La pression augmente sur le conjoint et sur les enfants afin de les faire entrer dans sa propre foi à lui, sa propre pratique, au mépris de tout respect pour la personnalité et pour la foi de ces personnes. Et alors que faire pour le conjoint, pour les enfants ? Abandonner sa propre foi, sa sincérité ?

Un couple œcuménique, ou un couple entre un chrétien et une personne athée, ou sans religion, ou d’une autre religion : cela peut très très bien marcher si les deux conjoints sont ouverts d’esprit, de foi ou de convictions. Ce qui est tout à fait compatible avec le fait d’avoir une vrai foi vivante, une pensée théologique ou philosophique, une pratique religieuse ou spirituelle… Mais si l’un des deux dans le couple est plus ou moins extrémiste, imaginer construire un couple avec une personne extérieure à sa communauté est quand même franchement paradoxal et contradictoire, et cela peut vite devenir très difficile à vivre pour tout le monde.

Donc bravo de recommencer à prier. Je vous conseillerais de retourner dans votre église catholique en choisissant une paroisse sympa. De vous faire soutenir pendant ce temps difficile par une ou deux personnes qui vous aiment et en qui vous avez confiance.

Avec toute ma compassion et ma prière.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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2 réponses

  1. Anaïs dit :

    Bonjour,
    Je m’appelle Anaïs et j’ai 16 ans. Le 8 septembre dernier j’ai donnée ma vie à Jésus. Depuis je ne savais pas si écouter des musiques du monde étaient bien donc je les ai toutes supprimées de mon téléphone. Mais parfois en entendant certaines me fait danser. Un jour une de mes copines qui est la fille d’un pasteur ( d’ailleurs je prie dans l’église où son papa prêche) m’a dit que non on pouvait écouter des musiques du monde mais ça dépend desquels. Si elles passent un bon message oui mais si elles passent un message de mal ou qu’il y a des gros mots qu’il ne faut pas en écouter. Depuis j’hésitais. Pouvez-vous m’éclairer dessus s’il vous plaît

    • Marc Pernot dit :

      Bonjour [j’ai rendu votre message anonyme car ce n’est pas utile que pour les siècles de siècles tout le monde voit sur Google votre vie.]

      Bravo, c’est formidable.

      Mais vous savez, Jésus n’a jamais dit que nous ne devions pas vivre dans le monde. Au contraire, il nous dit que Dieu aime tellement ce monde que c’est pour cela qu’il l’a envoyé (Jean 3:16). La différence, c’et que le but de notre vie n’est pas les plaisirs du monde, c’est le bien tel que Jésus l’incarne : la foi, l’espérance et l’amour, la paix, la bienveillance. Mais avec cette inspiration, cette visée, nous pouvons accueillir les plaisirs du monde comme des bénédictions et en rendre grâce à Dieu. L’Evangile nous raconte que les foules critiquaient Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, pour vivre comme un moine en dehors des plaisirs du monde. Et que la foule critique Jésus pour vivre au contraire sans bouder les plaisirs du monde, mangeant et buvant (Matthieu 11:19).

      Vous pouvez donc écouter de la musique. Bien entendu la musique avec de belles paroles. Mais même s’il y avait de mauvaises paroles, la question n’est pas là. La question est de ne pas y adhérer, d’être adulte dans ce que vous choisissez comme visée, comme inspiration. Christ nous envoie dans le monde pour réconcilier le monde avec Dieu, pour cela nous ne devons pas craindre le monde mais le connaître pou raller à la rencontre de ses habitants. Là où votre copine a raison, c’est qu’il faut connaître ses propres forces. Et elles sont limitées. A vous de sentir si telle musique, si telles fréquentations, tels films et telles lectures vous rendent meilleure, ou si au contraire elles vous font régresser, vous affaiblissent, vous influencent dans le mauvais sens, diminuant votre paix intérieure, voter capacité à espérer, à aimer, et à prier Dieu.

      Je ne sais pas dans quelle église vous êtes. Il y a des églises qui sont un petit peu ou très moralistes, disant aux fidèles qu’un chrétien fait ceci ou ne fait pas cela… cela part d’un bon sentiment, pour guider les gens faibles. C’est à écouter comme des conseils humains, c’est à relativiser à mon avis. Christ nous rend libre, libre et responsable, libre et appelé à notre propre vocation. Une chrétien a pour seule règle (selon Jésus) d’aimer Dieu et d’aimer son prochain comme soi-même. C’est cela qu’il faut chercher, c’est le baromètre. Pour le reste, nous sommes dans la confiance en Dieu, comme le dit Paul : si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Nous ne sommes plus sous la crainte ni des mauvaises chansons, ni des donneurs de morales, nous sommes dans l’amour de Dieu manifesté par Christ (Romains 8:33-39), nous sommes renforcés, guidés par l’Esprit qui souffle en vous-même tout autant qu’en moi-même, ou dans la parole de tous les autres prêtres et pasteurs du monde.

      Dieu vous bénit et vous accompagne

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