L’acédie (autrement dit, la flemme, la lassitude spirituelle), comment faire ?

Par : pasteur Marc Pernot

Jeune à l'air lassé devant un écran (illustration Acédie, lassitude) - by David Cosand https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/ http://www.flickr.com/photos/22409393@N03/7058899733

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur

Je viens vers vous concernant la lecture de la Bible, à propos de ce qui est appelé chez les catholiques « l’Acédie » je crois, en l’occurrence c’est pour moi , ce que j’appelle « la paresse » non pas de faire (lire) mais de vouloir (lire), lorsque… l’ancien testament c’est toujours guerre et paix, épée , pouvoir et trahison… « en veux-tu , en voilà »… et le nouveau testament : « c’était certes bien avant, mais c’est mieux maintenant… espère et tu verras « …

Bien sûr, ce que je viens de dire est « grossier » dans le fond. Mais lorsque l’on ne peut pas aller plus loin que ce que peut comprendre ou admettre notre raisonnement, et que notre lecture « apparait » comme rébarbative, qu’elle devient lassitude, l’Apôtre a beau nous exhorter a nous appliquer à la lecture etc…

Je ne parle pas telle une déprime ou d’une dépression biblique , mais lorsque parfois le peu qui est lu me devient indifférent ou que « j’ai » le sentiment qu’il faut que je me force a lire :  » allez …ce n’est pas grave lis quand même, allez courage  » bref lorsque cela devient plus une obligation que je me suis fixée, plan de lecture à l’appui, qu’une envie (j’avais vu d’ailleurs une enquête IPSOS révélant que seulement 17% des protestants lisaient la bible une fois par semaine : c’est très très peu 🙂 mais pour revenir a ma question et comme chantait notre « emblématique » Johnny ! qu’on me donne l’envie, d’avoir envie !!!!

Vous me direz ceci est valable pour tout dans la vie, comment réactiver le moteur quand il ni a plus d’essence , mais bibliquement cela me parait plus compliqué , car comme vous me disiez précédemment : il faut mâcher, creuser, mastiquer, digérer … les Écritures et quelques fois c’est fatiguant.

Merci Pasteur, agréable semaine à vous. Spirituelles pensées.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Vous avez raison, c’est une vraie question. Et c’est tout à fait normal de connaître des temps de lassitude spirituelle ! Même aux champions, la preuve est que cette notion d’acédie (j’adore ce joli mot) a été énormément creusée par les moines et les pères du désert, pourtant de véritables champions de la foi et des exercices spirituels. Et votre citation de Johnny montre bien que c’est une question bien plus générale que cette de la lecture de la Bible.

La problématique est la même que pour la santé du corps. Quand on n’a pas envie de faire de l’exercice c’est le signe qu’il faut faire de l’exercice, et se forcer, par hygiène et discipline personnelle. Pour la foi, c’est la même chose, on se force un peu quand on n’a plus envie (comme vous le dites). Mais on peut varier aussi un peu. Une pause de Bible est possible, remplacée par un temps de prière quotidien, une certaine dose de cultes, une semaine de retraite quelque part… Mais ne pas rester sans exercice régulier.

Alors c’est vrai que ça nous demande un effort de motivation, mais aussi un effort moral car dans notre façon d’être chrétien nous insistons (à juste titre) sur l’importance de la sincérité dans le domaine de la foi et des idées. Mais souvent, comme le dit Paul dans sa lettre au Romains, je sais quel est le bien mais c’est autre chose que je fais. Nous avons donc un conflit de sincérités en nous-mêmes, finalement, et il nous faut donc trancher pour la plus importante des deux, celle qui est la plus profonde, la plus vraie, la plus prometteuse.

Donc grand bravo de vous être donnée à vous-même un plan et de vous y tenir. Vous avez le droit aussi de le remanier un peu, de l’alléger, de changer de liste de lecture pour une plus légère ou une mieux faite (certaines sont très arides, laissant de longues très longues semaines dans des parties pas très rigolotes de la Bible). Bravo car c’est comme cela que l’on est, que l’on devient un peu plus maître de son propre devenir. Et donc autant que possible de son avenir.

Paul conclut ce touchant témoignage de sa propre faiblesse par « Qui me délivrera ? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur! » (Romains 7:25). Et c’est là finalement le 2nd conseil, d’expérience, que je peux vous donner : la prière aide. Beaucoup. Même si nous ne pouvons plus, ne savons plus prier, n’avons plus envie de prier : ne serait-ce que penser une seconde à Dieu, ne serait-ce qu’un soupir (Romains 8:26) et c’est déjà une prière, laissant Dieu nous redonner des forces.

Amitiés ++

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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