Existe-t-il une vérité biblique ou des vérités bibliques ? Des interprétations différentes ?

Un manuscrit de la Bible vieux de 2000 ans (trouvé à Qumran) - fichier wicommons auteur वियानी विन्सेंट डिसिल्वा

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je souhaite vous soumettre une question : Existe-t-il une vérité biblique ou des vérités bibliques?
Est-il possible que la bible soit sujette à des interprétations différentes, et si oui sur quels critères?

Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

Oui, la Bible est faite pour susciter une multitude d’interprétations différentes. La Bible est elle-même pluraliste. Le mot même de « Bible » est un peu trompeur car en grec « ta biblia » est un pluriel « les écritures ». Il s’agit d’une bibliothèque avec de multiples sensibilités qui s’expriment. En particulier en ce qui concerne le Christ, il a été retenu par les églises des premiers siècles non pas un unique témoignage sur le Christ mais 4 évangiles différents, plus le témoignage de Paul et de quelques autres. Et comme dans tout témoignage, il y a un côté subjectif. Jean n’a pas retenu le même type de paroles et d’actes de Jésus que Marc, par exemple. Et pourtant, il y a un seul et même jésus qui les intéresse tous les deux, qui a changé la vie des deux, qui les a rendus plus vivants.

Le concept même de « vérité » est lui aussi un peu trompeur, car dans la culture des hommes et des femmes des milieux bibliques, le même mot hébreu est traduit tantôt par « vérité » et tantôt par « fidélité ». Il s’agit donc d’une vérité de relation, une sincérité de démarche et de relation.

C’est ainsi que Jésus peut dire « Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » (Jean 18:37). Un philosophe grec, un enseignant ou un chef d’église voulant imposer sa propre pensée à ses fidèles dirait l’inverse, il dirait : « celui qui écoute mes paroles sera dans la Vérité (avec un grand V) », sacralisant ainsi une unique interprétation, la sienne, comme étant LA Vérité de Dieu lui-même ! C’est surtout ainsi que fonctionnent les sectes, c’est même à cela qu’on les reconnaît. Car cela coupe les adeptes de la source même de Dieu en eux, car il est source de création et donc de nouveauté et d’inattendu pour chacune et chacun. Mais nous voyons ici que Jésus présente les choses dans l’autre sens : « Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » celui qui a une démarche sincère de recherche de Dieu écoutera sa voix, car il y reconnaîtra quelque chose de sincère et de vrai. Jésus lui-même ne présente pas « ses paroles » comme la vérité. C’est plutôt sa personne qui est « la vérité » que ses paroles. Sa démarche, sa confiance en Dieu, sa créativité personnelle, son implication pour les autres…

Une parole peut prêter à de multiples interprétations, qui d’ailleurs toutes sont dangereuses quand on leur confère un statut absolu.

Il y a un seul Dieu, un seul Jésus-Christ, mais de multiples fidèles. Il y a à peu près une seule Bible, mais elle est elle même plurielle, rassemblant de multiples témoignages sincères, et avec des variantes non négligeables entre les milliers de manuscrits dont nous disposons. Et il y a de multiples interprétations, autant que de lecteurs de la Bible, voire bien plus. C’est même pour cela qu’il est intéressant de lire la Bible et de chercher soi-même sa propre interprétation, car elle est faite pour interagir avec ce que nous sommes, nous dans les circonstances présentes de notre vie. Cette lecture est un outil de travail pour interroger notre vie, pour nous servir de miroir et de pistes de questions nouvelles. A nous alors de discerner quelle réponse sera la plus fidèle à ce que nous sommes et à ce que Dieu espère…

Si l’on pensait qu’une seule interprétation suffirait pour parler de Dieu, par exemple, cela réduirait Dieu à un objet solide et plat. Car même une statue en trois dimensions demande de multiples points de vue pour pouvoir être dignement étudiée. Un objet en mouvement ou en évolution demanderait bien plus encore pour en parler. Pour connaître une simple personne humaine, il faudrait encore infiniment plus de points de vue différents pour approcher les multiples facettes d’une personne et de son cheminement. Pour ce qui est de Dieu, du Christ, de la vie humaine, de la prière… une infinité d’interprétations différentes est donc une richesse, et ouvre à une humilité qui rend justice à ce qui, celui qui, est infiniment plus grand que nous.

Le critère est à mon avis la sincérité, l’effort et l’humilité de l’interprète. Il est donc mauvais signe quand un interprète présente une interprétation comme seule valable, ou comme définitive.

Voir, si vous le désiriez, cet article du Petit Dico de théologie sur la vérité

Amitiés
Que le Souffle vous inspire dans votre propre interprétation.

par : pasteur Marc Pernot

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