enfant concentré à son jeu avec de la boue - Photo by Fermin Rodriguez Penelas on https://unsplash.com/fr/photos/LJD_00L7Clo
Bible

Est-il « vrai » que l’adulte qui conserve une âme d’enfant, plaît à Dieu ?

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Faut-il « redevenir comme un enfant » pour plaire à Dieu et le rencontrer ? Le pasteur Marc Pernot explore ce que Jésus entend vraiment par cette image : non pas régresser ou se sentir insignifiant, mais grandir en confiance, en dignité et en attente confiante de Dieu.


Question posée :

Bonjour,

Je souhaiterais vous poser une question. Déjà, je vous en remercie.

Est-il « vrai » que l’adulte qui a conservé, conserve, une âme d’enfant, plaît à Dieu ? Et par là, il est plus aisé de le rencontrer, le sentir présent ?
Récemment j’ai plusieurs fois eu comme information, dans un livre ou une vidéo, que pour rencontrer Dieu nous devons redevenir des enfants. Pourriez-vous développer un peu cela ?

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Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Merci pour cette recherche de Dieu,

Nous plaisons à Dieu, vous plaisez à Dieu par le seul fait qu’il vous aime telle que vous êtes aujourd’hui. Rien dans notre attitude, en positif ou en négatif, ne fera que Dieu nous aime plus ou qu’il nous abandonne à notre triste sort.

Des attitudes qui aident à accueillir Dieu

Seulement, c’est vrai qu’il existe des attitudes qui l’aident à prendre soin de nous et des attitudes qui entravent ces gestes de Dieu pour nous. Il en est de même pour un médecin envers la personne malade, ou pour le professeur envers un élève de sa classe. Cela ne remet pas en cause leur compétence ni leur bonne volonté d’aider tel individu.

« Devenir comme un enfant » selon Jésus

Il est vrai que Jésus évoque à plusieurs reprises l’attitude qui favorise l’accueil de ce que Dieu espère nous apporter :

  • « Jésus leur dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. » (Marc 10:14) Ce n’est pas un appel à retourner en enfance, ni un appel à ne pas réfléchir par nous-mêmes (Jésus insiste au contraire sur la pratique de la réflexion personnelle). Je pense que c’est un appel à vivre son existence comme en croissance, en genèse continuelle : bien des paraboles présentent l’essentiel comme une graine qui germe, une plante qui pousse, un arbre. Être aussi comme un enfant : en apprentissage, en cheminement vers une autonomie croissante que nous laissent les parents et qui est si souvent évoquée dans les paraboles de Jésus avec le maître qui part en voyage, le berger qui laisse les brebis qui se portent assez bien.
  • C’est en même temps plus que cela, la question est d’être comme un enfant : engendré par ses parents. C’est chaque jour de notre vie que nous vivons cet engendrement progressif, rencontre par rencontre, jour après jour, au souffle de l’Esprit que nous avons reçu, que nous recevons et que nous attendons encore. Cet engendrement nous fait à l’image de Dieu, christique, prêtre, prophète et roi. C’est encore une croissance, mais dans une dimension naturellement inaccessible à nos seuls efforts, celle de la transcendance. Je rapprocherais cela de cet enseignement essentiel de Jésus, ouvrant le « Sermon sur la montagne » : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! » (Matthieu 5:3). Est pauvre celui qui manque mais n’est pas totalement démuni ; il est bon de noter que nous sommes pauvres en Esprit de Dieu, ayant déjà reçu une part de ce souffle divin, souffle nous créant et nous rendant capables de créer nous-mêmes. Et de se sentir en même temps comme ayant un besoin vital d’avoir plus d’Esprit, et de demander à Dieu de nous en donner, comme un pauvre va mendier du pain pour lui et pour sa famille.

Ce que cet appel ne signifie pas

Ce serait donc, je pense, à tort que l’on penserait cet appel de Jésus à ressembler à un enfant comme un appel à se sentir insignifiant, tout petit devant Dieu. En un sens c’est évident. Seulement ce n’est pas comme cela que Dieu nous voit et ce n’est pas comme cela que Dieu veut que nous nous sentions : il nous encourage, clame notre dignité de prince et princesse du Royaume, Jésus nous qualifie personnellement de « Lumière du monde », rien que cela. Et il veut en conséquence nous élever comme une lampe sur le chandelier, comme une ville sur le sommet d’une montagne, pas comme un vermisseau aveugle et minuscule. Cela arrangerait peut-être une personne voulant manipuler les autres de les exhorter à se sentir insignifiantes, pour mieux les dominer ? Jésus n’était pas comme cela, il envoie souvent la personne qu’il a aidée libre de retourner autrement à sa propre vie, comme elle l’entendra.

Cet appel à être comme un enfant ne signifie pas revenir dans le passé. Au contraire, c’est continuer à s’élever sans cesse, monter sur les épaules de la personne que nous étions hier pour aller plus haut.

Le concept d’âme dans la pensée biblique

Ensuite, le concept d’âme au sens courant du terme a plus été influencé par la philosophie grecque : avec une âme (spirituelle) contenue ou emprisonnée dans un corps (matériel). Dans la pensée biblique, la personne humaine est à la fois spirituelle et corporelle. L’ensemble est ce que la Bible appelle l’âme, à la fois chair et souffle, l’une comme l’autre dimension étant « très bonne », et surtout étant nous-mêmes, l’ensemble étant béni par Dieu, articulé par Dieu. C’est ainsi que le Christ est vu par Jean comme « la Parole de Dieu devenue chair » : elle n’emplit pas un corps de chair comme l’eau dans un vase, la Parole de Dieu est faite chair, devient chair. Un être de sang et de souffle extraordinaire.

Bravo pour votre interrogation vraiment essentielle, et certainement féconde. Je suis convaincu qu’effectivement cette attitude, cette pratique du questionnement dans l’espérance de mieux et plus « rencontrer Dieu, le sentir présent », est déjà une rencontre avec lui, est déjà être animé par lui, est déjà le sentir présent. Car il est la vie et la source de la vie, présente réellement dans votre démarche. Cette rencontre est cheminement et sentiment, or il y a de cela dans votre attente amoureuse de Dieu. Il est l’intelligence ultime du monde, chercher à comprendre, et donc se questionner est ouverture à cela.

Dieu vous bénit et vous accompagne. Il est présent en vous, et dans le monde pour vous.

par : pasteur Marc Pernot

À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de enfant, et celle d’Âme, voir les articles dédiés dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.

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