Est-ce que je peux être baptisée sans croire en Dieu ?

Par : pasteur Marc Pernot

Le baptême d'une adulte - Photo SHP

Question d’un visiteur :

Bonjour

Je suis depuis trois ans avec mon futur mari qui est d’une famille de protestants, mais moi je suis athée. Je vais souvent au culte car j’aime le moment de la prédication, je trouve que c’est comme des cours civiques.

Je voudrais me faire baptiser mais le problème c’est que je ne crois pas en dieu, je crois a toute ces bonnes paroles qui sont mon mode de vie du respect de chacun. Alors pensez-vous que je mérite d être baptisé sans forcement croire en dieu?

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo pour votre démarche nourrie de votre amour pour votre mari et sans doute aussi par une intelligence ouverte et bienveillante de ce que vous entendez au cours du culte.

Pour répondre à votre question, il me faut faire un petit détour par la théologie. Fondamentalement, le baptême est pour nous un signe de la grâce de Dieu sur une personne, c’est à dire, d’un point de vue laïc : de la dignité radicale de cette personne. Par définition, cette grâce est sans condition, c’ets un amour premier, ce qui n’est pas quelque chose d’invraisemblable car c’est ainsi qu’une maman aime son petit poussin qui vient de naître, dans la plupart des cas. Alors même que ce bébé ne comprend pas grand chose, n’est pas très coordonné, sa créativité est très limitée et sa communication réduite. Il est reconnu par ses parents comme leur enfant bien aimé, la prunelle de leurs yeux. Dieu nous regarde ainsi et c’est ce dont le baptême, tel que nous le définissons, est le signe. C’est pourquoi nous baptisons les bébés, précisément. Bien entendu, les parents espère que leur bébé se développera, même s’ils l’aiment déjà tel qu’il est. De même, la grâce de Dieu espère et fait tout pour que la personne se développe. Cette grâce de Dieu espère la foi de la personne, mais quoi qu’il soit l’amour n’est pas retiré. Un amour vrai est sans chantage.

Tout cela pour dire que toute personne est digne d’être baptisée. Et cela sans condition, dès lors que l’on retient comme sens même du baptême qu’il est signe de l’essentiel, c’est à dire de la grâce de Dieu pour la personne.

Par ailleurs, vous avez déjà largement dépassé ce stade, par votre intérêt pour la réflexion à partir de la Bible, et par votre demande d’être baptisée.

Pour ce qui est de Dieu, il faut s’entendre sur le terme. En quel Dieu ne croyez-vous pas ? Vous ne croyez pas en une sorte de Père Noël assis quelque part sur un nuage ? C’est normal et bon de ne pas y croire. Vous ne croyez pas en un despote qui distribue la santé comme la maladie, la pluie comme la sécheresse, je pense aussi que cela est juste ne ne pas croire en un dieu comme cela. Vous ne croyez pas en un juge qui tient des registres des bons et mauvais points et ne garde que les plus performants comme dans une entreprise sans pitié ? C’est bien, car l’Evangile du Christ annonce précisément que Dieu aime encore et toujours même la plus perdue des brebis perdues. Seulement, vous êtes à la recherche du bien, de la vie belle et rayonnante ? Vous êtes à la recherche de ce qui, dans le monde et en nous est la source de cela ? Après avoir cherché ce que vosu mettriez comme définition de cette source selon vous : c’est déjà une certaine idée de Dieu que cela.

Peut-être que tous les pasteurs ne diraient pas comme moi, car dans certaines églises le sens du baptême est différent, insistant plus sur la foi de la personne que sur la seule grâce de Dieu. Mais je trouve non seulement excellent mais très touchant que vous soyez baptisée comme vous le demandez.

Et si un jour, sait-on jamais, vous cheminiez au point de dire que vous commencez à avoir la foi en celui que Jésus appelle « Mon Père et votre Père », vous pourriez alors demander à faire une profession de foi, ou une confirmation de votre baptême. Et ce sera, pour Dieu et pour nous, une grâce.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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8 réponses

  1. Pascale dit :

    Cela fait vraiment du bien de lire ce témoignage, signe de la diversité et de sa richesse, et cette si belle réponse, pleine d’accueil et d’espérance.

  2. Luc dit :

    Dans le cadre plutôt protestant de la relation directe entre soi et Dieu, serait-il envisageable de (faire évoluer le « droit implicite » au moins de certaines Églises et qu’il soit reconnu comme valide de) se (proto-)baptiser soi-même chez soi, en s’inspirant des Évangiles mais en jouant les successivement ou simultanément les deux rôles du baptiseur et du baptisé ? Et ensuite de se considérer comme (auto-)baptisé ? Comme une étape avant peut-être un baptême public en Église, ou même juste pour en rester là si cela peut aider certaines personnes dans leur démarche de foi personnelle ?
    En fait cela me paraîtrait un geste assez fort si on le fait sérieusement.

    • Marc Pernot dit :

      C’est une intéressante question.

      Car si nous sommes enfants de Dieu, c’est par adoption de Dieu lui-même, c’est une question entre Dieu et nous-même, sans que personne ne doive ni ne puisse s’immiscer entre les deux.

      Cependant, il me semble vraiment important qu’une personne reçoive le baptême d’une autre personne.
      Cette grâce de Dieu n’est pas en cause, elle est donnée avec ou sans baptême. Cette question là est déjà réglée. Et bien des adultes demandent le baptême en ayant déjà pleinement conscience de cette grâce sur eux.
      La question du baptême est de poser un signe visible de cette réalité invisible. Et pour pour poser ce signe il me semble important qu’un tiers vienne donner ce signe,

      • De même que nous sommes humains parce que nous sommes reconnus comme humain, avant même que nous n’en prenions conscience.
      • Pour nous rappeler que l’être humain n’est pas une île, mais un corps. Ce qui unit ce corps c’est à la fois l’Esprit de Dieu et c’est aussi le souci de l’autre. Recevoir le baptême d’un autre, quel qu’il soit, lui-même baptisé ou non baptisé, me semble marqué cette dimension essentielle là de l’humain selon Dieu.

      Un baptême mutuel, l’un baptisant l’autre qui baptise l’un ensuite : cela me semblerait manquer aussi d’un tiers.

      Mais si, effectivement, une personne naufragée sur une île déserte, isolée de chez isolé, et non encore baptisée se donnait à elle même le baptême, pensant à la grâce de Dieu et à l’importance de la communauté humaine (dont cette personen serait sans doute plus que consciente), je pense que cela aurait vraiment du sens.

      Mais bon, de toute façon, comme le dit Jésus pour le shabbat : l’acte religieux est fait pour l’humain et non l’humain pour le shabbat. Il ne faut donc pas non plus sacraliser telle ou telle forme idéale du baptême ou de tel autre rite, culte ou sacrement. Mais plutôt de reconnaître comme sacrée la vie qui vient de Dieu, dans toutes ses dimensions. Par grâce.

      Il y a

      • Luc dit :

        Oui je suis d’accord avec l’intérêt de la démarche dans le cas d’une personne socialement isolée d’autres chrétiens. Cela pourrait même sans doute être élargi à d’autres situations que celles de type Robinson Crusoé, par exemple à des situations d’isolement vis-à-vis d’autres chrétiens pour motifs politiques (dictature) ou sociaux (intolérance).

        Par « en jouant successivement ou simultanément les deux rôles du baptiseur et du baptisé » j’entendais par rapport à soi-même uniquement : on se conçoit baptiseur de soi-même puis recevant le baptême (de soi-même), ou bien simultanément les deux à la fois. Il y aurait effectivement aussi les cas de baptême privé réciproque par deux personnes qui se baptiseraient l’une l’autre en dehors d’un cadre d’Église, un peu comme un lavement de pieds réciproque sur le modèle de l’Évangile. Ou encore, en se rapprochant encore un peu plus du cas standard de baptême, le cas de baptêmes privés (non publics) mais par un(e) pasteur(e) dans le cadre d’une Église.

        Un autre point concernant l’intervention d’une tierce personne, c’est que cela peut être vécu comme une gêne, potentiellement même à plusieurs niveaux, vu l’importance au moins sur le plan personnel pour la personne qui reçoit le baptême de la personne qui a baptisé : par exemple dix ans après un baptême, l’Église dans laquelle on a été baptisé peut avoir changé ou la perception que l’on a d’elle peut avoir changé, le/la pasteur(e) qui avait baptisé la personne peut également avoir changé (de manière importante qui pourrait interféré avec la conception de Dieu ou de l’Église que l’on a j’entends), ou bien soi-même on a changé, ou bien des différences de croyances importantes apparaissent que l’on n’avait pas du tout perçues au moment de la préparation du baptême, typiquement sur les sujets de trinité/unitarisme et de puissance potentielle de Dieu plutôt très importante (non toute-puissance) ou bien au contraire plutôt une puissance matériellement faible ou nulle.

        En tout cas, on remarque la thématique d’un second baptême qui revient de façon un peu récurrente sur ce site. Je sais bien que théoriquement on ne rebaptise pas, mais une partie de la cause de ce genre de demandes pourrait être à mon avis justement ce type de « gêne » ressentie par rapport au contexte du baptême déjà reçu.

        Au final, on pourrait imaginer donner un nom différent à cet acte : un auto-baptême, qui pourrait se faire indépendamment d’un baptême classique, avant ou après. D’un point de vue théologique, cela paraîtrait plus logique après un baptême : c’est en tant que baptisé que l’on s’auto-baptiserait en conférant à cet acte une signification personnelle potentiellement voisine, potentiellement un peu différente du baptême classique. Peut-être afin de ressentir symboliquement davantage l’ouverture de Foi et croyance directe à Dieu selon ses croyances propres, indépendamment de toute médiation initiale via une Église, un(e) pasteur(e) ou un prêtre baptisant.

        Cordialement,

  3. Sophie dit :

    Bonjour,

    Je suis un peu dans le cas de cette personne, en tout cas je chemine dans cette direction : j’assiste au culte depuis un an ou deux sans être (franchement) croyante (bien que j’aie élargi ma compréhension de ce terme, comme vous le suggérez dans votre propre message), et je commence à jouer avec l’idée du baptême. Mais pour quoi, pour qui, et comment ?

    « Pour quoi ? » : pour approfondir le lien qui me lie à cette communauté, cette église, cette manière d’expérimenter la foi. Peut-être de manière étrange, la question du lien à Dieu, à l’Esprit est pour moi tout à fait déconnectée de celle du baptême : cette question, je la travaille depuis un bout de temps dans l’intimité, par des lectures, par le recueillement silencieux. Je ne crois pas que, pour moi, être baptisée changerait grand chose à cela.

    La question est donc plutôt : « pour qui ? » C’est ici que ça se corse. Je crois que, dans le fond, mon aspiration est celle de l’appartenance : à cette tradition spirituelle qui est celle de ma famille, à cette communauté que j’aime fréquenter, à cette église et à la conception de l’existence qu’elle promeut. Mon problème est le suivant : bien que je sois à peu près sûre que le pasteur de ma paroisse ait une conception proche de la vôtre, je suis moins sûre que ce soit celle d’un certain nombre de ses paroissiens. En conséquence de quoi j’hésite beaucoup : j’ai envie de franchir ce pas du baptême, mais je crains que cela soit interprété de manière un peu trop simpliste, peu nuancée, par certaines des membres de cette même communauté — et j’ai par conséquent peur soit de les décevoir avec ma « tiédeur » en matière de croyance, soit de taire cette dernière et de vivre dans un malentendu qui heurterait mes aspirations à la vérité et à l’intégrité. J’aimerais être accueillie dans cette communauté telle que je suis, avec mon scepticisme et mes interrogations (mais aussi ma volonté d’approcher avec intérêt et honnêteté tout ce qu’elle propose). Or le cadre d’un baptême d’adulte lors d’un culte me semble mal ajusté pour cela : « Certes, Jésus-Christ est le seigneur, mais laissez-moi vous expliquer ce que j’entends et surtout ce que je n’entends pas par-là ». Bof.

    Ce qui m’amène à la question « Comment ? » : je crois que ce qui conviendrait le mieux à mon état d’esprit et à mon cheminement tel qu’il est serait un baptême en privé, ou en tout petit comité. Mais je vois là le paradoxe de ce souhait : si ce qui me met en mouvement est le souhait d’appartenir à une communauté, alors pourquoi l’exclure de cette célébration ? Ou peut-être est-ce un indice que ce n’est pas (encore) le bon moment pour moi ?

    Qu’en pensez-vous ?

    • Marc Pernot dit :

      Bonjour

      Selon mon expérience, quand une personne commence à se poser sérieusement la question du baptême, c’est qu’elle est prête. C’est aussi simple que cela. Et ce n’est pas pour vous forcer la main que je dis cela, puisque hélas vous ne faites pas partie des personnes que je vois au culte le dimanche dans le canton de Genève.

      Pour qui ? Je pense qu’à 98%, voire 99%, c’est pour vous, c’est à vous que vous pouvez penser en recevant le baptême. Le rite est une chose puissante qui vient nous dire les choses d’une manière assez profonde. Ce serait dommage, à mon avis, de le faire pour qui que ce soit d’autre. En tout cas pas pour les gens, car en ce domaine de la foi nous n’avons pas à attendre d’être évalué. Dieu lui-même ne nous juge pas sur les rites que nous aurions traversés.

      Comment ? Comme vous le sentez le mieux, et j’espère que le ou la pasteur de votre paroisse vous accueillera telle que vous êtes et le souhaitez.

      Dieu vous bénit et vous accompagne

      • Sophie dit :

        Merci de votre réponse ! J’aimerais assister au culte à Genève, ville que je trouve magnifique et passionnante. Peut-être en aurai-je l’occasion un jour. 🙂

        Concernant l’aspect communautaire du baptême, j’imagine que je suis sensible à la conception de Zwingli (cf. cette citation de Gounelle : “Au contraire, Zwingli voit dans les sacrements une action de l’homme, qui en les recevant ou en les prenant témoigne publiquement de la grâce qu’il a reçue. On a donc un geste du croyant qui s’adresse à ses semblables, un mouvement du fidèle qui dit sa foi aux autres fidèles et aux infidèles”, source : https://www.erudit.org/fr/revues/ltp/1990-v46-n2-ltp2137/400533ar.pdf). Il me semble que c’est aussi la conception que vous promouvez le plus souvent dans ces pages virtuelles. C’était le sens de ma question “Pour qui ?” Il ne s’agit pas tant de “faire plaisir” à telle ou tel, mais plutôt de jouer le jeu de la communauté qui m’accueille déjà de fait, de ne pas être éternellement “sympathisante” quand cette position finit par témoigner d’un manque de courage (de s’engager, de s’engager publiquement, d’assumer, ce genre de chose).

        En un sens, le baptême n’aurait véritablement de sens pour moi que dans ce contexte (puisque pour le reste, c’est entre Dieu et moi ;-)). Mais en même temps, j’aime assez peu les déclarations de foi publiques, et j’aurais peur des malentendus (cf. mon premier message). Bref : pas facile !

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