22 février 2026

Une image réaliste générée par Gemini représentant une vieille Bible dans une oliveraie au coucher du soleil avec une main qui retire des épines.
Bible

Dieu peut-il se repentir et envoyer des maux qu’il envoie ? Six clés de lecture théologique

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Le prophète Joël affirme que Dieu « se repent des maux qu’il envoie ». Un Dieu d’amour peut-il être à l’origine de la souffrance ? Un Dieu parfait peut-il changer d’avis ? Le pasteur Marc Pernot propose six clés de lecture théologique pour éclairer ces questions, à la lumière de l’Évangile de Jésus-Christ.


La question de Gabrielle

Cher Pasteur,

Un grand merci pour vos posts et vos partages inspirants que je découvre et lis toujours avec plaisir et intérêt ! C’est en toute confiance que je m’adresse à vous aujourd’hui, parce qu’au détour de mes lectures de la Bible, je suis tombée sur une épine. Joël dit ainsi : le jour de l’Éternel est proche. Revenez à l’Éternel votre Dieu, car il est compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté. Et il se repent des maux qu’il envoie.

Ce texte me pose deux problèmes. D’une part, sur le mal. Notre Dieu d’amour et de bonté peut-il nous envoyer des « maux » ? Et pourtant les sauterelles sont bien réelles et le pays dévasté. D’autre part, sur le repentir. Un Dieu parfait et tout-puissant peut-il se repentir de ses actions ? Comment le comprenez-vous ? Comment l’expliquer ? Je sais bien qu’il ne faut pas prendre la parole au pied de la lettre, mais ce texte me laisse perplexe. Peut-être est-ce une subtilité de traduction. Fasse que l’Esprit vous inspire pour m’ôter cette épine !

Bien fraternellement,

Gabrielle

Quand Dieu se repent dans la Bible

Chère Gabrielle,

Merci pour les encouragements. C’est vraiment très sympa.

Voici le passage qui vous a conduit à cette question très intéressante :

« Maintenant encore, dit l’Éternel, revenez à moi de tout votre cœur, avec des jeûnes, avec des pleurs et des lamentations ! Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et revenez à l’Éternel, votre Dieu ; car il est compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et il se repent des maux qu’il envoie. »
Joël 2:13

Il arrive souvent dans la Bible que Dieu soit montré en train de se repentir. Par exemple dans l’histoire du déluge (Genèse 5 à 9). Il commence par se repentir d’avoir créé l’humanité qu’il découvre fort violente et il envoie le déluge pour tuer tout le monde sauf 8 personnes et un couple de chaque animal. Ensuite, Dieu change encore une fois et se repent d’avoir semé la destruction et choisit de promettre de ne plus jamais se comporter en destructeur, mais plutôt de faire alliance avec l’humanité et les animaux, prenant en compte qu’ils sont, eux, des êtres portés à la violence.

Comment comprendre le fait que Dieu change ?

À mon avis, il y a plusieurs raisons possibles à ce genre de récits :

Dieu évolue : le Vivant par excellence

1) Contrairement à ce que l’on entend parfois, Dieu évolue : Dieu est « le Vivant » par excellence et le propre du vivant est d’évoluer. C’est ce que confesse par exemple l’Apocalypse quand elle traduit le nom de Dieu Yahwéh très justement par : « ‭celui qui‭ est‭‭‭,‭ qui‭ était‭, et‭ qui‭ vient. » (Apocalypse 1:4) : Dieu qui vient, ou qui advient (ἐρχομαι), c’est un Dieu qui est en train de devenir lui-même. La perfection de Dieu n’est donc pas l’immobilisme comme s’il était un diamant, mais au contraire sa perfection comprend le fait d’être vivant et d’être en évolution. Cette théologie a une conséquence intéressante pour nous : elle nous donne une image de l’idéal vers quoi nous pouvons tendre nous-mêmes : être en évolution, chercher à progresser sans cesse, nous comprendre nous-mêmes comme étant en devenir. Cela se retrouve dans cette visée que nous donne le Christ, étant « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14:6) : notre idéal est d’être en cheminement et en même temps dans la fidélité (c’est le sens de « vérité » ici), et ainsi d’être vivant. Dieu est ainsi : il chemine, il évolue tout en étant fidèle à lui-même, il chemine et évolue parce qu’il est fidèle à ceux qu’il aime : c’est cela, aimer. Et c’est cela être véritablement vivant.

Dieu aime et s’adapte à la liberté humaine

2) La seconde raison du fait que Dieu change, c’est précisément aussi parce que Dieu aime : il tient compte des personnes et du monde qu’il aime, comme ces éléments de la création sont eux-mêmes en évolution permanente : il faut bien que Dieu s’adapte. Car dans la Bible, la liberté de l’homme existe et elle surprend souvent Dieu ! Par exemple dans chacun des premiers récits de la Genèse : Dieu laisse les humains se débrouiller librement, éventuellement après les avoir enseignés. Quand Dieu revient, il est surpris de ce que les humains ont fait (Adam et Ève, Caïn, les habitants de Babel, Abraham et Sarah). Dieu prend alors une décision afin de rectifier le tir : il a dû s’adapter, changer ses plans par amour.

La théologie dysthéiste dans la Bible

3) La troisième raison d’être de ces récits de la Bible où Dieu semble destructeur au début puis devient bon, pardonnant et bénissant : c’est le signe d’une certaine théologie que l’on trouve parfois dans la Bible où Dieu peut faire le bien mais peut aussi faire le mal : c’est ce que l’on appelle une théologie dysthéiste (→ En savoir plus), ce n’est pas la théologie de tous les auteurs de la Bible, mais la Bible est pluraliste, et cela existe. Ce n’est pas du tout la théologie de Jésus-Christ, donc cela peut nous surprendre dans certains textes de la Bible hébraïque (Ancien Testament). Jésus a vraiment éclairci notre compréhension de l’être de Dieu, et du bien. Comment interpréter alors ces textes où on a l’impression que Dieu fait du mal, punit, rend malade ou même tue ? À mon avis, il faut comprendre que c’est plutôt la vie qui a frappé, malgré la volonté de Dieu (comme le dit Jésus dans son Notre Père : la volonté de Dieu n’est pas entièrement faite sur terre : il y a des catastrophes naturelles, des maladies et du mal que nous faisons aussi. En Christ nous savons maintenant que Dieu n’est absolument pour rien dans ces souffrances, bien sûr, au contraire, non seulement il essaie de nous guider, mais il est à nos côtés, même si nous sommes coupables et bien sûr avec compassion quand nous sommes victimes, pour lutter contre la souffrance. Mais bien sûr, Dieu n’est jamais du côté de la souffrance.

La pastorale de la peur dans la prédication prophétique

4) Ce genre de récit où Dieu punit les coupables peut se trouver alors dans la bouche de prophètes qui utilisent cela comme une menace dans leur prédication pour amener le peuple à se ressaisir et à avancer dans la foi et dans la justice. Il y a donc une menace de Dieu de tout détruire, disant : voilà ce qu’ils ont fait… Maintenant ça suffit, je vais les détruire, mais heureusement, quelques paragraphes passent, Dieu redevient le Dieu d’amour, de pardon et de soins pour son peuple. Dans un sens ce n’est pas entièrement faux parce que quand nous faisons n’importe quoi, nous ouvrons effectivement la porte du chaos et du mal dans notre existence et que cela se paye souvent cash. Mais ce n’est alors, bien sûr, pas Dieu qui envoie la destruction, c’est la vie, et Dieu en est bien désolé pour nous. Pourquoi est-ce que les prophètes présentent alors leur parole comme cela ? C’est une pédagogie un peu grossière et très ancienne de la carotte et du bâton qui a été reprise, hélas, dans certaines églises : c’est ce que l’on appelle en théologie « la pastorale de la peur » d’un Dieu juge terrible qui éprouve et punit les coupables. À mon avis, ce n’est pas fidèle au Dieu que manifeste Jésus-Christ : Dieu qui aime et fait du bien, qui bénit même ses ennemis ! Mais il est vrai que cette sorte de menaces est assez efficace pour dresser les gens. Hélas, c’est au prix de troubler la foi des fidèles : avec une crainte de Dieu qui vient troubler la confiance que nous pouvons avoir en lui, ce qui rend la prière craintive et méfiante, traumatisée.

Le juste et le méchant : un procédé littéraire biblique

5) La cinquième raison d’être de ces textes où Dieu détruit les coupables se trouve dans le cadre de ces textes bibliques qui présentent différents types d’humains, le juste et le méchant, et où Dieu élimine le méchant et aide le juste à s’épanouir. On reconnaît facilement ce procédé littéraire. Il faut comprendre bien sûr que nous sommes à la fois, tous, le juste et le méchant, et donc que cette violence de Dieu n’est contre personne en particulier, elle est au bénéfice de chacun pour libérer sa meilleure part et éliminer ce qui l’empêche d’avancer.

Une pédagogie pour faire évoluer notre image de Dieu

6) La sixième raison d’être de ces passages racontant que Dieu fait souffrir et tue au début de l’histoire avant de changer, de se convertir et de devenir bon est une pédagogie qui vise à faire évoluer le lecteur dans sa théologie. Par exemple, le long récit du déluge (Genèse 5 à 9) nous propose précisément de ne plus avoir une théologie d’un dieu destructeur des coupables, représenté au début, et d’adopter une théologie d’un Dieu qui pardonne, qui aime et qui fait alliance, représenté à la fin de ce récit. Autre exemple, c’est ce que l’on appelle le sacrifice d’Abraham ou le récit de la ligature d’Isaac (Genèse 22) : au début, Dieu semble être un de ses dieux qui demande un sacrifice humain pour bénir son peuple, et à la fin, on découvre là encore un Dieu de la bénédiction, un dieu qui a déjà tout donné avant même que l’humain ne fasse quoi que ce soit. Ce récit était fort utile dans le contexte où les Hébreux étaient entourés de peuples qui avaient une théologie d’un Dieu commerçant : donnant sa bénédiction en échange de sacrifices, éventuellement même de sacrifices humains. Dans ce récit, ce n’est pas vraiment Dieu qui change, c’est l’idée que nous avons de Dieu, qui est appelée à changer. Et cesser d’être dans la crainte de Dieu même quand nous sommes coupables.

Jésus-Christ, notre clé d’interprétation

Voilà ce à quoi je pense déjà comme raison d’être de ce type de récit. Voilà déjà six pinces à échardes pour tenter d’enlever ces épines dans votre lecture de la Bible. Il y en a peut-être d’autres encore, mais avec cette panoplie, je pense que la plupart des cas de ce genre peuvent être résolus. À vous ensuite de voir pour tel ou tel texte quel outil vous semble le mieux convenir et ce que ce texte peut alors vous apporter pour votre théologie, pour votre compréhension de la vie, pour votre prière confiante en Dieu, puisque, toujours, encore et encore, il vous bénit et vous accompagne avec tendresse.

En tout cas, le premier bénéfice immédiat de la lecture de la Bible était de vous poser des questions en la lisant, en ne faisant pas l’économie de vous révolter contre le texte quand il n’est pas cohérent, ou ne semble pas cohérent avec l’Évangile de Jésus-Christ. Car c’est cela finalement qui est notre clé d’interprétation : Jésus-Christ n’a fait que du bien, il manifeste la façon d’être de Dieu, par conséquent, Dieu ne peut faire que du bien. Et c’est une formidable bonne nouvelle.

pasteur Marc Pernot

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