Dieu n’est pas une réalité pour moi, il ne m’est donc pas possible de prier

Orant.e entre colombe et chrisme - Image: 'Museo Nazionale Romano - Terme di Diocleziano' by @@@@@ exPRO  https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/ http://www.flickr.com/photos/42858885@N00/8440073187

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour
Ayant reçu le baptême, et une éducation chrétienne,
《 DIEU n’est pas une réalité pour moi. 》
Donc, il ne m’est pas possible de prier.
Merci et bonne fin de journée.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Si, bien sûr, il est possible de prier même si l’on ne pense pas qu’il existe une sorte d’être surnaturel quelque part assis sur un nuage.

Tout dépend de ce que l’on met derrière le mot « prier », et derrière le mot « dieu ».

Notre dieu, nous dit par exemple la philosophie, est notre « préoccupation ultime », ce qui pour nous a une priorité maximale dans la vie. Ce qui est pour nous la finalité, et ce qui pour nous rend notre vie belle, au moins qui rend beau un instant de notre vie, un geste, une espérance.
Pour l’un ce sera sa jouissance, pour l’autre l’amour, pour un autre la juste rétribution, ou la créativité, ou la fraternité…
Certain appelle Dieu ce qui est pour eux l’ultime. D’autre l’appellent autrement, ou pas du tout. Certain ne le rationalisent pas, ou n’y pensent jamais, n’affinent pas ce qu’ils entendent par là, ne se posent pas la question sur ce qu’ils cherchent en réalité, et c’est un peu dommage, à mon avis. Mais on a le droit.
Existe t-il une personne, une entité, une chose incarnant cet ultime, oui, en chaque homme. Existait-elle quand il n’y avait personne pour penser ou pour espérer ? Je pense que c’est plausible. Mais qu’en sait-on en réalité ? Et est-ce que cela a une importance de se poser la question puisque nous sommes là et que nous pensons ? Oui, à mon avis, c’est non négligeable, mais cette question n’a pas une importance très grande quand même.

Voilà pour dieu.
Et la prière ?

La prière, c’est au moins se placer devant son idée du bien et du bon, du beau (c’est en quelque sorte la définition philosophique de la prière). C’est déjà cela méditer son dieu, c’est en faire un peu le tour, le contempler pour se le remémorer, dire avec nos mots ce dieu auquel on croit. Y penser. Et pour celui qui ne croit pas en Dieu, ce serait réfléchir à cette curieuse question : s’il existait un dieu, quel genre de Dieu j’aimerais qu’il soit ? Comment je l’imagine. C’est très utile. Ce geste est essentiel à mon avis car on prend alors conscience de ce qui nous anime, et on peut évoluer sur ce que l’on espère et adopte comme idéal. Cela ne vient pas d’un coup et l’on a une vie pour le perfectionner. C’est comme un effort de philosophie pratique, c’est comme une auto-analyse où l’on se recentre sur ce qui nous semble être l’essentiel, et notre être peut un peu se rassembler, se réunir, s’unifier un peu autour de cela, grâce à cela. Alors cet ultime nous fait évoluer, ce dieu nous crée alors un peu à son image. C’est très réel, et donc oui, vraiment, ce dieu a une réalité. D’où, à mon avis, le danger pour celui qui ne réfléchit pas une seconde à ce qui est sa propre « préoccupation ultime »,car il se fait alors créer par ce qu’il ne connaît même pas et qui lui vient d’influences diverses et d’émotions, d »instincts plus ou moins en fouillis.

La prière c’est ensuite penser à sa journée en regard de son dieu, de son idéal. Et cela aussi n’est pas un exercice inutile, car il y a alors un travail sur la cohérence entre ce que l’on croit, ce que l’on est, et ce que l’on vit.

La prière c’est aussi placer ce que l’on espère face à sa conception de l’ultime. Ce n’est pas pour convaincre une sorte de père noël qui serait au ciel au lieu d’être en Finlande, de nous donner ce que l’on veut. Mais c’est pour purifier nos projets, les rendre peut-être moins puérils, leur donner un souffle d’idéal.
Donc, oui, je prie.

Et même, dans la prière, il m’arrive de sentir comme si je n’étais pas seul et quelque chose en moi était touché. Est-ce simplement le résultat d’une saine auto-analyse ? Est-ce une influence de dizaines de milliers d’années de culte rendus aux divinités, depuis que l’humain n’est pas simplement une sorte de singe, frémissant d’une sorte d’expérience mystique, peut-être un peu comme la personne qui a peint un bison dans les grottes de Lascaux ? Qu’importe, si cela me fait cheminer vers un moi-même qui me semble être un peu plus et mieux moi-même, un peu plus éveillé ?

Je suis assez pragmatique, et finalement c’est cela qui importe. Et qui me fait aimer prier régulièrement.
Je suis assez idéaliste, esthète, et cela aussi me fait aimer la prière. Et la théologie.
La prière comme un art de vivre.

Mais chacun fait ce qu’il veut, ce qu’il peut.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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