
Dieu a-t-il besoin qu’on l’adore, qu’on le loue. Et si oui, pourquoi et de quelle manière ?
Dieu a-t-il besoin d’être loué et adoré ? Le pasteur Marc Pernot explique que la louange n’est pas destinée à satisfaire un ego divin, mais à ouvrir le cœur humain aux bons soins de Dieu et à la vie. Un éclairage sur le sens véritable des rites et du culte.
Une question sur le sens de la louange et de l’adoration
Bonjour,
Ma question est la suivante : « Dieu a-t-il besoin qu’on l’adore, qu’on le loue ? Et si oui, pourquoi et de quelle manière ? »
J’ai fréquenté des églises où on chante, danse, applaudit Dieu/Jésus, où on répète à tue-tête le nom de Jésus et où on crie des alléluias comme des ponctuations entre les phrases.
Est-ce qu’il est « heureux », est-ce qu’il a « besoin » de tout cela ? Qu’on se trémousse pour lui ? Qu’on l’applaudisse ? Qu’on scande son nom ?
Je peux comprendre que les fidèles se sentent mieux après avoir chanté et dansé pendant une matinée. Mais Dieu n’est-il pas humble ? A-t-il un ego ? Je n’arrive pas à croire qu’il ait besoin qu’on lui dresse des louanges comme à un dictateur romain. Si des gens avaient cette attitude envers moi, cela me dérangerait (et pourtant je ne suis qu’homme).
Est-ce que ces rites font partie du message de Dieu ? Ou peut-être que les rites sont faits pour les hommes et pas pour Dieu…
Cordialement.
La réponse du pasteur Marc Pernot
Je pense que vous avez tout à fait raison. Le but fondamental de la louange est d’ouvrir le cœur de la personne à la fois aux bons soins que Dieu désire nous apporter, et de nous ouvrir aux bons côtés de la vie et de ce monde. C’est une excellente démarche en soi.
La louange : entre démarche intime et dynamique de groupe
Seulement, je dirais que comme toute prière, selon Jésus, elle est fondamentalement une démarche intime, cœur à cœur avec Dieu. Jésus insiste beaucoup là-dessus en Matthieu 6. Car il y a toujours le risque d’une aliénation de l’individu par le groupe. Pourtant, si c’est dans un but pédagogique, la louange autour du culte est bonne, afin d’aider chacun à développer ensuite cette pratique de louange intérieure et personnelle.
Quand est-ce que la louange au culte nourrit la prière personnelle du fidèle, et quand est-ce que cette ambiance de groupe vient au contraire prendre le dessus dans sa piété, et écraser le côté intime de sa relation ? C’est à évaluer par chacun. Cela dépend de la manière dont sont conduits ces cultes : parfois, il y a une sorte de transe de groupe, d’exaltation qui fait que l’ambiance prend le dessus sur la personnalité de chacun.
C’est facile à savoir : il faut se demander si l’expérience de groupe devient pour nous-mêmes une sorte de sommet de notre relation à Dieu. Par rapport à ce que dit Jésus, ce serait alors trop. Mais si le sommet de notre relation à Dieu est notre propre prière chez nous, dans le secret, et que la pratique du culte (à notre rythme) a développé notre envie de prier « dans le secret », alors c’est excellent.
Dieu a-t-il besoin de nos louanges pour être heureux ?
Ensuite, est-ce que Dieu est « heureux » que nous lui fassions monter des gerbes de louanges ? Je ne pense pas que ce soit vraiment la question. Ce que Dieu apprécie, c’est effectivement que nous nous portions mieux, car il nous aime (c’est ce que dit Jésus dans la parabole de la brebis perdue et retrouvée en Luc 15:7). Si la louange en groupe aide notre louange personnelle, qui elle-même nourrit notre foi, notre espérance, notre amour de la vie et de notre monde… alors oui, Dieu se réjouira. Car nous aurons personnellement avancé.
Les rites sont faits pour l’humain, et non l’inverse
Donc oui, les rites sont faits pour les humains. C’est d’ailleurs ce que dit Jésus en parlant du sabbat, le rite majeur dans sa religion : « Le sabbat a été fait pour l’humain, et non l’humain pour le sabbat » (Marc 2:27). Le rite nous est donné comme un outil au service de notre développement. Ce n’est pas une fin en soi, et ce n’est pas sacré.
C’est, je pense, une réponse humaine développée et affinée de génération en génération afin de répondre à l’appel de Dieu au fond de notre conscience : « Cherchez ma face » (Psaumes 27:8). C’est ce que Paul appelle exercer notre piété, l’exercer comme on fait de la gymnastique pour dynamiser et assouplir notre corps (1 Timothée 4:8).
En conclusion, les rites, le culte, la religion collective et privée sont faits pour développer notre relation entre nous et Dieu, ce qui tendra ensuite à satisfaire les deux.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
Pour approfondir : Retrouvez l’éclairage théologique sur ce que signifie culte au sein du Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Qu’est-ce que c’est que la louange ? A quoi ça sert ?
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Dans quelle mesure notre relation à Dieu relève-t-elle du domaine de l’intime, de la pudeur ?
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Pour exercer des devoirs quotidiens envers Dieu, exercices spirituels, que diriez-vous que cela devrait être ?

Une religion est principalement un l’ensemble de rites, d’évents, de “sacrifices de louange” au cours de l’année. Une religion est d’abord une pratique tournée vers un développement spirituel et humain, elle est un temps liturgique permettant une communion avec la nature, avec toute la Création.
Une religion ne devrait pas être considérée comme un ensemble de croyances et de dogmes, de recommandations et de règles, tel un “catéchisme”. Une telle religion déclamatoire serait intolérante et intégriste en elle-même, elle n’est pas crédible aujourd’hui
« Une religion est d’abord une pratique tournée vers un développement spirituel et humain »
C’est effectivement ce que propose Jésus quand il dit à propos de shabbat (le principal acte religieux dans la Loi de Moïse « Le sabbat a été fait pour l’humain, et non l’humain pour le sabbat » (Marc 2:27).
Je m’associe à votre vœux qu’une religion sacralisant un système de croyances, de rites et de morales ne serait plus crédible. Mais je n’en suis pas certain que ce soit général, hélas. Une religion au service du développement de l’humain demande du travail, de l’investissement, de l’incertitude pour la personne, c’est pourquoi certaines préfèrent adopter un système sur lequel la personne peut entièrement se reposer.