Désespoir face à la vie et au silence de Dieu, sourd à nos douleurs, nos tribulations.

orage sur la mer - Photo by JOHN TOWNER on Unsplash

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Cher pasteur Pernot,

Je n’ai pas de question à poser. Juste pour dire ma peine devant le silence de Dieu. Sourd à nos douleurs, nos tribulations. Même pas un signe.
Je n’en peux plus, je n’y crois plus. Toute cette souffrance en moi sans consolation de Dieu, d’un ami, de la famille.

C’est trop pour moi. En quoi cette vie mérite t-elle d’être vécue ? Pour souffrir encore et toujours ? D’être humilié sans cesse ? Sans espoirs, sans soutiens, en se demandant si C’est finalement pas mieux de se jeter sous un pont ? C’est ça les promesses de Dieu ? Non merci bien! Ça dure depuis bien trop longtemps.

C’est fini, dieu est un leurre. Un ersatz donné aux désespérés comme moi pour tenir.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

C’est vrai qu’il est possible, et pertinent, de parler du silence de Dieu, et de se plaindre de son absence, de son manque de soutien. La preuve, c’est ce que le Christ lui-même a fait sur la croix, reprenant le cri de David dans son Psaume 22 « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? Mon Dieu! je crie le jour, et tu ne réponds pas; La nuit, et je n’ai point de repos. Pourtant tu es le Saint, tu sièges au milieu des louanges d’Israël… »

C’est ce que l’on ressent dans nos temps de creux, de dépression, de souffrance extrême. Et c’est bien normal. Et c’est précisément parce que dans ces temps de creux nos forces sont submergées qu’en réalité Dieu ne nous abandonne pas. Mais cela nous n’en prenons conscience souvent qu’après coup, comme dans ce poème trop connu « des pas sur le sable« , et un petit simplet d’apparence mais qui reflète bien ce que tant et tant de personnes vivent : le sentiment d’abandon de Dieu quand la détresse est profonde, suivi de l’expérience que l’aide de Dieu a été décisive une fois le pas franchi. C’est ce que dit aussi le Psaume 22, qui commence donc sur cette plainte, la développe et dans lequel surgit un « tu m’as répondu » venant par surprise, comme un cheveu sur la soupe. C’est ce que dit également le plus célèbre des Psaumes « L’Éternel est mon berger » (Psaume 23) avec son récit imagé de marche douloureuse dans une vallée toute faite d’ombres et de mort et où pourtant l’Éternel était là, accompagnant l’humain dans sa noire détresse, comme une lumière non vue, comme une source de vie non détectée, et où cette vallée débouche, finalement, sur une autre expérience de la vie. Pas de bonheur total comme dans un rêve, mais une vie normale et marquée par une bien réelle trace de bonheur et de grâce.

Mais effectivement, dans le creux de la dépression, rien de tout cela n’est encore visible. C’est la caractéristique même de ce temps-là. Et c’en est le symptôme qui permet de le repérer : quand nous voyons tout en négatif, à 100% : et nous-même, et la vie, et même Dieu. Alors il est manifeste que ce point de vue est exagéré, qu’il ne reflète pas la réalité qui est toujours plus mitigée que cela. Mais dans ce négatif, dans cette déception même, il me semble que l’on peut voir une image de la réalité que l’on ne voit plus. Par exemple, dans votre juste plainte d’un Dieu sourd à nos douleurs, nos tribulations, ne faisant pas un geste, pas un signe, pas une consolation, un Dieu qui n’existe plus : je vois une exacte définition de qui est vraiment Dieu. Ce que vous attendez de Dieu est exactement ce qu’il nous apporte, dans les bons jours et dans les mauvais jours, et encore dans les pires des jours où nous ne sommes pas en mesure de nous en rendre compte, évidemment.

Ah si vous aviez quand même un ami, une personne sympa pour vous accompagner un peu. Pour des raisons historiques et conjoncturelles complexes, l’individualisme, et donc la solitude, le manque de solidarités est criant, partout ; en famille et entre voisins, en église et en corporations, dans noter société, entre pays. Cela détecté, comme chrétiens, cela nous interroge, cela nous appelle. Comment retisser des liens de simple compassion pour celui qui souffre, et qui est si seul ? C’est sans doute une véritable urgence.

Avec mes pensées sincères,
Dieu vous bénit et vous accompagne.

Bien amicalement

par : pasteur Marc Pernot

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