Un effant apprend à lire en suivant avec son doigt - Photo de Michał Parzuchowski sur https://unsplash.com/fr/photos/BPXSTl_HBhk
Bible

Dans la Genèse, Dieu expulse Adam et Ève pour un simple pomme, puis il protège Caïn meurtrier de son frère ?

Par : pasteur Marc Pernot

Un effant apprend à lire en suivant avec son doigt - Photo de Michał Parzuchowski sur https://unsplash.com/fr/photos/BPXSTl_HBhk

Apprendre à lire, et aussi à comprendre, un monde s’ouvre

Question posée :

Tout ça pour une pomme ?
Si l’expulsion du paradis es une sanction pour avoir mangé le fruit, comment expliquez-vous que Caïn, qui a tué son frère, soit seulement marqué d’un signe qui le protège ?

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Lire la Bible en se posant des questions

Bravo de lire la Bible avec attention, et en vous posant des questions, la Bible est absolument faite pour cela, et cette démarche est très féconde.

Vous avez tout à fait raison de remarquer la différence entre ces deux récits qui se succèdent directement en Genèse 3 et 4. Surtout que, franchement :

  1. Avoir un geste de désobéissance par gourmandise, comme Adam et Ève, c’est un enfantillage. Bien des enfants sont allés discrètement piocher dans l’armoire à confitures, ce n’est pas pour autant que les parents les ont déshérités…
  2. Se mettre en colère contre la grâce de Dieu comme Caïn, puis tuer son frère par jalousie, c’est évidemment tout autre chose. Surtout après que Dieu soit venu spécialement conseiller dès qu’il voit que Caïn ne va pas bien.

Et donc :

  1. Dans la première histoire ce serait gravissime, et la punition serait terrible, et impacterait l’humanité entière pour toutes les générations suivantes ?
  2. Et dans la seconde histoire, Caïn serait effectivement protégé par Dieu lui-même afin qu’il ne soit pas tué et ses enfants connaîtront de beaux succès !

Comment comprendre cela ? Ce n’est pas une maladresse des rédacteurs de ces textes. C’est à nous, les lecteurs, de prendre en compte ce que dit réellement le texte, comme vous le faites, et faire une interprétation qui rende compte du texte. Dans cette recherche, les points étranges et les surprises sont souvent des points particulièrement intéressants à relever. Ensuite, on ne trouve pas toujours, ce n’est pas grave, mais il est bon de chercher. Il peut y avoir plusieurs explications possibles, sous différents aspects, c’est bien, cela fait partie de la richesses de ces textes, et c’est aussi le fait qu’en creusant les textes nous nous interrogeons sur nous-même et sur notre monde, et que l’interprétation que nous trouvons est en fonction de cela, ce qui rend particulièrement intéressant cet exercice.

Bien souvent, quand il y a une difficulté de vraisemblance dans le texte biblique c’est une invitation à lire ces textes autrement, à saisir qu’ils parlent d’autre chose de bien plus profond, bien plus essentiel que ce qui semble au premier degré.

La faute d’Adam et Ève, et la faute de Caïn ?

Alors, à propos de cette différence de traitement de la faute : une immense et éternelle punition pour une petite rébellion enfantine, contre une belle protection d’un meurtrier de son propre frère ?

Si les conséquences de la première faute, consistant à manger de l’arbre, toute l’humanité en est changée, c’est que c’est une faute que commet d’une certaine façon toute personne de toute génération de toute culture. Ce n’est une faute qui a été faite une seule fois par des lointains ancêtres, cela ne mériterait pas de punir l’humanité entière. Cela parle plus vraisemblablement d’une attitude fausse qui consiste à se prendre soi-même pour dieu, prendre comme critère du bien et du mal, du bon et du mauvais son petit désir de l’instant n’est pas favorable à un épanouissement à long terme. La question n’est pas que Dieu soit fâché, bien sûr, mais qu’alors, travailler, faire un enfant nous est fort pénible. Cette première faute, fondamentale, n’est pas peu de chose, c’est effectivement à la fois ce qui fait que l’enfant va piquer des bonbons, mais c’est aussi ce qui fait le meurtre par jalousie, le viol, l’égoïsme, l’oubli de Dieu…

Le meurtre de son frère par Caïn est effectivement une histoire horrible de jalousie entre frère et on peut la lire ainsi, avec la promesse que Dieu cherche à tout prix à convaincre celui dont la mentalité commence à être prise par la jalousie et la colère. Dieu est ainsi. Caïn va quand même tuer son frère, malgré la volonté de Dieu, évidemment, cela montre que Dieu est loin d’être tout puissant, qu’il cherche à appelker, convaincre, attendrir, avertir… puis à faire au mieux avec le mal fait malgré lui : il ne veut pas la mort du coupable mais qu’il puisse continuer à vivre de la meilleure façon possible, que faire subir une peine de mort ferait deux morts au lieu d’un. Ses enfants ne sont pas punis pour la faute de leur père, c’est plutôt une bonne justice… Cette petite lecture morale est-elle tout ? Cela ne me semble pas aller bien bien loin. Une lecture me semble plus intéressante : comme souvent, nous sommes à la fois Caïn et Abel : Caïn représente notre force, notre présence dans l’espace, alors qu’Abel serait notre partie spirituelle, intérieure (Abel veut dire « l’haleine », alors que Caïn signifie « l’acquisition ». Cette histoire nous apprendrait à mettre notre préférence dans notre dimension spirituelle, comme Dieu le fait ici en préférant Abel et son offrande. Et à ne pas laisser notre avoir tuer ainsi notre personnalité profonde et notre souffle de vie… Mais que même si c’est le cas, Dieu continue à aimer et protéger notre être de chair, errant dans son désespoir d’avoir tué une part essentielle de lui-même…

Je ne prétend pas avoir LA seule lecture de ces deux immenses textes, mais c’est simplement pour illustrer la démarche que vous pouvez avoir.

Bonne lecture de la Bible; belles interrogations et qu’elles soient profondes pour vous, votre vie et votre foi…

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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5 Commentaires

  1. Gérard dit :

    Bonjour Pasteur Marc et bonjour aux internautes
    Plus j avance dans le temps , en lisant la bible et en parcourant différents sites pour obtenir des interprétations, ce qui m amène à ne pas mieux comprendre.
    Il est vrai que parmi un dernier site de Pasteur que j’ai consulté, lire que l histoire de Job était du temps de Jésus, m a carrément contrarié. Comment voulez vous obtenir des informations sérieuses avec une argumentation comme celle ci.
    Concernant le péché originel, comment comprendre sérieusement et logiquement, que Dieu le Père ait laissé une consigne de ne pas manger du fruit de l’arbre de vie, de connaissance, tout en sachant comme les textes le révèlent qu il y avait une force maléfique dans l arbre qui a incité Adam et Ève à désobéir.
    Comme je l’ai dit à mes parents  » est ce que vous m auriez laissé tout gamin tout un après midi sans surveillance dans la maison tout en ayant connaissance qu il y avait un très grand pédophile ?.  » . Grand blanc après la question. Que voulez vous que répondent mes parents ?. Ils m’ont aimé, ils m aiment encore et ils n’ont jamais voulu me laisser courir un risque quelconque quand j’étais enfant, parce qu ils m aiment et ne veulent pas non plus de suite fâcheuse pour eux-mêmes. Quels parents laisseraient leur enfant traverser la rue en grande circulation, en se disant  » ça sera pas grave s il devient paraplégique « . C’est une question d amour. Même Dieu , ça ne lui viendrait pas à l’idée.
    C’est pourquoi je ne crois pas du tout à cette histoire de pomme. Et j’en viens à me demander si l écrivain de ces versets ait été si bien inspiré que cela. Je me permets de douter. Comment Dieu ait pu sérieusement lui faire écrire cela ?.
    Je ne prétend pas connaître la vérité dans cette histoire, mais de toutes façons ça ne me sert à rien de lire cela. J aime lire ce qui me fait évoluer.
    Gérard

    1. Marc Pernot dit :

      Le serpent est une figure de la tentation à l’intérieur de nous-même. Ce n’est pas une force maléfique, c’est un autre nom de notre liberté et de notre individualité. Dans un sens, c’est ce qui nous permet de dire « je », ce qui est excellent, c’est aussi ce qui peut me dresser contre les autres te contre Dieu. Certes. Et c’est tout simplement ce dont parle ce texte essentiel. Afin de nous inviter à ce que notre personnalité nous pousse dans le sens du bien et non dans le sens de l’égocentrisme.
      Cette histoire est excellente, à mon avis cela fait environs trois mille ans qu’elle nous fait réfléchir sur des questions fondamentales. Belle performance.

  2. Gérard dit :

    Je vous remercie pour votre réponse toujours aussi riche.
    Vous avez fait des études de théologie, et nombreuses autres études pour devenir pasteur et je vous en félicite.
    Pour autant en consultant de nombreux sites, pas n importe quel site, je me rends bien compte qu à chaque fois il y a plusieurs interprétations.
    Me concernant, je pensais qu avec ma propre méditation, et parce que je ne détiens pas pour autant la vérité, ce afin de progresser, je suis allé à la recherche de consultation des interprétations de textes, je m aperçois de beaucoup de diversités, beaucoup de sens proposés.
    Plus j avance , en premier point, plus je me pose des questions sur l authenticité de certains textes. Puisque dans le milieu protestantisme ou catholique, combien de fois ai je lu  » ce n’est probablement pas Isaïe, ou pour d autres textes, Saint Paul qui ait écrit cela. « .
    Si donc, le support, ce point de départ, se trouve plus ou moins erroné , alors comment progresser, cheminer ?.
    C’est peut être pour cela que des amis m ont dit dernièrement  » nous, on se contente de faire ce qui nous semble respectueux envers notre prochain « .
    Comme bon nombre de personnes que j’ai croisé, on leur a enseigné un Dieu d amour, puissant, juste et plein de valeurs. Ce qui est fort bien de l’apprendre. Mais ces mêmes personnes qui sont tentées de croire qu effectivement il y a un Dieu créateur au vu de toute la beauté de la création, pour autant ils rajoutent  » à voir tout ce monde en désordre, les catastrophes, la violence humaine, où est t il ce Dieu d amour que l on nous a enseigné ?.
    Même s’il n est pas la cause et l origine du Mal, où est il ce Dieu qui pourrait changer cette face du monde en déclin ?. Il est donné des commandements juste tendant au respect humain, comme  » tu ne tueras pas ». Mais quoi répondre à ce Dieu Père, qui laisse les victimes contraintes à tuer pour se défendre , sinon à blesser. Nous sommes dans un monde sous le poids de dominants qui ne respectent rien. Je ne suis pas le seul à le dire.

    1. Marc Pernot dit :

      Bonjour
      Et bonnes recherches dans la Bible.
      Ces débats des spécialistes pour savoir qui a écrit tel ou tel passage ne remet pas en cause ces textes. C’est simplement pour comprendre dans quel contexte ils ont été écrits. Afin d’approfondir il n’est pas inutile de saisir que s’il y a eu un monsieur Esaïe, il y a eu un courant de pensée et de foi qui a traversé des siècles et qui se rattache à lui. Cela n’est pas caché dans le livre d’Esaïe, ,c’est à dire mis sous le nom de son école, de son courant : on y parle de rois qui s’échelonnent sur des siècles. De même pour Paul il y a des lettres un peu plus tardives qui ont été écrite un peu plus tard et se rattachent à lui. Ce n’est pas du tout de fausses lettres, ce sont de vrais bons écrits qui lui sont comme dédicacés, mis en son honneur.
      Effectivement, il y a pu y avoir un enseignement de base un peu caricatural, voire naïf de la foi chrétienne, parfois teinté d’autres religions, un peu de pensée grecque par ci, un peu de bouddhisme par là ou d’animisme, même. Chacun son chemin. Il me semble que revenir à l’essentiel de ce dont a témoigné Jésus est un bon chemin, et de l’affiner, de le purifier par la lecture des textes, par la réflexion la plus intelligente et libre possible et par la prière : est un bon chemin. D’autres personnes ont un autre chemin plu sou moins différent : si cela les rend plus confiant en Dieu et plus aimant et au service des autres.

  3. Benjamin dit :

    Il y a une interprétion de l’épisode d’Adam et Ève que j’aime beaucoup, où en tous cas qui fait sens pour moi. L’idée est que si Adam et Ève avaient mangé de l’arbre de Vie après avoir péché, leur péché serait devenu éternel permanent. Dans ce sens, leur départ du jardin était une nécessité.

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